GENETIQUE

Xénogreffes:
cinq petits cochons clonés

Science actualités
par Albane Canto
et Marthe
Marandola Cousin

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22/05/01

PHOTO:
©2000 PPL Therapeutics
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Pour la première fois, un gène étranger a pu être inséré dans des cellules de truie, dans un but reproductif. Le faire-part date du 11 avril 2001: la société PPL Therapeutics annonce la naissance de cinq porcelets transgéniques clonés. Clonés, parce que chaque embryon a été fabriqué à partir du noyau d'une cellule fœtale inséré dans un ovule énucléé. Transgéniques, parce qu'un gène dit "marqueur" a été ajouté à l'ADN de ces cellules. D'après PPL Therapeutics, c'est un premier pas vers la fabrication de lignée de porcs "humanisés", dont les organes pourraient être greffés à des êtres humains.

Ces greffes d'organes animaux à des êtres humains - dites xénogreffes - constituent une solution possible au manque d'organes humains disponibles. "Le porc est un bon compromis: ni trop éloigné de l'homme, ni trop proche", souligne Louis-Marie Houdebine, professeur de l'unité Biologie du développement et biotechnologie à l'Inra (Institut national de la recherche agronomique). En effet, les organes du porc sont très proches de ceux de l'homme par leur taille et par leur fonctionnement. En fait, à part le foie, très différent, tous les organes du porc sont proches de ceux de l'être humain.
Mais alors, pourquoi n'est-il pas déjà utilisé pour les xénogreffes? A cause de la galactoside transférase, une enzyme sans équivalent chez l'homme qui ajoute un glucide à certaines protéines présentes à la surface des cellules de porc. Or, en mangeant de la viande de porc, les hommes ont développé une immunité contre ces protéines glycosylées: elles sont reconnues et détruites par leur système immunitaire. Conséquence: un organe de porc dans un corps humain est rejeté violemment - en quelques minutes. C'est ce qu'on appelle le "rejet immédiat".
C'est donc sur cette enzyme que buttent actuellement les xénogreffes. La solution idéale serait d'enlever le gène qui code pour la synthèse de la galactoside transférase. Mais cette opération de remplacement d'un gène par un autre est très délicate. Seules trois publications dans des revues scientifiques en font état : deux chez la brebis et une chez la souris.
En outre, il existe d'autres obstacles: le phénomène de rejet tardif du greffon, dû à un autre mécanisme du système immunitaire, et les rétrovirus, ces virus intégrés à l'ADN de leur hôte qui peuvent s'en extraire et transmettre à l'homme une maladie du porc.

 

Une annonce stratégique

Le clonage réussi de cinq porcelets transgéniques tombe à pic pour PPL Therapeutics: l'entreprise écossaise venait d'échouer à lever 45 millions de livres pour continuer ses recherches. En effet, PPL Therapeutics est une entreprise privée cotée à la Bourse de Londres depuis 1996, ce qui l'astreint à une obligation de résultats.
C'est pourquoi la société n'hésite pas à mettre en avant le marché potentiel que représentent les greffes d'organes: cinq milliards de dollars par an pour les organes solides. Auxquels il faut ajouter la possibilité d'obtenir des cellules qui produisent l'insuline transplantables chez les diabétiques.
Par ailleurs, la société écossaise reste très vague sur les méthodes utilisées: par exemple, elle ne précise pas l'origine des cellules. De même, elle n'évoque pas la technique employée pour ajouter ce gène, ni le mode d'insertion: aléatoire ou ciblée. "Cependant, les réussites d'insertion ciblée de gène sont si rares - trois cas publiés - que les auteurs n'auraient pas manqué de le préciser" estime Xavier Vignon, chercheur à l'unité de biologie du développement et biotechnologie au centre Inra de Jouy-en-Josas.
En fait, ce n'est pas à une révolution, mais à une continuité dans la maîtrise du clonage que l'on a affaire. Elle confirme la maîtrise de la technologie du transfert de noyau dans un ovocyte énucléé.

Xénogreffes: doutes et oppositions

Concernant la xénogreffe, de nombreux doutes et oppositions demeurent:
- le risque d'une transmission d'agents infectieux d'origine animale à l'espèce humaine;
- le rejet immunitaire et le comportement de l'organe sur le long terme;
- la compatibilité anatomique (poids, dimensions de l'organe et besoin en substances nutritives);
- le problème éthique de l'utilisation de l'animal et de la souffrance qu'on lui inflige;
- l'impact psychologique sur le patient à qui un organe d'origine animale a été greffé.
Pour les opposants à la xénogreffe, son innocuité et son efficacité n'ont pas été véritablement reconnues. La seule justification à ces tentatives reste pour l'instant le manque d'organes humains.

 

 

Source: Etablissement français des greffes, "Entante - information et échange" n°8, mars 1998.

La xénogreffe, pour qui ?

En 1998, l'Etablissement français des greffes a publié une courte étude sur la xénogreffe. A cette époque, tous les sujets ayant bénéficié d'une xénogreffe d'organes étaient décédés, mais 180 sujets ayant reçu une xénogreffe de tissus porcins ou de cellules porcines vivantes étaient encore en vie:
- perfusion extra-corporelle de rate (100 sujets en Russie);
- perfusion extra-corporelle de foie (2 en Suède) ;
- filtration à travers un organe bio-artificiel comportant des hépatocytes (43 aux Etats-Unis et en France) ;
- greffe d'îlots pancréatiques (14 en Nouvelle-Zélande);
- greffe de la peau (20 en Allemagne).

Bien que le marché potentiel des xénogreffes ait pu être estimé à 6 milliards de d'euros à l'horizon 2010, cela reste une piste marginale par rapport aux organes artificiels et à la greffe avec donneur humain.

 

 

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