ENVIRONNEMENT

La Russie, poubelle nucléaire?

Science actualités
par Sophie de
Salettes et
Frank Petit

L'essentiel
Reportage

Pour en savoir plus

28/09/01




*Voir notre article de mai 2000 "Déchets nucléaires importés"





 

Le 6 juin dernier, les lobbies du nucléaire russe criaient victoire. Après deux années de tractations avec le gouvernement* et malgré une vive opposition de la population russe, la Douma acceptait l'amendement à la loi sur la sauvegarde de l'environnement proposé par le gouvernement et autorisait ainsi l'importation et le stockage des déchets nucléaires des pays étrangers saturés.
Pourquoi un tel projet? Pour les 20 milliards de dollars que les autorités comptent empocher sur dix ans. En échange, dès 2002, ils s'engagent à recevoir les combustibles usés ou les déchets ultimes de pays "clients". Et ceux-ci se bousculent déjà au portillon: Japon, Allemagne, Corée du Sud, Espagne, Suisse et Taïwan.

Quels types de déchets sont concernés dans l'offre russe?

Réponse de Bernard Wiesenfeld
Directeur de la Société d'étude et de conseil en ingénierie nucléaire BWM
et auteur du livre "L'atome écologique"











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Mais pourquoi ce projet suscite-t-il un tel mouvement d'inquiétude? "Avant tout, parce que les Russes ne sont pas fiables en matière de sûreté nucléaire. L'accident de Tchernobyl en est la preuve la plus tristement célèbre", souligne Bernard Wiesenfeld.
D'ailleurs, la gestion russe des déchets ne suit pas les tendances sécuritaires actuelles*.

Les différentes politiques actuelles
en matière de gestion des déchets nucléaires

En premier lieu, le traitement. Aujourd'hui, plusieurs pays comme la France et l'Angleterre traitent leurs combustibles usés et obtiennent des déchets ultimes qui sont entreposés en attendant d'être stockés définitivement - le stockage profond dans l'argile ou dans le sel est encore à l'étude; le conditionnement et la réduction maximale de la radioactivité constituent les deux autres moyens de gérer les déchets ultimes.
Autre tendance: le stockage des combustibles usés non traités. Les Etats-Unis et le Canada ne retraitent pas leurs combustibles irradiés; ils les entreposent en attendant de trouver un moyen sûr de les stocker définitivement tels quels.
En Russie, ce souci de traiter et/ou de stocker en toute sécurité n'est pas à l'ordre du jour. D'où l'inquiétude des experts si ce pays en vient à importer les déchets des autres.
En outre, si la Russie mène son projet à bien, les transports de matières radioactives vont se multiplier sur des distances de plus en plus importantes. Et malgré les progrès techniques réalisés en matière de conteneurs*, tous les spécialistes s'accordent à dire que ces transports présentent un risque qu'il faut absolument minimiser. Pour cela, une seule solution: laisser les résidus nucléaires dans leur région d'origine.




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Autre point noir: le pays est déjà bien embarrassé avec ses propres résidus. "Les Russes sont déjà submergés par leurs propres déchets", explique Monique Sené, physicienne et présidente du Groupement scientifique d'information sur l'énergie nucléaire GSIEN*. Difficile dans ces conditions d'imaginer comment ils pourraient accueillir les déchets du reste du monde.



 

Carte réalisée à partir de documents fournis par l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN). Elle montre les zones majeures où sont situés des dépôts de matières radioactives - solides ou liquides - ainsi que des réacteurs nucléaires militaires. D'autres dépôts analogues seraient toujours présents dans de nombreuses régions de l'ex-URSS.
INFOGRAPHIE: © IPSN/SA, août 2001.


 

Les Russes ont-ils les moyens de créer et de maintenir en état des sites de retraitement et de stockage définitif?

Réponse de Bernard Wiesenfeld
Directeur de la Société d'étude et de conseil en ingénierie nucléaire BWM
et auteur du livre "L'atome écologique"

 

Voir la Russie se débrouiller pour entreposer plus de 20 000 tonnes de combustibles usés n'enchante personne, mais il est fort à parier que les pays qui ne savent pas quoi faire de leurs résidus nucléaires ne s'arrêteront pas à ces considérations écologiques dès lors que le danger ne les concerne pas directement.
Un bémol tout de même, car si les pays de l'Union européenne décident d'envoyer leurs résidus en Russie, ils risquent tout bonnement d'aller à l'encontre de la Directive européenne de 92 qui veut que chaque pays exportant ses combustibles irradiés ou ses déchets radioactifs s'assure que le pays receveur a effectivement les moyens de les traiter ou de les stocker en toute sécurité. Difficile pour l'Allemagne ou l'Espagne de prouver que la Russie est capable d'une telle gestion des résidus nucléaire...
Plus globalement, "tous les pays tentés par l'offre russe risquent d'être montrés du doigt par le reste du monde", estime Michel Asty, responsable des relations internationales à la Direction de la sécurité des installations nucléaires (DSIN). Néanmoins, pour peu qu'ils n'appartiennent pas à la Communauté européenne, aucun texte de loi ne les gênerait dans leur entreprise.

 

Qu'un pays s'offre à recevoir tous les déchets nucléaires des autres, est-ce une solution d'avenir?

Réponse de Bernard Wiesenfeld
Directeur de la Société d'étude et de conseil en ingénierie nucléaire BWM
et auteur du livre "L'atome écologique"

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Le monde associatif semble aux aguets*: "Je crains que la pression des industriels du nucléaire soit très forte", s'inquiète Roland Desbordes, président de la Crii-Rad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité). Néanmoins, l'optimisme reste de mise, et de conclure: "D'une part, je fais confiance aux pays européens qui font preuve d'une déontologie certaine. D'autre part, je sais que la population est là pour demander des comptes en terme de sûreté nucléaire".



 

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