Autour des enjeux des réseaux:le meilleur des cybermondes?avec la participation de:
Débat animé par Alain Labouze, rédacteur en chef de Science Actualités. |
Introduction au débat: retour sur l'actualité du mois
Le débat:Autour des enjeux des réseaux: le meilleur des cybermondes?Après la présentation du plan d'action de Lionel Jospin concernant l'entrée de la France dans la société de l'information, nombreux ont été ceux à applaudir cet effort de modernisation. Communication, éducation, commerce, etc.: les réseaux sont-ils en mesure de régler tous nos maux? Que peut-on réellement attendre de cette nouvelle ère de la communication? "Préparer l'entrée de la France dans la société
de l'information": le rapport livré au Premier Ministre
par Jean-Noël Tronc en janvier 1998 marque un changement dans la politique
de la France qui affirme la volonté de l'Etat à rattraper
son retard vis-à-vis de l'outil informatique et des grands réseaux
comme Internet. Toujours est-il que le tournant semble désormais engagé. Le programme d'action gouvernemental pour la société de l'information proposé par Matignon affiche clairement six objectifs allant de l'enseignement de l'informatique à l'école, à la modernisation des services publics..."C'est à l'Etat de montrer l'exemple", explique Jean-Noël Tronc, l'auteur du rapport, présent à la Cité des Sciences lors de ce premier débat qui inaugure Les controverses de l'actualité scientifique. "La responsabilité de l'Etat est considérable puisqu'il est le premier détenteur de données dans ce pays, et notamment des patrimoines culturels et éducatifs..." Paul Caro, scientifique et délégué aux affaires scientifiques de la Cité des Sciences, se réjouit de cette intention, indiquant d'ailleurs que de nombreuses universités, musées et bibliothèques proposent déjà leurs trésors sur Internet, "une véritable contribution à une démocratie culturelle". Frédéric Fillioux, directeur des éditions électroniques du quotidien Libération, salue lui aussi l'initiative: "Je me réjouis dans la globalité des propos du Premier Ministre. A Libération, le site Web est envisagé comme un prolongement du journal. Et il est vrai que, jusqu'alors, on peinait énormément à trouver les informations officielles". Pourtant, Frédéric Fillioux regrette une seule chose: Internet s'est développé grâce à des initiatives individuelles et le programme d'action gouvernementale ne favorise pas assez l'émergence de petites entreprises capables de fournir tant du contenu que des outils de recherche dédiés au Web. Pourtant, face à cet engouement général, certaines voix moins optimistes s'élèvent, comme celle de Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Le journaliste met en garde contre l'inflation de discours qui présentent cette forme de "communication informatique" comme une solution à tous nos problèmes. "La société qu'on nous promet ne sera sans doute pas meilleure parce qu'il y a des disparités épouvantables qui ne sont pas prêtes de se résoudre". S'il n'évoque pas le fait que la majorité des Français ne sont pas encore équipés et ne savent pas se servir de ces nouvelles technologies, il illustre son propos en rappelant qu'il existe plus de lignes téléphoniques à Manhattan que dans l'Afrique tout entière. Sur la question de l'appropriation de ces nouvelles technologies, Jean-Noël Tronc affirme que le gouvernement ne compte pas s'écarter du problème, tout au moins à l'échelle française: "Pour nous, le développement de la société de l'information pose d'abord et avant tout une question de démocratisation. La priorité passe donc par l'information et l'éducation. Nombreux sont ceux qui n'ont pas accès à ces technologies et pour eux, plusieurs mesures concrètes ont été annoncées, comme la mise à disposition de terminaux dans les postes, les mairies, les ANPE ainsi que dans des centres spécialisés: les centres de culture multimédia". Mais le rédacteur en chef de Charlie Hebdo reste sceptique et critique. Il émet de sérieux doutes quant à la capacité de l'informatique à résoudre des problèmes de scolarité: "L'informatique n'est qu'un outil, rappelle-t-il. Ce dont a besoin un gosse qui connaît un problème d'échec scolaire, c'est de rencontrer un bon instituteur, son "Socrate", mais certainement pas son Macintosh!". "Bien entendu, la première question à l'école est d'offrir de bons enseignants, une bonne pédagogie, de bons programmes, lui répond Jean-Noël Tronc. Mais l'apprentissage par l'outil, par la pratique et par la répétition peut-être absolument fondamental pour débloquer certains enfants". François Reiner, directeur du secteur Médiathèque et réseaux à la Cité des Sciences appuie son propos en ajoutant que "les machines peuvent faire des choses qu'aucun enseignant n'est capable de supporter: répéter quinze fois la même chose!" Reste que ces nouvelles technologies font encore peur, en témoigne l'intervention d'une personne assistant au débat: "Il subsiste un risque concernant Internet: celui de voir les gens perdre tout sens critique en ingurgitant des données sans se remettre en question". La quantité d'informations disponibles est en effet énorme et rien ne garantit sa validité. "Mais c'est le propre de tout média, rappelle Frédéric Fillioux, qu'il s'agisse d'un journal ou d'Internet. Des sites comme ceux de Libération, de Charlie Hebdo ou du Monde ont un label rédactionnel qui correspond à un contrat de confiance implicite qui garantit en quelque sorte son contenu." On retrouve finalement cette même peur qu'ont connu les anciens lors de l'invention de l'imprimerie. "Le parallèle entre l'apparition de l'imprimerie et celle d'Internet est intéressant à plus d'un titre, explique Boris Cyrulnik, psychiatre. Chacun apporte son lot de bénéfices et de maléfices. Rappelons-nous que le premier best-seller de l'histoire de l'imprimerie était le Maleus malucicarum, l'ouvrage qui a été le point de départ des techniques de tortures de l'Inquisition..." Les apports bénéfiques des technologies de communication
sont potentiellement considérables. Certes, ces technologies ne sont
pas sans risques. Mais en tout état de cause, les changements qu'elles
ont occasionnés dans notre société semblent inéluctables.
C'est en tout cas le message essentiel des partisans des nouvelles technologies
de l'information: la révolution du Cybermonde a déjà
eu lieu et la France doit maintenant rattraper son retard. Texte intégral du débatPour en savoir plus:consultez le dossier de notre numéro de février 98. |