Santé publique:La mortalité évitableavec la participation de:
Débat animé par Alain Labouze, rédacteur en chef de Science Actualités. |
Introduction au débat: retour sur l'actualité du mois
Le débat:Santé publique: la mortalité évitable
"Il faut bien se rendre compte que nous avons ici une discussion
de riches". L'intervention de Franck Nouchi, journaliste au Monde,
est cinglante mais réaliste: le débat qui s'engage à
la Cité des Sciences sur la mortalité évitable ne doit
pas nous faire oublier que la France, malgré ses défauts,
reste un pays privilégié en matière de santé
publique. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 82 ans pour les femmes,
74 pour les hommes, l'espérance de vie des Français est parmi
les meilleures au monde. Pourtant, sur 520 000 décès
annuels, 120 000 surviennent encore avant l'âge de 65 ans. Le
tabac, l'alcool, la voiture, les cancers qui pourraient être dépistés
ce sont plus de la moitié de ces décès précoces
qui pourraient être évités. "On a l'impression
que ce problème est sous-estimé par les pouvoirs publics,
fait remarquer Hervé Ponchelet, journaliste au Point,
et la France accuse aujourd'hui un grand retard". Les politiques menées ont ainsi démontré qu'elles n'étaient pas inutiles. Que freine donc leur mise en oeuvre? "Il y a deux choses dans la vie d'une direction générale de la Santé, explique Joël Ménard, il y a l'urgence et le fond. L'urgence apparaît tous les jours et il faut y répondre immédiatement. Le fond, c'est essayer de faire une politique à long terme." Au quotidien, les choses ne sont pas si simples, reconnait le directeur général de la Santé: "Je n'ai jamais eu autant de conseillers que depuis que je suis à la Santé. Et aucun de leurs conseils ne vont dans le même sens..." Or, pour reprendre les propos de Gérard Dubois, "la santé publique est une discipline essentiellement politique: c'est la discipline de la décision. Et une décision doit être rapide car attendre c'est décider de ne rien faire". Joël Ménard souscrit à cette remarque et compte le démontrer très prochainement: en généralisant à toute la France le très polémique dépistage du cancer colo-rectal. "Depuis plusieurs années, explique-t-il, les comités se sont succédés, apportant des conclusions souvent contradictoires. Moi, j'ai une position claire, que j'ai déjà proposée à Bernard Kouchner, et qui compte bientôt l'appuyer. Il faut dire aux gens la vérité. Oui, l'Hémoccult suivi d'une côlonoscopie peut permettre de diminuer la mortalité de 5 à 20%. Oui, il existe un risque de perforation lors de cette côlonoscopie. Les gens doivent le savoir et rien ne doit leur être imposé. Mais il faut bien voir que ce sont 1 500 à 2 000 malades du cancer du côlon qui pourraient ainsi être sauvés chaque année." Ne rien imposer mais informer, le dossier de la mortalité évitable passe donc essentiellement par la communication, "encore assez sous-développée", selon Hervé Ponchelet du Point. Joël Ménard semble conscient du problème et compte très bientôt y remédier. "En mettant nos informations à la disposition de tous sur Internet, par exemple. En ayant aussi un contact plus régulier et moins conflictuel avec la presse." "On en arrive finalement à un consensus médical et scientifique, conclut Franck Nouchi. Mais cela ne suffit pas. On sera aussi confrontés à des problèmes plus techniques. Qui devra mettre en oeuvre le dépistage? Faudra-t-il revoir la formation initiale et continue des médecins?" Des questions qu'il faudra suivre dans les mois à venir.
Texte intégral du débatPour en savoir plus:consultez le dossier de notre numéro de juillet-août 97. |