Une mutation en profondeur Crise
économique, concurrence internationale, incertitudes politiques :
la recherche militaire, dans la tourmente, est à la croisée
des chemins. Or, la recherche française, édifice fragile,
est concentrée dans quelques secteurs-clés... |
Une refonte complète2 juillet 1996: la loi relative à la programmation militaire pour les années 1997-2002 officialise et met en route une transformation fondamentale de la Défense française. Pour la majorité des citoyens, le point le plus important de cette mutation est "le passage progressif à une armée professionnelle " impliquant "la disparition du service national dans sa forme actuelle". Mais qu'on ne s'y trompe pas : cette importante décision n'est que le signe extérieur d'une refonte complète de l'organisation de la Défense française avec tout ce que cela entraîne sur les plans scientifiques, technologiques, industriels, humains. "C'est la plus grande mutation de l'appareil politico-militaire
français depuis la Révolution et les années napoléoniennes",
affirme Jean-Paul Hébert, chercheur en sociologie de la défense
au CIRPES *. Une mutation à hauts risques
: la plupart des grands projets industriels voient le jour grâce aux
commandes et subventions de la Défense. Or, celle-ci ne peut plus
être le moteur industriel qu'elle a été jusque-là.
Non seulement les armes sophistiquées coûtent de plus en plus
cher à fabriquer mais elles se vendent de plus en plus difficilement
sur un marché mondial en régression depuis plusieurs années
(30 % en neuf ans, selon certaines estimations). Conséquence
: le budget national, mis à mal par la crise économique, ne
peut plus suivre. "L'État cherche et cherchera encore à
diminuer les coûts exponentiels de l'armement", confirme
Jean-Paul Hébert. Les temps où l'armée Au problème des budgets s'ajoute une crise de sens : "Des forces, pour quoi faire, contre quel ennemi, quel nouveau type de conflit? " Question d'autant plus difficile à résoudre qu'une recherche met environ vingt ans à parvenir à sa réalisation industrielle. PHOTO : © Patrick Darphin/TEKPHOT L'impressionnnant poste de pilotage du Rafale: un luxueux bijou technologique | |
LE POIDS DE LA RECHERCHE MILITAIRE
La Délégation générale pour l'armement (DGA) gère l'essentiel de ces budgets de recherche. Elle en garde 25 % pour ces propres laboratoires. Les entreprises en reçoivent 60 %, les universités et le CNRS 15 %. Cette répartition devrait être de plus en plus en faveur des entreprises dans les années qui viennent, au fur et à mesure du désengagement de l'Etat d'un certain nombre de grands programmes.
Ces 160 entreprises de pointe se concentrent elles-mêmes dans six branches d'activité :
La branche "Constructions navale et aéronautique, armement" reçoit à elle seule presque la moitié des financements de recherche militaire. Mais dans toutes les autres branches, des projets liés à la défense sont menés. C'est dire combien l'actuelle refonte de la recherche militaire est un moment extrêmement périlleux pour la recherche technologique française fragilisée par sa concentration sur quelques secteurs de pointe. |
* CIRPES : Centre interdisciplinaire de recherche sur la paix
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