Les risques de la transformation Réduire
les coûts, privilégier des secteurs de recherche, peut-être
en abandonner d'autres : ces choix devront avoir lieu alors que se déchaîne
une concurrence mondiale féroce. |
Une concurrence féroce"D'immenses secteurs industriels vont passer du public au privé, soit totalement, soit avec des formes de privatisation où l'État reste un gros actionnaire, explique Jean-Paul Hébert. Fusion suivie de privatisation pour Dassault-Aerospatiale, idem pour Thomson et sans doute la Snecma. Il ne resterait directement dans le giron de l'État que Giat industries et les chantiers navals de la DCN qui sont en grandes difficultés financières." Un scénario soumis aux fluctuations politiques et à une concurrence féroce : aux États-Unis, les grandes entreprises se sont alliées pour former des groupes gigantesques à l'appétit mondial. "Ces regroupements ne vont pas sans poser le problème de la souveraineté, s'inquiète Claude Weisbuch. Il y aura concurrence tant qu'il y aura plusieurs groupes sur le même domaine. Mais quand il n'y en aura plus que deux, plus qu'un?" Qu'en sera-t-il alors de la préservation du savoir-faire national et du respect de la confidentialité des "informations sensibles", de la protection des brevets, de la recherche fondamentale? Recherches abandonnées ?Philippe Bensussan, ingénieur en chef de l'armement et Alain Guillou, ingénieur principal*, rappellent que "la DGA ne pourra plus, à l'avenir, maîtriser l'ensemble des techniques impliquées dans le développement des matériels de défense, et il faudra en conséquence faire des choix". Selon quels critères? D'abord sur celui des enjeux industriels. Si la technique impliquée suppose d'importants débouchés commerciaux, c'est la recherche civile et privée qui la mènera. Lorsque la recherche pourra être faite par un autre organisme public, la DGA s'en désengagera "en conservant simplement une capacité d'orientation".
* Source : L'Armement, numéro spécial déc.96/janv. 97 - "Une DGA compétente", p.27. Photo: © A. Wolf /EXPLORER Le secours viendra-t-il de l'europe ?
"La recherche et le développement sont le cur du système et sont les plus difficiles à européaniser, les plus fragiles", constate Jean-Paul Hébert. La baisse des crédits affectés à la recherche militaire atteint tous les pays européens, avec ce que cela suppose en fermeture de sites, en perte d'emplois, en disparitions industrielles. Solution : il faut s'unir, et vite! La recherche en coopération européenne? "Une course d'obstacles!" s'exclame Pierre Dumas, de la cellule bruxelloise Recherche et Armement de la DGA. "Il y aura dans l'avenir de plus en plus d'échanges, de projets faits à plusieurs, non seulement entre pays de l'Europe mais entre l'Europe et les pays de l'Otan. Mais mener ces projets est loin d'être évident!" Pour preuve, le programme européen Euclid première tentative de recherche collective dans l'armement "n'est pas parvenu aux résultats attendus". Euclid devait devenir pour l'industrie d'armement européenne ce que l'Esa est à l'espace. Trois ans après l'adjudication du premier projet, le bilan est mitigé. Certes, malgré la diminution générale des crédits alloués à la recherche, six nouveaux projets par an continuent de voir le jour, mais avec des potentiels industriels nettement moins importants que prévu. Source : Deuxième symposium Euclid, nov.1996, secrétariat d'État à la recherche. PHOTO: © GAMMA | |||