Les enjeux techno-industriels Un
meilleur partage des richesses |
L'industrie informatique, au sens le plus large du terme, est l'un des acteurs principaux qui modèle, à coup de millions, de milliards d'investissements, la société de l'information. Entre la recherche pure et l'apparition de nouveaux matériaux, de nouvelles machines, de nouvelles applications, cette industrie opère ses choix technologiques en fonction des besoins des entreprises, des demandes exprimées par les particuliers et de ses propres stratégies. Mais nos futures "inforoutes" impliquent un transport: le maillage mondial utilise des satellites et de la fibre optique. Aujourd'hui, des opérateurs creusent des tranchées urbaines pour y enfouir des câbles, ou les jettent dans les fonds marins. Du coaxial à la paire torsadée, les industriels se battent pour acheminer ces informations jusque dans nos salons ou nos bureaux. Au final, pour réceptionner les dites informations, l'un brandit son téléphone, l'autre son ordinateur, un autre encore son téléviseur, vantant les mérites de son appareil prêt à aborder l'ère du multimédia. Mais qui va choisir, quelle technologie, pour quel usager et en fonction de quels critères ? C'est là tout l'enjeu des années à venir.
Le grand bouleversement est amené par le numérique (autrement appelé digital). Ainsi, toute information, tout support est numérisable, autrement dit comprimable à merci. Un tableau de Picasso, la 5e de Beethoven, un manuscrit de Balzac, la photo de bébé dans son bain... tout est traduit en langage binaire, autrement dit des 0 et des 1. L'ordinateur démonte, envoie, et son "collègue" à la réception remonte l'image (fixe ou animée), le son et le texte. Ainsi, des quantités d'informations peuvent être transportées de façon électronique d'un point à un autre de la planète. Cette accessibilité et cette rapidité forgent la société globale de l'information. Un marché, en termes économiques, qui implique de nombreux acteurs. La chaîne reliant, via le transporteur d'informations, le producteur au consommateur est constituée de nombreux industriels, évoluant dans un environnement très concurrentiel en raison des intérêts en jeu. Les frontières anciennes entre l'informatique, les télécommunications, les médias et l'électronique grand public s'estompent et engendrent une frénésie d'acquisitions, d'alliances et d'accords de coopération entre les entreprises. Au centre du débat actuel, les transporteurs, qui se retrouvent
dans deux grandes familles, celle des opérateurs de télécommunications
(telco dans le jargon) et celle des câblo-opérateurs (cablos).
Leur bataille est rangée, fonction des habitudes des pays, de la
déréglementation planétaire en cours dans ces domaines,
et de choix industriels. Les éditeurs de logiciels sont à
la croisée des autoroutes, ils distribuent les cartes d'accès,
interdisent certaines bretelles, en créent de nouvelles. Leur rôle
est prépondérant, à l'instar de celui des organismes
financiers, banques ou centres de facturation, qui assurent les transactions.
Ce qui caractérise les alliances en cours autour des nouvelles technologies de l'information peut se résumer ainsi: il faut être fort, inventif, viser la domination, voire le monopole et être sur tous les terrains. L'autre caractéristique se retrouve à tous les niveaux: nul ne sait précisément de quoi demain sera fait. Ce dernier point dédouane l'économiste en herbe. Tout se tente et son opposé, à grand renfort de publicité, quitte à ne jamais voir, quelques jours plus tard, la fusion entre X et Y tant annoncée. Les alliances deviennent erratiques, marchant un jour, s'effondrant le lendemain, avec des variations sur le mode du bluff ou de l'annonce médiatisée pour en évaluer les effets sur les marchés. Dans le cadre des alliances verticales (fournisseurs de matériel et de contenu), ceci est particulièrement vrai. Les grandes compagnies de télévision se cherchent des partenaires dans le transport de données, pour être en bonne place le jour où ce transport sera effectif, mais comment être sûr - à nouveau - que c'est ce mode de transport qui aura la faveur d'un gouvernement (plan câble) ou d'un particulier (antenne satellite). Comment ne pas se tromper? Le risque moindre consiste à créer de grands groupes, comme la Lyonnaise ou la Générale des Eaux en France, qui peuvent assumer une moindre rentabilité à court terme sur un secteur, car leurs autres filiales sont rentables. Elles tablent sur le fait que la veille technologique est le seul moyen de rester sur le marché à moyen terme. Il en va différemment des alliances de type horizontal, entre familiers d'un même outil, mais dispersés géographiquement. Au nom de la mort annoncée des services publics de télécommunications, ces opérateurs prennent des parts dans les capitaux des autres (France Telecom et Deutsch Telekom très récemment) afin d'être prêts au moment de la déréglementation, et aussi, on en parle moins, pour pouvoir proposer des services nouveaux à leur propres abonnés nationaux.
Compaq: 30% de croissance Le numéro un mondial des PC espère, pour l'année fiscale 1997, un chiffre d'affaires supérieur à 100 milliards de francs. Leur originalité: construire des machines configurées "à la demande" de la clientèle. Compaq vise aussi à devenir un fournisseur global en matière de réseaux. D'où une politique de rachat de sociétés. Surtout, la firme s'est alliée avec Intel pour des développements communs liés à Internet. IBM Leader sur le marché haut de gamme, IBM souhaite devenir aussi celui du grand public en proposant des modèles plus compétitifs. Pour l'an 2000, ses dirigeants annoncent un objectif de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires, avec une marge bénéficiaire confortable de 10%. Apple Apple ne représente que 3% du marché mondial de la micro-informatique mais reste la seul alternative à la domination de Microsoft. Lequel, à la surprise générale, a décidé d'investir 150 millions de dollars en action chez son concurent. Cet engagement a été négocié en échange de l'accession à certains brevets et l'obligation de placer son logiciel Explorer dans les nouveaux Macintosh (cf.paragraphe suivant). Malgré ses pertes (1 milliard de dollars annoncé pour 97), Apple propose de nouveaux produits comme Newton, pionnier de la gamme des "ordinateurs de poche". Dell C'est l'entreprise la plus originale dans son mode de vente. En effet, Dell s'est lancé dans le commerce électronique et vendrait, selon ses dirigeants, 1000 ordinateurs par jour par l'intermédiaire de leur site sur Internet, ce qui représente un chiffre d'affaires de plus de 3 millions de dollars par jour ouvrable. Source : Les Échos, 5 novembre 1997
Pour explorer Internet, il faut un browser, ou logiciel de navigation.
Jim Clark (PDG de la société Netscape), sentant le vent tourner,
a créé son Navigator en 1994. Microsoft (85% du marché
mondial) et son patron Bill Gates étaient encore dubitatifs et les
places financières se sont précipitées sur Jim Clark.
Le jour où la firme de Seattle a jeté un il intéressé
sur le Les deux logiciels offrent sensiblement les mêmes possibilités. Mais les enjeux d'hégémonie sur ce marché en forte expansion se traduisent par une offre marketing et commerciale avant tout: les prix (le consommateur achètera le moins cher, à performances égales), le téléchargement aisé, des gadgets en plus. C'est une des belles illustrations de la force commerciale de Microsoft. Arrivant dans les derniers sur un marché très captif, ils rattrapent tout le monde.
Ordi Vs TV Autre bataille en cours, celle des machines réceptrices. Pour l'usager, cela donne micro-ordinateur contre télévision interactive. En termes industriels, c'est la lutte entre les fabricants d'informatique et ceux de l'électronique grand public. C'est une bataille dont les conséquences seront importantes pour les particuliers. Pourra-t-on à la fois "surfer" sur Internet, commander sa pizza et regarder son film "à la commande" (le fameux "pay per view") sur la même machine? Les spécialistes du comportement prône le micro, argumentant que la télévision est considérée comme un objet de passivité, devant lequel on s'affale pour se détendre. Impossible, selon eux, de pianoter sur un clavier ou de rendre l'objet actif. Le micro-ordinateur, en revanche, ne trône pas dans la salle à manger et représente la valeur travail, même si les enfants s'en servent pour jouer. Les industriels hésitent. C'est le règne du tâtonnement, des expériences pilotes et des batailles marketing. La grande question est celle de l'objet dédié. Rappelez-vous l'époque où chaque objet avait son utilité dans la cuisine, puis l'invention du supermixer, hacheur, broyeur, mélangeur, etc... Il en est de même avec l'électronique. L'intégration des techniques, cela peut donner au bout du compte "un seul objet qui fait tout". L'utilisateur est satisfait - il n'a acheté qu'une seule machine -, mais la multi-utilisation simultanée peut évidemment poser problème. A moins d'envisager de mettre en réseau toute la famille... seule solution pour que l'un puisse regarder la télévision, tandis que l'autre continue à jouer. La machine dédiée, en revanche, c'est une machine pour chaque usage (un téléphone, un téléviseur, un magnétoscope, un micro-ordinateur, un modem, un camescope, une imprimante, un scanner, un fax... ). Les intérêts financiers en jeu sont énormes. À l'évidence, la guerre du terminal ne fait que commencer.
Au commencement fut l'informatique centralisée. Un gros ordinateur auquel des petits (simples terminaux) étaient connectés, mais ne pouvaient rien faire seuls. Puis vint la révolution micro, chaque ordinateur étant autonome, même s'il peut être connecté à un réseau. L'arrivée d'Internet et l'avènement d'une société en réseau a conduit les fabricants à se poser la question du prix encore trop élevé des micros, des modems, etc. Alors fut inventé le principe du Network Computer, c'est-à-dire d'une machine/terminal peu chère car réduite à sa plus simple expression qui permet de se connecter au réseau et d'accomplir un certain nombre d'actions. C'est aujourd'hui une alternative pour le grand public, rebuté par les coûts mais désireux de s'équiper, et pour certaines entreprises inquiètes devant la prolifération des micros de leurs employés ou désireuses elles aussi de s'équiper à moindre coût. L'avenir de ce type de machines se décidera très rapidement. Une chose est sûre, l'afflux de modèles risque de décontenancer le grand public ciblé (non équipé aujourd'hui et peu connaisseur) et les choix de distribution seront décisifs.
Le consommateur averti des réseaux s'inquiète davantage, et à juste titre, des enjeux qui touchent au contenu. Il existe plusieurs types d'acteurs. D'une part les producteurs de contenus que sont les éditeurs ou les médias, dont les programmes de télévision. Parallèlement, existent les détenteurs de contenus que sont les bibliothèques, les musées, voire les centres universitaires. Ils sont, en quelque sorte, des intermédiaires détenant une forte valeur ajoutée, susceptibles de proposer des informations et des données, triées ou à la demande. En termes industriels, le profit domine ces enjeux. Et des établissements à caractère semi-public n'échapperont pas à cette logique. Ils ne pourront mettre à disposition gratuite du public des éléments qu'ils font déjà payer (prêt d'un livre dans une bibliothèque, par exemple) et qui serait payant par ailleurs (achat du même livre). La "libre disposition de l'information" ne signifie donc pas "accès gratuit aux dites informations".
Par ailleurs, la création de grands groupes dont les producteurs des contenus ne représentent qu'un sous-ensemble - soumis aux impératifs de rentabilité à l'égal des autres branches - démontre que les grands enjeux des années à venir se situeront sur le front des alliances, avec le risque que les grands groupes ainsi constitués ne deviennent hégémoniques sur certains marchés. En fait, pour bon nombre d'observateurs, la vraie bataille industrielle se jouera sur un autre terrain beaucoup plus technique: celui de la "propriété" des derniers kilomètres du réseau, ceux qui permettront d'avoir accès, d'atteindre avec certitude la cible visée, l'utilisateur/consommateur. Des télécommunicants aux câbleurs en passant par les fabricants de téléviseurs et d'ordinateurs, chacun tente d'être le premier à maîtriser ce réseau final.
6 millions de postes installés, 15 millions d'utilisateurs occasionnels, le Minitel offre un certain nombre d'avantages: Du point de vue du particulier, la gratuité ou le coût peu élevé du matériel de réception, la facturation maintenant affichée des services proposés, la facilité d'utilisation, l'accès à certains services plus rapide que le téléphone (renseignements SNCF, aéroports, etc...), surtout en cas d'affluence (grèves, etc...). Du point de vue des entreprises: une manne financière simple grâce au mode de facturation à la durée et en fonction de la nature de l'information, la relative sécurisation des données mises à disposition, le potentiel connu de clientèle. France Telecom agit comme un intermédiaire financier, un immense centre de facturation. Certes, Internet et son faible coût d'utilisation (une fois le matériel acheté), avec son rayonnement mondial, la diversité des services proposés, l'interface conviviale et sa capacité multimédia, représente une concurrence plus que sérieuse, et dont l'issue semble ne faire guère de doute. Certains opérateurs commencent à proposer des solutions pour un passage "en douceur". L'une d'entre elles consisterait à fournir, depuis le Minitel, une connexion Internet sans abonnement, mais facturée à la minute d'utilisation. Bien d'autres sont en gestation, prêtes à offrir de l'Internet - services théoriquement gratuits - à un coût acceptable par le fournisseur et le consommateur. Une première brèche dans la culture Internet, selon certains experts...
Aurons-nous bientôt dans nos salons ou écoles des écrans capables de nous offrir aussi bien textes et sons que des images d'une qualité équivalente aux meilleurs télévisons actuelles, et tout ceci à grande vitesse? Pour l'instant, Internet offre de l'image fixe et son débit n'est pas garanti, c'est-à-dire que la bande passante (quantité d'information transitant par un canal) disponible pour Internet est limitée parce que partagée par l'ensemble des utilisateurs jusqu'à l'infini. Sur des réseaux de type "connexion" comme le téléphone, on s'assure que la liaison existe et on réserve la bande passante pour véhiculer la voix dans les deux sens. Les "hauts débits" annoncés ont la capacité à transporter beaucoup d'informations, en particulier l'image animée; une quantité qui peut se mesurer en centaines de mégabits par seconde. Ils sont donc parfaitement adaptés au multimédia, d'une part parce qu'ils savent réserver la bande passante et d'autre part parce qu'ils sont suffisamment rapides pour véhiculer de l'image vidéo. La technologie ATM (technologie de commutation temporelle asynchrone), développée par le CNET (Centre national d'études des télécommunications) permet ce haut débit et ouvre la voie à une possibilité illimitée d'applications multimédias. A condition cependant que la qualité de la transmission aille bien jusqu'à l'utilisateur final (par fibre optique par exemple) et que le coût de cette nouvelle technologie soit tolérable pour les différents acteurs.
Sorte d'espéranto de l'informatique, Java pourrait fortement bousculer les tendances hégémoniques des systèmes propriétaires (aujourd'hui, ces systèmes rendent le dialogue difficile entre les micro-ordinateurs travaillant sous des systèmes d'exploitation différents). En effet, ce langage objet, développé par Sun et Oracle, est très facilement "implémentable", comme disent les spécialistes, et il ouvre de grandes perspectives dans l'échange mondial des données. Les concepts de Java suscitent les convoitises et ses défenseurs se positionnent sur le marché en concurrence directe avec Microsoft.
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