- SCIENCE ACTUALITES - 1997 -

Service public/intérêts privés

Un projet décidé par les Etats
ou un projet imposé par la logique marchande?



Internet est actuellement le réseau le plus médiatisé de la planète. La raison fondamentale est qu'il n'appartiendrait à personne, donc à tout le monde. Les entreprises privées se plaignent d'Internet, lent, non dirigé, non sécurisé. Dans le même temps, le grand public (nord-américain essentiellement) s'empare d'Internet. Car Internet relie des communautés, ouvre des horizons de connaissance ou de simple curiosité. C'est surtout la seule inforoute publique et opérationnelle où des millions d'usagers échangent librement des logiciels, des données, de l'information, des conseils voire de l'amitié.

Internet: bientôt 30 ans

Internet, malgré sa jeunesse, a déjà une histoire. Laquelle met en lumière la façon dont les technologies voient le jour, et progressent. Ce sont les militaires américains qui le portent sur les fonds baptismaux, sous le nom d'Arpanet. Leur volonté était de créer un réseau de communication entre ordinateurs qui soit sécurisé, dont les points névralgiques de transmission soient à l'abri d'une attaque nucléaire en un point donné de la planète, ou d'un groupe armé isolé Les universitaires se penchent sur ce nouvel outil de communication et, à leur tour, l'améliorent pour échanger et partager des informations: c'est la naissance d'Internet. En 1989, les chercheurs du CERN s'emparent du réseau et mettent en place l'application la plus médiatisée d'Internet : le World Wide Web. Elle est immédiatement reprise et développée sur le continent américain. Au début des années 90, le grand public, sous la forme première de "bidouilleurs" informatiques férus de liberté (que l'on appelle souvent des "libertaires", même s'il n'est pas certain que Bakounine les accepterait en son idéologie), s'empare de la Toile et ouvre le chemin à un usage généralisé.

En résumé, donc, ce qui caractérise le réseau mondial, c'est son origine militaire, développé par les chercheurs, offert au public par les libertaires et happé par la libre entreprise.

Internet:
Internet est un réseau sur lequel se transmet de l'information de façon interactive.
Sous quatre formes, essentiellement:
le courrier électronique, ou e-mail, ou mèl ou courrièl . Chacun peut posséder son adresse et sa boîte aux lettres pour recevoir (et envoyer) des petits mots doux, des documents attachés au message, des notes de service.
le Web, immense toile (traduction littérale de l'anglais) qui permet de butiner de l'information sur des sites implantés partout dans le monde, information multimédia (son, images fixes ou animées, textes) et d'aller de site en site grâce aux liens hyper-texte.
les forums thématiques de discussion ou News qui permettent le dialogue sur des thèmes précis, ou non, de centaines d'interlocuteurs dispersés dans le monde entier.
le transfert de fichiers, autrement appelé du nom de son protocole (FTP) et qui permet de transférer des fichiers d'un ordinateur à un autre et vice-versa, une circulation à double sens, à la différence du Web.

Une adresse sur le Web se présente ainsi: http://www.cite-science.fr
Explications:
<http://> est l'identification du protocole utilisé.
<www> est un système d'information réparti, basé sur des documents hypertextes au format html (c'est le cas à 90%), <cite-sciences> le nom de domaine de l'entreprise représentant une adresse ou un groupe d'adresses et <.fr> l'extension pour la France. Les autres extensions peuvent être: <.com> pour commercial, <.edu> » pour éducation, <.gov> pour gouvernement, <.mil> pour armée américaine, <.net> pour organisme de réseau, <.org> pour organisations diverses, <.uk> pour Grande-Bretagne, <.it> pour Italie, <.tm.frm.fr> pour une marque déposée française, etc...

Commerce électronique

Le commerce en ligne est en plein développement et n'attend que la sécurisation des échanges d'argent pour se lancer à pleine vitesse. Les enjeux économiques sont considérables. Premiers "concernés", grâce à leur savoir-faire ancien, les vépécistes, spécialistes de la vente par correspondance. Du courrier au téléphone en passant par le Minitel, ils s'installent sur Internet. La grande distribution de produits culturels (FNAC, Virgin, etc...) ouvre ses cyber-boutiques. Le marché visé est triple. Celui des consommateurs pressés, cadres surmenés des grandes villes achetant des produits sans surprises (livres ou logiciels informatiques), les consommateurs malins choisissant leurs produits préférés hors des frontières nationales (moins cher à l'achat, mais attention aux frais de port) et les consommateurs loin de tout, ravis de pouvoir se procurer des denrées introuvables à des dizaines de kilomètres à la ronde. L'information mise à disposition sur Internet fonctionne selon le mode horizontal (c'est le propre des réseaux maillés). Chacun trouve auprès de chacun ce qu'il cherche (dans le meilleur des cas) ou des pistes de recherche sous forme de dialogue (News et listes). Pour l'instant la liberté est totale, même si des sites commerciaux "envahissent" ce lieu de créativité et d'échange fondé sur la gratuité. Au-delà de ces sites commerciaux, on assiste à l'émergence de la publicité, sous des formes plus ou moins insidieuses.

"Les nouvelles technologies, si nous ne faisons rien, ne permettront pas aux gens de faire plus de choses que ce qu'ils font déjà aujourd'hui. Cela leur permettra d'acheter seulement plus de choses. Ils verront sur l'écran: voulez-vous acheter ceci ou cela et tout ce qu'ils auront à faire, c'est pousser un bouton."

Michael Mulquin

Interview extraite du Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image,nouveaux réseaux" 

Code de bonne conduite

La communauté scientifique a apporté à Internet un label (la "netiquette"), habituée qu'elle était à mettre en place des protocoles éthiques, librement acceptés et donc librement appliqués. Toujours en vigueur, ce modus vivendi s'illustre, par exemple, par la pratique du flame, qui consiste à envahir la boîte aux lettres d'un internaute de messages vengeurs jusqu'à saturation, lorsqu'il n'a pas respecté une des règles de base (par exemple, publier des messages commerciaux sur des news groups à but non commercial).

Ces réactions fonctionnent plutôt bien pour l'instant, dans le petit milieu des passionnés.

Il est impératif de répondre aux mails que l'on vous envoie, au nom de cette communauté d'experts acceptant, du simple fait de sa présence sur les réseaux, de se plier au partage d'informations. Pour la bonne règle, un internaute averti ne posera pas de questions simplistes à un grand spécialiste et ne le harcèlera pas de messages intempestifs.

L'information gratuite qui circule sur Internet, on la doit aux universitaires qui font tourner la machine, au nom d'un "vieux" précepte du réseau : "somebody must know", quelqu'un doit savoir.


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