- SCIENCE ACTUALITES - 1997 -

Information
et éducation de demain

 Un accès au savoir pour tous
ou un trop plein d'informations?



 Apprendre sur le réseau

Récemment encore catalogué comme le dernier cancre de l'Internet en France, l'Ecole semble chausser ses bottes de sept lieues pour rattraper son retard européen. La situation de départ est simple: trois machines pour cent élèves en France, (contre onze au Royaume-Uni) et 20% seulement de ces machines capables de se connecter au réseau.

Aujourd'hui, on observe donc un engagement de l'État français pour une interconnexion généralisée de tous les établissements scolaires avec priorité donnée à la formation des maîtres. Le plan du ministre de l'Éducation nationale prévoit notamment de raccorder en trois ans environ 80% des 71800 écoles, lycées et collèges à Internet. Pour cela, l'Etat a décidé, avec France Telecom, de relier les établissements scolaires au réseau Numéris (128 Kbits), ce qui devrait permettre à une vingtaine d'élèves de travailler simultanément, d'échanger des fichiers, de communiquer en visioconférence et d'avoir accès au réseau Renater, largement utilisé par les chercheurs français. Enseignants et élèves devraient également utiliser, sans limitation de durée, le service en ligne de l'opérateur public Wanadoo, conçu comme un nouveau vecteur de connaissances pédagogiques.

"Avec ce nouveau support d'information et de communication, émergent des genres de connaissances inouïs, des critères d'évaluation inédits pour orienter le savoir, de nouveaux acteurs dans la production et le traitement des connaissances."

Pierre Lévy, revue Document numérique n° 1/1997

Il faudra naturellement tenir compte des deux échecs successifs de l'entrée des "nouvelles technologies" à l'Ecole (le plan Informatique pour tous en 1985 et la difficulté de l'école à intégrer la télévision). Néanmoins, les études le prouvent, l'inégalité face à l'instrument informatique et a fortiori de l'usage des réseaux, se creuse. Les parents les plus aisés s'équipent, estimant qu'il s'agit là d'un atout supplémentaire pour l'avenir de leurs enfants. Or si l'école est toujours considérée comme un lieu de lutte contre les inégalités sociales, elle se doit de prendre le train des nouvelles technologies. Reste que la réponse apportée est pour l'instant technologique. Au coeur des enjeux futurs, il y a naturellement la question du contenu. Et, sous-jacente, celle de l'évolution inévitable du rôle de l'enseignant, de la transmission des savoirs et de la place de l'élève au sein d'une cyberclasse dans une cyberécole... dans une cybersociété. Une des applications fondamentales des réseaux dans le domaine de l'éducation, c'est l'accès d'informations à distance. Certes, depuis des années, des étudiants installés dans le monde du travail acquièrent déjà leurs diplômes grâce à des centres d'enseignement à distance, en travaillant leurs cours en dehors de leurs heures de travail et en rendant leurs copies à des professeurs virtuels. Nombre de jeunes ont passé leur bac ainsi.

Mais grâce aux réseaux, en plus de la distance qui s'abolit, l'enseignement peut aller plus loin et proposer l'interactivité. On peut assister à un cours en temps réel ou en différé "comme si on y était", on peut même interroger un enseignant, lequel va répondre.

Comment peut-on imaginer la cyberécole? Avec des élèves seuls face à leur ordinateur, qui apprendraient d'un maître virtuel? Ou bien les réseaux seront-ils un outil pédagogique supplémentaire à la disposition du maître, un outil particulièrement utile pour rassembler des informations de toutes sortes, et créer des liens entre écoles du monde entier?

"Trop d'informations tue l'information", dit un dicton à la mode. Les maîtres de demain devront donc se transformer en guides, en prescripteurs, et acquérir une formation de fond, qui leur permette à la fois de maîtriser l'outil d'un point de vue technique, mais aussi d'un point de vue pédagogique, et bien sûr, philosophique. Si nos sociétés acceptent le défi d'intégrer la société civile à une réflexion autour des NTIC, alors les milieux de l'enseignement seront des interlocuteurs prépondérants.

Une école en Normandie : ww.cyber-espace.com/ecanfreville

 "Plus que jamais, demain plus qu'hier, le rôle de l'enseignant va être déterminant pour apprendre la maîtrise certes, mais surtout comme toujours et comme avant, pour apprendre aux enfants à choisir, (...) à comprendre, () à poser un regard critique sur le monde qui les entoure et sur l'information qui leur est posée."

 Jean-Noël Tron,
conseiller spécial auprès du Premier ministre sur les nouvelles technologies de l'information.

Interview extraite du Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

L'an 01 de l'information

Qui dit société globale de l'information dit remise en cause de forme et de fond des médias traditionnels, ceux qui nous fournissent aujourd'hui notre information quotidienne, les rédactions des radios, chaînes de télévision, quotidiens et magazines, et leurs fournisseurs d'informations "brutes", les agences de presse (textes et images).

Comment va-t-on valider la fiabilité des informations disponibles? Et qui va décider ­ à terme ­ de ce qui existera sur les réseaux? Que trouverons-nous au kiosque du village global de l'information ? Au sein du débat récurrent sur la mort programmée de la lecture ­et du papier­, il y a un enjeu plus immédiat: la mort annoncée des médias traditionnels, et surtout de nos journaux préférés, quotidiens ou magazines. Les chantres de cette théorie font reposer leurs prédictions sur une nouvelle technologie, celle du casting, qui consiste à proposer des journaux sur mesure, fabriqués nuit et jour par des agents intelligents à qui l'utilisateur aura remis ses goûts et préférences. L'autre inquiétude du monde de la presse traditionnelle, de nature économique celle-là, provient d'un environnement extrêmement concurrentiel dans les réseaux. Pour l'instant, en France, la consultation intégrale des grands quotidiens nationaux est payante, quand elle est possible. Sinon, ces derniers proposent sur le Web des versions vitrines du journal comme Libération.

"Nous nous trouvons dans une situation paradoxale presque identique à celle de Condorcet qui voulait que tout le monde soit citoyen, mais les hommes savaient à peine lire et écrire ; aujourd'hui nous voulons que tout le monde participe mais une part importante de la société ne sait pas (comment participer), seule une faible part sait..."

Franck Sérusclat, sénateur.

Interview extraite du Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

Le Républicain Lorrain, quant à lui, est totalement en ligne. Côté financement, un parallèle peut être fait avec l'univers de la radio. Sur Internet, en libre accès donc, le financement est de plus en plus assuré par les annonceurs. Les éditions électroniques ont un faible coût de fabrication (plus de papier, de circuit de distribution, d'invendus). La gratuité est de fait un sérieux argument pour le lecteur/consommateur. L'argument ultime, pour les partisans de cette presse "en ligne", c'est bien entendu la cohérence avec cette société de l'information naissante. Sous sa forme idéale (ou idéalisée...), elle permettrait à chacun un accès simple à des millions d'informations brutes. Plus besoin même d'agents intelligents, il suffira de se créer son propre réseau d'informations.

L'émergence de cette presse électronique représente un très réel espoir pour toute une partie de la planète, tous ces pays qui, tel l'Algérie, musellent leur presse. Dans ces conditions, la liberté de la presse a évidemment tout à y gagner.

Reste le risque, dans un univers médiatique de surabondance sans contrôle, de voir relégué au second plan les valeurs fondamentales du journalisme et des supports dits d'information: identité éditoriale, hiérarchie de l'information, sens critique, grilles de compréhension, investigation, recoupement des sources, validation ou qualification de l'information (se porter garant)... Sans doute, le rôle des journalistes, ou plutôt leur façon de travailler, va se trouver modifié par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) dans le monde des médias, mais il n'est pas dit que les journalistes seront balayés par la société de l'information. Cependant, les potentialités immenses de l'outil Internet provoquent une multiplication de l'offre information. Ainsi sont apparus des réseaux dits "à valeur ajoutée", les AOL. Ils se positionnent sur le marché en fournissant à la fois des éditions de journaux en ligne et en proposant leur propre magazine, rédigé par des journalistes. Ils offrent également de l'information brute de type cours de la bourse ou résultats sportifs, ou encore météo et programmes de loisirs.

L'exemple français par essence, c'est Infonie qui proposait dernièrement à ses abonnés de participer à des débats "en direct" sur le serveur avec des vedettes du monde culturel ou musical. Ces services connaissent un certain nombre de difficultés, liées à la lenteur que mettent les Français à s'approprier ces nouvelles technologies.

 "La vraie révolution n'est pas technologique, mais une révolution du corps social lui-même. Or le grand déficit aujourd'hui (tout particulièrement en France) n'est pas un déficit d'innovation technologique mais un déficit d'innovation sociale".

Alain d'Iribiane (CNRS).

Interview extraite du Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

Push or not push?

De l'anglais "push", littéralement "pousser ", il s'agit de proposer à l'internaute de l'information sur mesure, constamment remise à jour, sur la base d'un questionnaire où chacun détaille ses goûts, ses domaines d'intérêts tant sur le plan professionnel que privé.

Annoncé en 1996 comme la révolution technologique face à la surabondance d'informations disponibles en ligne, le push prend aujourd'hui du recul. Inaccessible pour le grand public (il réclame d'être connecté en permanence et monopolise la bande passante), le push s'oriente vers le marché des entreprises.

Un bel exemple d'engouement phénoménal retombé (ou repositionné, les mois à venir nous le diront) en quelques mois.




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