- SCIENCE ACTUALITES - 1997 -

Futur marché du travail

Gisement d'emplois ou chômage accru?



Réseaux d'entreprise

Les réseaux, un terme nouveau pour le grand public, sont une évidence depuis dix à vingt ans pour nombre d'employés de grandes entreprises nationales ou internationales. La nécessité de se connecter au sein d'une même entreprise, sans se soucier ni de la géographie, ni de la quantité d'informations à transmettre (transmission de rapports volumineux, courrier électronique, travail groupé en simultané) existe. Les réseaux, qu'ils soient privés ou publics, innervent notre société. Les autoroutes de l'information seront-elles une gigantesque interconnexion de l'ensemble des réseaux de transport? Internet sera-t-il l'exemple à suivre ou, au contraire, un repoussoir?

Il faut se rappeler que les militaires, les compagnies aériennes et les banques furent les pionniers des réseaux. Pour des raisons différentes, ces organisations ont ressenti les premières le besoin de communiquer en leur sein de façon rapide et sous forme électronique. Suivies de près par les universitaires, ces organisations ont construit leur propre réseau, utilisant des standards différents à chaque fois et des applications qui fonctionnaient uniquement en interne. C'est ce que l'on appelle un réseau propriétaire, au sens privé du terme. "Il est à moi et je consens un droit d'accès pour les extérieurs avec lesquels je travaille, en leur donnant des logiciels pour dialoguer avec moi." C'est SWIFT pour les réseaux bancaires, SABRE puis SITA pour les compagnies aériennes.

Téléphone, télécopie, vidéotex, messagerie vocale, écrite et électronique, transmission de données, bureautique communicante, transmission d'images fixes, communication avec les mobiles Chaque service nécessite des logiciels qui lui sont dédiés, cela même s'ils partagent la même infrastructure de transmission et de transport, tout en conservant leur individualité pour le traitement de l'information. On peut distinguer, par exemple, le réseau téléphonique, le réseau Transpac, les réseaux de vidéocommunication, les réseaux de radiotéléphonie... Le transport de ces données, qu'il se fasse d'un point vers tous les autres, ou de tous les points vers tous les points, utilise les mêmes supports physiques (fibre optique, câble, satellite, etc...). Ce sont les applications qui diffèrent et qui sécurisent. Le bureau Air France de Nice, par exemple, a accès via son ordinateur à l'ensemble des réservations de l'ensemble des compagnies aériennes du monde. Vous pouvez alors prendre votre billet Paris-Atlanta, Atlanta-Mexico, Mexico-Londres, Londres-Paris, louer une voiture dans chacun de ces aéroports, voire réserver des chambres d'hôtel depuis ce terminal informatique de Nice. Mais il est très important que ce réseau soit fiable, c'est-à-dire que personne ne puisse entrer de fausses réservations ou réserver des hôtels entiers à Bonn ou à Bénarès.

Même souci chez les banquiers, et chez les militaires, plus proches du secret, cette fois. Pas question de laisser des informations ultra-confidentielles circuler librement sur des réseaux non sécurisés.

 

L'Intranet

L'Intranet est un Internet "entre nous", destiné aux entreprises. L'idée est de créer un réseau décentralisé, qui permette la circulation d'informations de toutes natures au sein de l'entreprise; l'Intranet peut être relié à Internet pour les communications avec l'extérieur, en fonction des impératifs stratégiques de l'entreprise, notamment la sécurité et la confidentialité des données. Pour simplifier le tout, on parle maintenant d'Extranet, de la possibilité d'étendre aux clients et fournisseurs la connexion à l'Intranet et d'avoir ainsi accès à certaines données plus rapidement, sans avoir besoin d'interlocuteur physiquement présent, et donc, à n'importe quelle heure.

 "A court terme, nous irons vers une diminution de l'emploi. Par exemple, on parle d'une carte de sécurité sociale qui va permettre de faire des remboursements. Il y a 3000 salariés (dans ce secteur) On pourra donc faire la même chose avec dix fois moins. La question d'après c'est ? comment on organise cette diminution du volume », en mettant les gens de côté ou en réduisant le temps de travail ? Je suis pour ma part, partisan de la seconde solution."

Guy Aznar, sociologue.

Interview extraite du Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

Travailler en collaboration

Nombre de grandes entreprises sont atteintes d'un symptôme récurrent: la "réunionnite". C'est dire à quel point l'échange d'informations est important et prend de la place dans un emploi du temps. Les réseaux ouvrent dans ce domaine des horizons totalement nouveaux de mise à disposition de données, de mises à jour constantes, de notes de service baladeuses et de "post-it" itinérants. Et puis, le travail en équipe peut être considérablement modifié. Pourquoi, peut se demander un dirigeant d'entreprise, payer des frais de déplacement fréquents à cinq personnes de qualifications différentes pour qu'elles travaillent ensemble sur un projet? Constituons cette équipe de rêve (dream team) et réunissons-la virtuellement. Chacun à son poste de travail, transmet ses données, ses idées, ses graphiques, ses modifications, lesquels sont reçus en temps réel par les autres. Un document peut être modifié par chacun quasi simultanément, jusqu'à approbation finale. La visioconférence permet même l'illusion physique, et de voir sourire ou râler le chef de projet. Cette nouvelle façon de travailler, ces nouvelles possibilités, sont vite présentées comme la solution à tous les maux de tête touchant aux problèmes d'organisation. Mais encore une fois, les technologies ne peuvent être la panacée. Les outils de travail collégiaux sont un outil supplémentaire, pas une solution miracle. Le télétravail fait son entrée grâce aux réseaux. Un chef d'entreprise peut proposer à certains de ses employés de travailler depuis leur domicile et à la fois délocaliser certains de ses services à l'étranger. La Swissair a ainsi pris la décision, il y a quelques années, de délocaliser en Inde toute sa comptabilité. Les délocalisations, en soi, sont un des thèmes récurrents des débats sociaux, et ce, avant les possibilités ouvertes par les nouvelles technologies.

"Il ne faut pas refaire les mêmes erreurs qu'au moment du lancement de l'école par Jules Ferry: un cours primaire, six ans de certificat d'études et puis des voies royales pour ceux qui avaient les moyens, les cultures, les connaissances () Il faut cette fois utiliser ces technologies pour l'ensemble de la population et l'enjeu en vaut la peine..."

Franck Sérusclat, sénateur.

Salariés d'un nouveau type

Il y a ceux qui aiment. Ainsi, les partisans de l'efficacité sont impressionnés par les réseaux. Il y a ceux qui n'aiment guère. Ainsi les commerciaux sans bureau regrettent leur machine à café, les lieux de socialisation où ils pouvaient partager, analyser leurs difficultés ponctuelles avec tel ou tel client. Certains patrons sont très réticents devant l'arrivée des réseaux, ce qui explique en partie la frilosité de certaines entreprises (françaises surtout). Les réseaux induisant plus d'horizontal et moins de vertical, provoquent des changements dans la hiérarchie d'une entreprise. Une équipe se crée en transversal, et les dirigeants ont le sentiment de moins exercer leur pouvoir. Mais le réseau est aussi générateur de stress. Le message est à peine parti qu'il est arrivé: les délais se raccourcissent à vue d'oeil.

Le marché en développement vise maintenant, en France, les PME/PMI pour qui les réseaux sont une vraie chance de développement, avec un faible coût d'investissement. Communiquer efficacement (fidéliser ses clients, en trouver d'autres) en créant son site Web, réduire ses coûts de transmission et de communication (messagerie électronique, transfert de fichiers), envisager l'export: de nombreuses possibilités se font jour pour des structures plus souples et aux capacités d'innovation plus grandes. Affaire à suivre.

"Les nouveaux emplois créés par ces nouveaux outils sont dans un rapport de 1 à 10 par rapport à ceux qui seront perdus. Mais tant mieux, c'est une bonne nouvelle, on va enfin pouvoir avoir des activités qui ont du sens. On ne va pas travailler pour avoir de l'argent, on aura de l'argent d'une autre manière, à condition de changer d'économie. Et là, c'est une décision politique, réseaux ou pas réseaux."

Jacques Robin, Transversales.

Interview extraite du Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"


Sommaire du dossier| généralDébut de la page| A la une

© CSI - Science Actualités - Reproduction des photos interdite