Nouvelle citoyennetéPlus de démocratie ou leurre de démocratie? |
Il est un rêve, à la Martin Luther King, que la cyberdémocratie devienne réalité. Que les citoyens puissent intervenir sur les décisions politiques à l'échelon local, national et peut-être international. Qu'ils puissent les infléchir en intervenant dans des forums de discussion, en votant électroniquement, ou en (ré)agissant collectivement en utilisant la vitesse des réseaux. Ainsi, l'ensemble des citoyens d'un pays (ou d'une communauté géographique, professionnelle ou autre) pourra participer, par exemple, à un référendum. Il sera donc possible d'envisager une participation accrue des citoyens aux décisions prises par les États ou les gouvernements (locaux ou nationaux). Sur le papier, cette situation semble idyllique: une société idéale, peuplée d'individus passionnés par les débats en cours et où les lobbies auraient disparu, ou du moins ne pèseraient pas plus lourd que la voix d'un membre de la communauté. Nombre d'associations, de mouvements de défense des droits de
l'homme, d'organisations syndicales ou écologistes, s'emparent de
ce moyen de communication horizontal, en utilisant le faible coût
de connexion et l'appropriation collective (un serveur Le débat sur l'influence des réseaux sur la démocratie est loin d'être clos, même s'il prend ici une nouvelle dimension : la technique peut-elle, et dans quelle mesure, influer sur la politique ? Pour paraphraser une expression souvent utilisée: "la démocratie est-elle soluble dans les réseaux?"
Un des avantages des réseaux, peu critiqué celui-là, est qu'ils sont facteurs de désenclavement. Que ce soit d'une région à l'autre ou à l'échelle planétaire, bien utilisés ils représentent une possibilité formidable d'accès à l'information, sous forme de savoir (enseignement), de données (travail), de loisirs (consommation, vie quotidienne), et ce où que l'on se trouve. Le phénomène constaté aux États-Unis de vivre à la campagne sans être coupé du monde, en Finlande (ou dans le grand nord canadien) de ne pas se débrancher du monde à la mauvaise saison, ou en France plus récemment, de rechercher une qualité de vie meilleure sans se couper des possibilités de la société de l'information, ce phénomène est rendu possible grâce à la multiplication des réseaux. Difficile d'imaginer aujourd'hui ce que sera le lien social établi par des gens qui vivront isolés géographiquement. Difficile de dire s'ils cesseront, comme le craint avec provocation Philippe Breton, d'acheter des vêtements en ligne, quand ils ne sortiront plus de leur maison, et n'auront donc plus besoin de s'habiller Ce qui est certain, c'est que les politiques d'aménagement du territoire doivent dès maintenant intégrer cette dimension dans leurs prospectives. Selon les plus imaginatifs des "cybernologues", la tendance actuelle à la désertification rurale dans un pays comme la France, pourrait s'inverser avec une politique audacieuse, en lien avec l'ensemble des administrations (école, hôpitaux etc...) et les entreprises.
L'action publique, par essence, réclame des délais: le temps du débat (quand il existe...), en tous cas de l'arbitrage entre divers intérêts contradictoires, les phases d'études, de commissions et de rapports, et la mise en oeuvre des décisions adoptées... Tout cela prend beaucoup de temps. L'accélération dans la transmission des informations va obliger les services publics à des rénovations souvent brutales et pas forcément positives à court terme, car parfois mises en place sous simple couvert de modernité, sans réflexion approfondie sur la nécessaire adaptation au monde dit moderne. Bureaucratie et réseaux: un mariage que d'aucuns considèrent contre nature! Ainsi, mettre des feuilles d'impôt sur Internet, à la disposition des contribuables ne supprimera pas la lenteur inhérente au contrôle fiscal, à la vérification et au sacro-saint passage par la voie hiérarchique. On le sait, le discrédit jeté sur l'administration par le secteur privé se polarise beaucoup sur la lenteur des procédures. Pourtant le changement est en marche. A charge pour le service public de savoir le gérer efficacement. Si les administrations en France ont du mal à prendre ce virage, les parlementaires de tous bords, eux, sont pris d'une frénésie de rapports, tous plus alarmistes que le précédent, mettant en garde une administration trop frileuse. L'Elysée a ouvert son site le 14 juillet 1997 (www.elysee.fr), mais Jacques Chirac n'y a pas inscrit son adresse électronique, et les citoyens français contrairement à leurs homologues américains, ne bénéficient pas d'un accès direct aux plus hautes instances de l'État. Les textes officiels sont désormais accessibles via le Journal Officiel en ligne. Enfin une concurrence (citoyenne, rassurons-nous!) s'est instaurée entre les deux Assemblées, le Parlement et le Sénat, chacune ayant ouvert un site pour rendre compte de leurs travaux et tenter d'organiser un dialogue avec les "citoyens-électeurs".
Se porter garant du service public, quand il s'agit de la société de l'information en gestation, recouvre au moins trois réalités: libre accès, Etat en ligne et qualité de l'information. L'égalité des citoyens devant cette société passe par un accès généralisé (ou peu coûteux) aux informations, essentiellement au réseau Internet. Comment le mettre en place? Certains experts se demandent s'il ne faut pas imaginer que chaque habitant bénéficie d'une adresse électronique, à l'instar de sa boîte aux lettres. Par ailleurs, il faudra que toutes les informations relatives au service public lui-même soient en libre accès. Nul besoin d'abonnement spécifique pour consulter les horaires de la SNCF, les derniers arrêtés ministériels, un formulaire quelconque, voire une inscription à l'université ou dans une crèche municipale. Et, bien entendu, la confidentialité des données privées qui circuleront ainsi d'un réseau à l'autre devra être garantie, grâce à un arsenal législatif, répressif et sous le contrôle d'organismes de vigilance (pouvoirs renforcés pour la CNIL, par exemple). Enfin, nombre d'associations, de mouvements de défense des droits de l'homme, d'organisations syndicales ou écologistes, s'emparent de ce moyen de communication horizontal, en utilisant le faible coût de connexion et l'appropriation collective (un serveur pour tous et une adresse pour chacun). Le débat sur l'influence des réseaux sur la démocratie est loin d'être clos, même s'il prend ici une nouvelle dimension: la technique peut-elle, et dans quelle mesure, influer sur la politique? Pour paraphraser une expression souvent utilisée, "la démocratie est-elle soluble dans les réseaux?"
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