- SCIENCE ACTUALITES - 1997 -

Sécurité et protection des individus

Une espèce de communication totale
ou un espace réglementé et contrôlé?



Gare aux dérives

Internet et le révisionnisme, Internet et les réseaux (sic!) pédophiles, Internet et la pornographie... Les projecteurs de l'actualité sont largement braqués sur ces couples infernaux. Pourtant, il faut rappeler que si ces "réseaux" nauséabonds ont utilisé Internet pour communiquer (comme auparavant le Minitel, le téléphone et le courrier), c'est aussi Internet qui a permis d'en débusquer certains. Internet n'est aujourd'hui que la reproduction de notre société, en termes de quantité et de qualité d'informations.

Les internautes de la première heure défendent âprement leur liberté. Malgré les dérapages très médiatisés de certains membres de cette communauté, il leur importe que le réseau des réseaux reste un espace de liberté d'expression. De ce point de vue, Internet est un média comme les autres, mais gigantesque et planétaire où l'on peut passer d'un support (site Web) à un autre par des liens hyper-textes sans bien savoir où on atterrit et en oubliant souvent d'où on vient. Bref, on butine ou on surfe.

Et l'on dialogue (messagerie et news) avec le monde entier, sous couvert d'anonymat, la plupart du temps, ce qui permet à la fois tous les excès mais aussi une nouvelle forme de relations.

Ceux qui veulent limiter cette liberté totale de communiquer sont régulièrement combattues par des associations ou des particuliers. Un cas d'école fut représenté par la mise à disposition du public par un internaute malin du livre "Le grand secret" du docteur Gubler, le médecin de François Miterrand. L'objectif n'était pas d'en tirer un bénéfice financier, mais plutôt de démontrer à quel point une décision de justice -une censure (interdiction du livre)- pouvait être détournée. Autre cas intéressant, survenu au cours des élections législatives en France, la mise à disposition des derniers sondages interdits à la publication. Un quotidien régional a fini par agrandir la brèche ouverte par Internet en les publiant.

Aux États-Unis, une association très puissante l'Electronic Frontier Foundation s'est constituée pour défendre la liberté totale de "publier" sur Internet en vertu du 1er amendement de la Constitution...

En fait, partout dans le monde, en France comme ailleurs, la situation juridique reste inextricable. L'Etat se doit de protéger ses citoyens et les réseaux réclament l'adaptation des législations en vigueur sur les règles du commerce par correspondance (rebaptisé en ligne), le respect de la vie privée (confidentialité des échanges) etc... Un certain nombre de juristes expliquent aujourd'hui que les lois existent et peuvent déjà être appliquées, particulièrement sur la question fondamentale des droits d'auteur (copyright) pour les oeuvres mises à disposition gratuitement, et notamment sur Internet. Ainsi, un site sur l'écrivain Raymond Queneau a récemment été fermé à la demande des ayant droits. Deux jeunes étudiants ont été poursuivis en justice pour avoir publier sur Internet les paroles intégrales des chansons de Michel Sardou et Jacques Brel. Les créateurs (musiciens, écrivains, réalisateurs) revendiquent un droit légitime à la rémunération, certains prônant des méthodes s'apparentant à celles qui combattent le "photocopillage".

L'origine militaire de la fameuse toile d'araignée, le Web, en fait un réseau particulièrement sûr du point de vue de la connectique, c'est à dire du maillage mondial. Mais il reste un problème essentiel à régler: les données transportées ne sont pas, elles, sécurisées.

Du respect de la confidentialité des informations échangées à la création de nouvelles formes de paiement électronique, les sciences du cryptage n'ont jamais été autant d'actualité. Le cryptage -qui fait par ailleurs si peur à l'armée et aux forces de police et de douane, à tel point que l'exportation de logiciels de cryptage est illégale- est essentiel, en premier lieu, pour toutes les transactions financières. Des idées fusent actuellement sur la création de l'e-money, sorte de porte-monnaie électronique, géré par un nouveau type de banque. Les grands réseaux de paiement, de type carte bancaire, s'allient avec les fournisseurs de logiciels pour innover tout en gardant la maîtrise du système.

" Le réseau apparaît comme un véritable espace de liberté. Mais l'envers de la médaille c'est qu'il peut aussi être un lieu de flicage permanent (suivi des achats, profil d'intérêt, etc.).(...) Il faut donc en être conscient, (...) participer à des débats et forums, mettre ensemble des savoir faire et faire pression sur les organismes privés ou publics qui chercheraient à contrôler les informations. Enfin développer une sorte d'auto contrôle. Un contrôle venant du bas vers le haut, plutôt que le contraire"

Joël de Rosnay, directeur de la stratégie à la Cité des Sciences et de l'Industrie
Extrait d'interview - Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

 

FILMOGRAPHIE: en consultation sur "Cité coeur de réseaux"
"DES CHIFFRES ET DES SECRETS..."
Un film de Science Actualités-16' - Philippe Dorison -1997- Co-prod CSI/CNRS
"BIG BUG"
Un film de Science Actualités-13' - J.C. Monferran -1997- Coprod CSI/CNRS


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