- SCIENCE ACTUALITES - 1997 -

Réseaux du Nord, réseaux du Sud

Un village planétaire solidaire ou encore plus d'exclus?



 "Il faut lutter systématiquement, farouchement avec toutes les armes à notre disposition pour éviter ce que l'on appelle déjà infosriches/infospauvres. Nous ne devons pas, au Sud, utiliser ces nouvelles technologies de façon mimétiques, parce que les problèmes ici ne sont pas les mêmes. Elle doivent servir aux pays du Sud à dépasser les problèmes qui sont les leurs. Il faut tout faire pour transférer cette technologie comme arme conte la pauvreté, l'ignorance et, je dirais, la domination politique. Si les nouvelles technologies se limitent à une logique marchande, nous aurons raté un rendez-vous historique"

Papa NDiaye Diouf, Institut du développement de Genève
Extrait d'interview - Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

Respect de la diversité des cultures ou modèle culturel unique?

Qu'il s'agisse de la lutte contre la désertification ou contre les maladies infectieuses, du problème de l'eau ou de l'avancée des techniques agro-alimentaires, les exemples ne manquent pas pour montrer que les progrès techniques n'ont jusqu'ici pas permis de sauts qualitatifs notoires dans le développement des pays les plus pauvres, voire ne font que creuser le fossé qui sépare les pays du Nord des pays du Sud.

Pourtant, aujourd'hui, avec l'avènement des réseaux, certains experts parient sur le fait les autoroutes de l'information vont être la solution, dans un premier temps, au problème majeur du désenclavement, de l'isolement de ces pays, et notamment dans les campagnes.

Comment ? Il faut imaginer, par exemple, que les villes et villages du continent africain seront innervés par des câbles ou des satellites, et que les principaux hôpitaux, administrations, universités ou écoles seront équipés d'ordinateurs connectés au réseau, alors il sera plus facile d'apprendre, de dialoguer, de recueillir des informations de toutes natures, de faire connaître au monde entier les problèmes de minorités bafouées.

Cela étant, même si tous les espoirs sont permis, deux chiffres doivent sérieusement relativiser l'avancée des réseaux dans les pays du Sud: plus de la moitié de l'humanité n'a jamais reçu ni donné un seul coup de téléphone, et il y plus de postes téléphoniques à Manhattan que dans l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne...

 Francophonie

La langue anglaise utilisée sur les réseaux subit des attaques nombreuses et les Français se plaignent sans être une vraie force de proposition, en dehors d'un organisme chargé de réguler le "franglais". Les Canadiens, eux, savent inventer au fur et à mesure des termes pour s'approprier une partie de la culture Internet.

Quelques exemples de la poésie québécoise:

courrier électronique (e-mail) : le courriel (l'Académie française veut imposer le mél, moins inventif)

FAQ (Frequently Asked Questions) : la Foire Aux Questions

Fire walls : une écluse

On ne surfe pas au Canada, on butine.
On ne butine par sur le Web mais sur la Toile.

Au delà de l'anecdote, il faut rappeler à quel point la francophonie sur le Web est encore aujourd'hui le fait des Québecois, qui se sont emparés de ce mode de communication bien avant les Français, et l'utilisent couramment.

Télécommunications : le désert des accès

Paradoxalement, le sous-développement en matière de communication peut virer à l'avantage. En effet, un projet (en cours) d'encerclement de la planète par un réseau de satellite pourrait bénéficier aux pays d'Afrique et éviter la construction ex nihilo de coûteuses lignes téléphoniques. Le coût des communications pourrait être faible. Il ne resterait plus qu'à acheter les ordinateurs. Rappelons que le coût du matériel -importé- est beaucoup plus élevé dans les pays du Sud qu'aux États-Unis.

La déréglementation est au centre des préoccupations des décideurs africains. Le Sénégal, optant résolument pour les nouvelles technologies, a décidé de privatiser les télécoms et de faire jouer la concurrence. Néanmoins, généraliser cette pratique reviendrait à laisser les pays développés s'installer sur ce créneau, et pénaliserait, à l'échelle continentale les industries locales de développement. A terme, le savoir-faire changerait de mains, sans espoir de retour.

 Depuis septembre 1996, une première expérience de télémédecine entre hôpitaux de différents pays est menée grâce à la collaboration de l'Agence spatiale européenne (ESA). Ce programme dénommé Shared (Satellite Health Access for Remote Environment Demonstrator) fonctionne grâce aux liaisons satellitaires fournies par l'Agence via le satellite européen Eutelsat-II-F4. Grâce à lui, l'hôpital San Raffaele à Milan et la polyclinique Celio à Rome ont installé à distance un service de radiographies, d'images scanner et de soins avec un hôpital de campagne italien installé en Bosnie et le Centre hospitalier de Sarajevo. Devant le succès de cette expérience, ses responsables souhaitent maintenant l'étendre à l'hôpital de Tirana.  

Le grand débat sur les transferts de technologies prend ici tout son sens. Les scientifiques et universitaires du Sud sont unanimes, quand il s'agit des réseaux. Grâce à eux, ils devraient pouvoir faire leurs études sur place -l'information se trouve sur les réseaux universitaires-, ou revenir plus facilement au pays après leurs études en continuant à correspondre -à bas prix- avec leurs homologues scientifiques du Nord, enfin acquérir une reconnaissance dans leur domaine -en publiant sur les réseaux de recherche, publications moins coûteuses que sur papier. C'est la fin de l'isolement, et, à terme, pour les plus optimistes, une égalité entre chercheurs. De fait, c'est un pas important de franchi pour la coopération entre scientifiques. Reste une réticence, et de taille celle-là, puisqu'elle concerne une fois encore les contenus. Les gouvernements autoritaires du Sud, en effet, ne sont pas préparés à ouvrir leurs pays aux réseaux et à la liberté qui s'ensuivrait. Mais, à l'image de la chasse aux paraboles qui a lieu dans certains pays dits fermés, l'accès à l'information ne peut être éternellement muselé. C'est la leçon des réseaux. L'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe, par exemple, savent qu'ils ne peuvent empêcher Internet d'exister chez eux Et ils ont raison de craindre le contournement des interdits, par exemple d'ordre religieux. A cause d'une simple machine, reliée à un téléphone, leur pouvoir s'en trouve considérablement diminué...

"Il faut exiger des opérateurs privés, commerciaux, une péréquation pour l'équipement des zones défavorisées. Faire du lobbying politique, voire inscrire dans la charte des droits de l'homme le droit à cette information pour tous (...)".

Georges Charrière, Réseau des Grands Lacs africains
Extrait d'interview - Kiosque Actualités
exposition "Nouvelle image, nouveaux réseaux"

 LES RAPPORTS

Commissariat général du Plan : "Les réseaux de la société de l'information", rapport du groupe présidé par Thierry Mileo, coll. Rapports officiels, éd. ASPE, 1996.

Mission interministérielle sur l'Internet : "Internet. Enjeux juridiques", mission présidée par Isabelle Falque-Pierrotin, 1997.

Rapport au Premier Ministre : "Les autoroutes de l'information", Gérard Théry, coll. Rapports officiels, éd. La Documentation Française, 1994.

"Le télétravail en France", Thierry Breton, coll. Rapports officiels, éd. La Documentation Française, 1996.

Sénat, session 96/97 : "Technologies de l'information et Poste", Pierre Hérisson.

Sénat, session 96/97 : "Industrie, Poste et télécommunications", rapporteur général Alain Lambert, Loi des Finances 97, II-Poste, télécommunications et espace.

Rapport officiel de l'Inspection Générale de l'Education Nationale sur l'utilisation du multimédia dans les enseignements. Guy Pouzard, groupe EVS, commission "informatique et techniques de communication", 1997.


Sommaire du dossier| généralDébut de la page| A la une

© CSI - Science Actualités - Reproduction des photos interdite