Réseaux du Nord, réseaux du SudUn village planétaire solidaire ou encore plus d'exclus? |
Qu'il s'agisse de la lutte contre la désertification ou contre les maladies infectieuses, du problème de l'eau ou de l'avancée des techniques agro-alimentaires, les exemples ne manquent pas pour montrer que les progrès techniques n'ont jusqu'ici pas permis de sauts qualitatifs notoires dans le développement des pays les plus pauvres, voire ne font que creuser le fossé qui sépare les pays du Nord des pays du Sud.
Comment ? Il faut imaginer, par exemple, que les villes et villages du continent africain seront innervés par des câbles ou des satellites, et que les principaux hôpitaux, administrations, universités ou écoles seront équipés d'ordinateurs connectés au réseau, alors il sera plus facile d'apprendre, de dialoguer, de recueillir des informations de toutes natures, de faire connaître au monde entier les problèmes de minorités bafouées. Cela étant, même si tous les espoirs sont permis, deux chiffres doivent sérieusement relativiser l'avancée des réseaux dans les pays du Sud: plus de la moitié de l'humanité n'a jamais reçu ni donné un seul coup de téléphone, et il y plus de postes téléphoniques à Manhattan que dans l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne...
Paradoxalement, le sous-développement en matière de communication peut virer à l'avantage. En effet, un projet (en cours) d'encerclement de la planète par un réseau de satellite pourrait bénéficier aux pays d'Afrique et éviter la construction ex nihilo de coûteuses lignes téléphoniques. Le coût des communications pourrait être faible. Il ne resterait plus qu'à acheter les ordinateurs. Rappelons que le coût du matériel -importé- est beaucoup plus élevé dans les pays du Sud qu'aux États-Unis. La déréglementation est au centre des préoccupations des décideurs africains. Le Sénégal, optant résolument pour les nouvelles technologies, a décidé de privatiser les télécoms et de faire jouer la concurrence. Néanmoins, généraliser cette pratique reviendrait à laisser les pays développés s'installer sur ce créneau, et pénaliserait, à l'échelle continentale les industries locales de développement. A terme, le savoir-faire changerait de mains, sans espoir de retour.
Le grand débat sur les transferts de technologies prend ici tout son sens. Les scientifiques et universitaires du Sud sont unanimes, quand il s'agit des réseaux. Grâce à eux, ils devraient pouvoir faire leurs études sur place -l'information se trouve sur les réseaux universitaires-, ou revenir plus facilement au pays après leurs études en continuant à correspondre -à bas prix- avec leurs homologues scientifiques du Nord, enfin acquérir une reconnaissance dans leur domaine -en publiant sur les réseaux de recherche, publications moins coûteuses que sur papier. C'est la fin de l'isolement, et, à terme, pour les plus optimistes, une égalité entre chercheurs. De fait, c'est un pas important de franchi pour la coopération entre scientifiques. Reste une réticence, et de taille celle-là, puisqu'elle concerne une fois encore les contenus. Les gouvernements autoritaires du Sud, en effet, ne sont pas préparés à ouvrir leurs pays aux réseaux et à la liberté qui s'ensuivrait. Mais, à l'image de la chasse aux paraboles qui a lieu dans certains pays dits fermés, l'accès à l'information ne peut être éternellement muselé. C'est la leçon des réseaux. L'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe, par exemple, savent qu'ils ne peuvent empêcher Internet d'exister chez eux Et ils ont raison de craindre le contournement des interdits, par exemple d'ordre religieux. A cause d'une simple machine, reliée à un téléphone, leur pouvoir s'en trouve considérablement diminué...
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