- SCIENCE ACTUALITES - 1998 -

Le FEM,
grand financier de l'environnement


 Le Fonds de l'Environnement Mondial

Climat, couche d'ozone, eaux internationales, biodiversité: s'il concerne un de ces quatre domaines, un projet de développement peut recevoir depuis 1990 un financement du Fonds de l'Environnement Mondial, le FEM. La Convention sur la biodiversité fête cette année son sixième anniversaire. Quel bilan peut-on tirer aujourd'hui des aides apportées par le FEM aux projets de développement mondiaux?

Le Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM) intervient sous forme de dons dans les projets de développement. Mais pas n'importe lesquels. Pour espérer recevoir un financement du FEM, un projet doit impérativement avoir un impact positif dans un des quatre domaines: protection de la biodiversité, réduction des émissions de gaz à effet de serre, protection des eaux internationales ou maintien de la couche d'ozone.

A sa création en 1990, le FEM n'est qu'une structure pilote mise en place par les pays développés pour aider les pays les plus démunis à faire face aux problèmes d'environnement. L'objectif du FEM était de tester dans un premier temps la validité du concept de coût additionnel ou coût incrémental. En quoi consiste-t-il ? Les ressources du FEM ont été dédiées à couvrir les coûts supplémentaires des projets de développement entraînés par la prise en compte de l'environnement et de sa protection. Or pour beaucoup de projets, le bénéfice final entraîné par ce surcoût n'est pas retiré uniquement par les populations locales du pays où sont réalisés ces projets mais par l'ensemble de la population de la planète. D'où l'idée de financer ce surcoût et, seulement lui, par un fonds multilatéral collecté auprès de l'ensemble des pays du monde.

 

Suite à la Convention de Rio, le FEM a été restructuré en 1994 et il est devenu le seul mécanisme financier concernant la protection de l'environnement mondial. Ses caisses devaient être reconstituées à hauteur de 2 milliards de dollars pour la période allant de 1994 à 1997. En fait, depuis 1990, 1,4 milliard de dollars seulement ont été alloués à des projets de développement dont 37% en faveur de la biodiversité. Le FEM représente toutefois une source de financement importante. Ses apports financiers représentent 25% des fonds d'intervention du PNUD et 67% de ceux du PNUE qui constituent avec la Banque mondiale les principales agences de coopération. La contribution de la France au FEM s'est élevée à 870 millions de dollars soit 7,3% du FEM.

 Des avis partagés

 

"Il a permis le développement de projets..."

Pour Catherine Garetta, responsable du Fonds français pour l'Environnement Mondial,"le FEM a permis le développement d'un grand nombre de projets en faveur de l'environnement qui, sans son existence, n'auraient pas vu le jour". Selon elle, il a joué le moteur pour dégager d'autres fonds publics ou privés sans amputer ceux qui étaient déjà attribués à l'aide extérieure classique. Il a également contribué à faire passer dans les murs des États la prise en compte de l'environnement dans leurs projets de développement.

 

"Plus un projet est mauvais, plus il est aidé.."

De nombreuses ONG ont critiqué lors des différentes conférences internationales l'intervention du FEM. Pour elles, trop souvent, le FEM ne s'attaque pas aux causes primaires de l'érosion de la biodiversité. Elles déplorent, en particulier, que le FEM ne s'engage pas dans la défense des modes de gestion traditionnelle mis en oeuvre par les populations locales. Pour Catherine Aubertin et Frank-Dominique Vivien, auteurs du livre "Les enjeux de la biodiversité", le FEM peut même avoir des effets pervers. Ils notent que: "A la limite, plus un projet de développement est mauvais pour l'environnement, plus son coût additionnel (sa "mise au vert") sera important et plus il sera aidé financièrement par le FEM." Dans certains projets, comme particulièrement ceux concernant la protection de la biodiversité, il s'avère, de plus en plus difficile, voire impossible, d'évaluer le coût additionnel.

 

Le FFEM, Fonds Français pour l'Environnement Mondial

"Le FEM permet de mettre en application les orientations de la Convention. Par exemple, actuellement, la Convention développe des approches écosystémiques des problèmes, c'est à dire, elle dit : si l'on veut protéger telle espèce, il ne faut pas s'occuper uniquement de cette espèce, il faut s'occuper de tout l'environnement qu'il y a autour. Cette approche écosystémique pourrait rester uniquement dans les textes mais comme le FEM finance des projets de protection, il peut obliger et orienter les actions en ne financant que les projets qui prônent une action écosystémique avancée."

Bernard Roussel, ethnobotaniste, professeur au Museum national d'histoire naturelle.

En 1994, la France créait un fonds propre, le Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM). Il a été doté de 440 millions de francs pour une période de trois ans allant de 1994 à 1997. Pourquoi avoir créé le FFEM alors qu'il existait déjà une structure internationale avec le FEM? Selon Christian de Gromard, de la Caisse française de développement, organisme chargé de gérer le FFEM, "le FEM intervenait peu sur les PMA (pays moins avancés) et en particulier en Afrique. D'autre part, le mécanisme du FFEM étant bilatéral, et non pas multilatéral comme le FEM, cela permet d'avoir une intervention plus directe et rapide." Le FFEM a servi à financer des projets pour un montant total de 2 milliards de francs. Fin 1996, sur 44 projets financés par le FFEM, 20 concernaient la biodiversité et représentaient 38% des fonds accordés.

Michel Chauvet, responsable du Bureau des Ressources Génétiques, reste optimiste: "Si des structures internationales comme la Convention sur la biodiversité semblent, a priori, avancer à la lenteur d'un paquebot, il est indéniable qu'en analysant les résultats sur des périodes de l'ordre de 10, 20 ans, les préoccupations des États envers l'environnement ont bel et bien changé et sont de plus en plus effectives".




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