Le Fonds de l'Environnement Mondial
Climat, couche d'ozone, eaux internationales, biodiversité: s'il
concerne un de ces quatre domaines, un projet de développement peut
recevoir depuis 1990 un financement du Fonds de l'Environnement Mondial,
le FEM. La Convention sur la biodiversité
fête cette année son sixième anniversaire. Quel bilan
peut-on tirer aujourd'hui des aides apportées par le FEM aux projets
de développement mondiaux?
Le Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM) intervient sous forme de
dons dans les projets de développement. Mais pas n'importe lesquels.
Pour espérer recevoir un financement du FEM, un projet doit impérativement
avoir un impact positif dans un des quatre domaines: protection de la biodiversité,
réduction des émissions de gaz à effet de serre, protection
des eaux internationales ou maintien de la couche d'ozone.
A sa création en 1990, le FEM n'est qu'une structure pilote mise
en place par les pays développés pour aider les pays les plus
démunis à faire face aux problèmes d'environnement.
L'objectif du FEM était de tester dans un premier temps la validité
du concept de coût additionnel ou
coût incrémental. En quoi consiste-t-il ? Les ressources du
FEM ont été dédiées à couvrir les coûts
supplémentaires des projets de développement entraînés
par la prise en compte de l'environnement et de sa protection. Or pour beaucoup
de projets, le bénéfice final entraîné par ce
surcoût n'est pas retiré uniquement par les populations locales
du pays où sont réalisés ces projets mais par l'ensemble
de la population de la planète. D'où l'idée de financer
ce surcoût et, seulement lui, par un fonds multilatéral collecté
auprès de l'ensemble des pays du monde.
Suite à la Convention de Rio, le FEM a été
restructuré en 1994 et il est devenu le seul mécanisme financier
concernant la protection de l'environnement mondial. Ses caisses devaient
être reconstituées à hauteur de 2 milliards de dollars
pour la période allant de 1994 à 1997. En fait, depuis 1990,
1,4 milliard de dollars seulement ont été alloués à
des projets de développement dont 37% en faveur de la biodiversité.
Le FEM représente toutefois une source de financement importante.
Ses apports financiers représentent 25% des fonds d'intervention
du PNUD et 67% de ceux du PNUE qui constituent avec la Banque mondiale les
principales agences de coopération. La contribution de la France
au FEM s'est élevée à 870 millions de dollars soit
7,3% du FEM.
Des
avis partagés
"Il a permis le développement
de projets..."
Pour Catherine Garetta, responsable du Fonds
français pour l'Environnement Mondial,"le FEM a permis le
développement d'un grand nombre de projets en faveur de l'environnement
qui, sans son existence, n'auraient pas vu le jour". Selon elle,
il a joué le moteur pour dégager d'autres fonds publics ou
privés sans amputer ceux qui étaient déjà attribués
à l'aide extérieure classique. Il a également contribué
à faire passer dans les murs des États la prise en compte
de l'environnement dans leurs projets de développement.
"Plus un projet est mauvais, plus il
est aidé.."
De nombreuses ONG ont critiqué lors des
différentes conférences internationales l'intervention du
FEM. Pour elles, trop souvent, le FEM ne s'attaque pas aux causes primaires
de l'érosion de la biodiversité. Elles déplorent, en
particulier, que le FEM ne s'engage pas dans la défense des modes
de gestion traditionnelle mis en oeuvre par les populations locales. Pour
Catherine Aubertin et Frank-Dominique Vivien, auteurs du livre
"Les enjeux de la biodiversité", le FEM peut même
avoir des effets pervers. Ils notent que: "A la limite, plus un
projet de développement est mauvais pour l'environnement, plus son
coût additionnel (sa "mise au vert") sera important et plus
il sera aidé financièrement par le FEM." Dans certains
projets, comme particulièrement ceux concernant la protection de
la biodiversité, il s'avère, de plus en plus difficile, voire
impossible, d'évaluer le coût additionnel. |
Le FFEM, Fonds
Français pour l'Environnement Mondial
"Le FEM permet de mettre en application
les orientations de la Convention. Par exemple, actuellement, la Convention
développe des approches écosystémiques des problèmes,
c'est à dire, elle dit : si l'on veut protéger telle espèce,
il ne faut pas s'occuper uniquement de cette espèce, il faut s'occuper
de tout l'environnement qu'il y a autour. Cette approche écosystémique
pourrait rester uniquement dans les textes mais comme le FEM finance des
projets de protection, il peut obliger et orienter les actions en ne financant
que les projets qui prônent une action écosystémique
avancée."
Bernard Roussel,
ethnobotaniste, professeur au Museum national d'histoire naturelle. |
En 1994, la France créait un fonds propre, le Fonds Français
pour l'Environnement Mondial (FFEM). Il a été doté
de 440 millions de francs pour une période de trois ans allant de
1994 à 1997. Pourquoi avoir créé le FFEM alors qu'il
existait déjà une structure internationale avec le FEM? Selon Christian de Gromard, de la Caisse
française de développement, organisme chargé de gérer
le FFEM, "le FEM intervenait peu sur les PMA (pays moins avancés)
et en particulier en Afrique. D'autre part, le mécanisme du FFEM
étant bilatéral, et non pas multilatéral comme le FEM,
cela permet d'avoir une intervention plus directe et rapide." Le
FFEM a servi à financer des projets pour un montant total de 2 milliards
de francs. Fin 1996, sur 44 projets financés par le FFEM, 20 concernaient
la biodiversité et représentaient 38% des fonds accordés.
Michel Chauvet, responsable du Bureau des Ressources Génétiques,
reste optimiste: "Si des structures internationales comme la Convention
sur la biodiversité semblent, a priori, avancer à la lenteur
d'un paquebot, il est indéniable qu'en analysant les résultats
sur des périodes de l'ordre de 10, 20 ans, les préoccupations
des États envers l'environnement ont bel et bien changé et
sont de plus en plus effectives". |