Des richesses à conserverQuand il s'agit de préserver la biodiversité |
Pour conserver les ressources génétiques, plusieurs solutions existent. Elles sont classées en deux grandes catégories: la conservation in situ et la conservation ex situ. Si ces deux méthodes sont bien différentes dans leurs principes,
et ont même été considérées antagonistes
à l'origine, elles restent complémentaires pour assurer pleinement
l'objectif de conservation du fait du caractère évolutif des
ressources génétiques.
Pour conserver la biodiversité, la garantie du succès est
une fois de plus assurée par... la diversité, celle des méthodes.
Dès 1982, était lancé en France le recensement des ZNIEFF, les zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Des 14755 zones identifiées début 1996 et correspondant à 24,5% du territoire, 536 seulement, soit 1,6% du territoire, sont proposées fin 1997 par le ministère de l'environnement pour être intégrés au réseau Natura 2000 européen. Dans le rapport de synthèse récemment présenté à la conférence de Bratislava, le ministère affirme pourtant vouloir donner la priorité à la conservation in situ...
La Communauté européenne a signé la Convention sur la biodiversité. La France, aussi. Deux raisons donc pour que la France réponde à la recommandation formulée par la Convention dans son article 6 où il est stipulé que les pays signataires doivent élaborer des stratégies de conservation et d'utilisation durable de la biodiversité au niveau national. L'article 26 de cette Convention demande de plus à chaque pays de présenter un rapport sur les dispositions adoptées. En France, ce document est prêt. Il s'agit du "Programme national d'action pour la flore et la faune sauvages" préparé par le ministère de l'Environnement. Il a été présenté lors de la dernière Conférence des Parties à Bratislava. En fait, côté Europe, le 21 mai 1992, soit un mois avant le sommet de Rio, était promulguée la directive "Habitats". Sachant que les négociations à son sujet duraient depuis plusieurs années, l'Europe n'avait donc pas attendu la Convention pour prendre conscience de la nécessité de conserver la biodiversité. En quoi consiste cette directive? Comme son nom l'indique, la directive "Habitats" vise à protéger non seulement les plantes et les animaux les plus menacés mais aussi les différents types d'écosystèmes ou habitats. Leur destruction est en effet la première cause de disparition des espèces sauvages. Les prélèvements (chasse, pêche...) et les pollutions diverses constituent deux autres facteurs de régression des espèces mais ils ont une influence beaucoup plus réduite. Comment préserver ces habitats ? La directive européenne prévoit, dans son article 3, la constitution d'un réseau écologique européen cohérent de zones spéciales de conservation: le réseau Natura 2000. Ce réseau s'intéresse à la préservation, en priorité, de 600 espèces de plantes et animaux et 200 types d'habitats naturels (forêts, littorals, marais...).
Selon Henri Jaffieux de la Direction de la nature et des paysages au ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, après recensement des ZNIEFF, "la France possède 140 des 600 espèces retenues et environ 75% des 200 types d'habitats concernés. Un premier inventaire a listé 1600 sites d'intérêt soit 15% du territoire (milieu marin non compris). Soumis à l'expertise des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle, les sites ont été classés en quatre catégories. Sur ces quatre catégories, le Conseil de Protection de la Nature n'a retenu que les deux premières soit 1316 sites correspondant à 13% du territoire." En fait, à l'époque où Alain Juppé était Premier ministre et Corine Lepage ministre de l'Environnement, le dossier avait longtemps été gelé (cf. Science Actualités mai 1997: "Quelle planète pour l'an 2000?"). Finalement, seul 2,5% du territoire avais été annoncé devoir être intégré au réseau. Pour la plupart des milieux ecologistes, cette décision avait été jugée comme une capitulation devant les lobbies anti-nature: forestiers, agriculteurs, aménageurs, et chasseurs. Dans le numéro d'octobre 1997 de la revue européenne Natura 2000, la France, en compagnie du Luxembourg, se distingue toujours par une belle ligne de zéros dans le tableau qui résume les données des sites à préserver. Mais, dans l'arsenal des outils utilisés par l'Union européenne pour réglementer le fonctionnement des pays qui la composent, les directives sont des mesures qui, certes, laissent l'initiative aux Etats membres mais, dans tous les cas, font obligation de résultat. Pas moyen d'y échapper! Fin 1997, la Communauté européenne tirait les oreilles de la France pour non-respect de la directive "Habitats". Le gouvernement français adressait finalement à la commission européenne une "première" proposition concernant 535 sites soit 1,6% du territoire comme candidats au réseau Natura 2000. "Ces territoires recouvrent pour l'essentiel des espaces déjà protégés, des forêts domaniales ou des espaces volontaires" , précise le ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement. Alors doit-on commenter cette décision dans les mêmes termes amers que ceux d'un militant lors du dernier congrès du MNLE (Mouvement national de lutte pour l'environnement) qui s'est tenu en février 1998 à Paris: "En France, on ne sait préserver que ce qui est déjà préservé." Force est de constater, en tout cas, comme le fait Bernard Roussel, chercheur au Muséum d'histoire naturelle, que, de plus en plus, "la politique de protection des paysages en France a pour objet la sauvegarde d'une nature largement anthropisée et non plus des forêts ou des lacs "sauvages"." Les 32 parcs régionaux créés en France sont là pour en témoigner. Ils couvrent 9% du territoire mais ne possèdent pas une règlementation garantissant une protection intégrale des habitats.
Les ressources génétiques constituent la base biologique pour assurer la sécurité alimentaire. Dès les années 70, la constitution de collections de ces ressources dans des banques de gènes ex situ a été entreprise. En 1996, la FAO publiait le premier rapport mondial sur l'état de toutes les collections réalisées dans le monde. Le bilan tiré d'un quart de siècle d'expérience en matière de conservation ex situ est plutôt inquiétant.
En entrant en vigueur après sa ratification en 1993, la Convention sur la biodiversité apparaît comme l'organisation internationale centralisant toutes les questions concernant la biodiversité. De ce fait, elle aurait pu marcher allègrement sur les plates-bandes d'une autre organisation internationale, la FAO qui, elle, se préoccupe depuis 1945 des problèmes d'agriculture et d'alimentation. En fait, dès 1993, la Convention sur la biodiversité reconnaît la compétence de la FAO et le statut spécial de la biodiversité concernant l'élevage et l'agriculture: les ressources génétiques. Elle demande à la FAO d'avancer sur deux problèmes clés liés à ce domaine: les modalités d'accès aux collections de ressources ex situ et les droits des agriculteurs. Pour répondre au premier, la FAO décide alors de lancer une enquête sur l'état et l'utilisation des collections réalisées dans le monde depuis les années 70. 158 pays ont élaboré un rapport national. Le rapport de synthèse était rendu en juin 1996. Ce rapport met en lumière nombre de lacunes et d'inefficacités dans les activités de conservation et d'utilisation des ressources phytogénétiques.
Trois formes de conservation ex situ peuvent être distinguées. Les banque de graines rassemblent environ 90% des ressources génétiques. Les arboretums et jardins botaniques permettent de conserver les plantes qui ne peuvent l'être sous forme de graines: 8% des ressources génétiques sont conservées sous cette forme. Enfin la conservation in vitro , sous la forme de cultures de cellules, est utilisée pour conserver les espèces qui ne produisent pas de graines: environ 1% des ressources sont conservées in vitro.
1300 collections ont été répertoriées contenant environ 6 millions d'échantillons. Géographiquement, 45% des collections sont concentrées dans seulement 12 pays. Mais, parmi ces 1300 collections, 397, soit environ un quart seulement, sont capables d'assurer une conservation à moyen ou à long terme. Et, seulement 35 pays fournissent ce stockage fiable à long terme. D'autre part, environ un tiers des échantillons seraient conservés en un seul exemplaire.
L'organisation non gouvernementale canadienne RAFI souligne que ce contenu "est principalement orienté vers ce qui intéresse les pays développés du Nord". Ainsi le blé représente 14% des collections alors que le manioc en représente seulement 0,5% et l'igname 0,18%, ces deux espèces présentant pourtant un intérêt de premier plan dans plusieurs pays en voie de développement. La provenance d'environ la moitié des échantillons est inconnue. Pour un échantillon sur deux, impossible de savoir s'il s'agit de plantes sauvages, de races locales ou de cultivars. Et quand elle est connue, il s'avère que 48% sont des cultivars, 36% des variétés locales et 15% seulement des plantes sauvages.
Même stockées dans des conditions idéales, la viabilité
des semences diminue et une régénération est nécessaire.
Or, environ un million des graines conservées sont estimées
avoir besoin d'être régénérées. Il s'avère
impossible de savoir combien de ressources
génétiques ont déjà été
perdues. Le comble, selon l'organisation RAFI, "certains experts
osent même avancer que l'érosion génétique est
plus importante dans les banques que dans les champs des agriculteurs".
Les ressources génétiques
sont conservées pour être utilisées. Or, "un
pays sur quatre se plaint que la distribution des variétés
améliorées est limitée par des systèmes de distribution
médiocres. Pour l'Afrique, ce chiffre est de un sur deux"
, souligne le rapport de la FAO. Autre cause de la sous-utilisation: 37%
des échantillons dans les collections nationales ne sont pas documentés,
pas de caractérisation, ni d'évaluation, aucune donnée
ethnobotanique. Sans ces données, aucune utilisation pratique n'est
possible.
Conclusion: malgré un travail énorme de conservation mené au niveau international pendant vingt-cinq ans, les ressources génétiques ne sont toujours pas réellement à l'abri. Pour faire face à ce constat inquiétant, la FAO a élaboré en parallèle un Plan d'action mondiale pour réorganiser la conservation et l'utilisation durable des ressources génétiques. Ce plan a été adopté en juin 1996 par plus de 150 pays lors d'une conférence à Leipzig, en Allemagne, rapportée comme le plus grand sommet sur l'agriculture ayant jamais eu lieu. L'énorme document décrivant les vingt grands axes du plan met l'accent sur la nécessaire complémentarité des méthodes de conservation, à la fois in situ et ex situ mais aussi "à la ferme". Le coût global de ce plan est estimé entre 131 et 300 millions de dollars par an. Le plan reconnaît qu'une des principales clés de sa réussite repose sur la résolution de la question du droit des agriculteurs.
Dès 1960: la FA0, organisation ayant pour mission de contribuer au développement de la production alimentaire dans le monde, s'est préoccupée de la gestion rationnelle des ressources naturelles.
Aujourd'hui: dans de nombreux programmes concernant la résistance des plantes, les recherches se font avec des firmes privées. Les variétés obtenues font de plus en plus l'objet de demandes de protection par brevet qui remettent en question le principe d'accès libre aux ressources phytogénétiques.
Selon la FAO, 75% de la diversité des plantes cultivées aurait disparu depuis le début du siècle. La mer, avec ses poissons, est aussi une source essentielle de nourriture.
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