Science actualités décembre 2000

L’automne noir des éleveurs de bovins

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - Agence française sur la sécurité alimentaire des aliments (Afssa):
http://www.afssa.fr/

Le 10 octobre, dans un abattoir normand, une "vache folle" est détectée juste avant d’entrer dans le circuit de l’alimentation. Problème: douze vaches du même troupeau ont d’ores et déjà été abattues et leurs viandes distribuées dans les circuits de consommation. "Dans la foulée, le distributeur Carrefour retrouve la trace de ses camarades de troupeau, retire des magasins les lots qui peuvent en être issus et élargit la mesure à des produits qui peuvent en contenir une simple trace", raconte Emmanuelle Réju dans le quotidien La Croix du 1er novembre. Cette mesure très largement relayée par les médias nationaux, provoque une véritable flambée de psychose. "Une erreur fondamentale" estime Jeanne Brugère-Picoux, spécialiste française de l’ESB. Tandis que les ventes s’effondrent, le ministre de l’agriculture Jean Glavany annonce, le mardi 24 octobre, une extension du dépistage de l’ESB, l’interdiction des graisses d’origine bovine dans l’alimentation des ruminants et officialise sa demande auprès de l’Afssa1 d’une évaluation sur le devenir des farines de viandes et d’os qui seraient à l’origine de l’épizootie actuelle. Une série de mesures qui ne suffit pas à rétablir la confiance des consommateurs, d’autant que cette annonce précède de 48h la publication à Londres du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur ce que Le Monde du 28 octobre qualifie de "catastrophe économique sans précédent et qui menace de se doubler d’une catastrophe pour la santé humaine". Un rapport particulièrement dur pour les responsables politiques de Grande-Bretagne et qui dénonce un système sourd aux injonctions répétées des scientifiques.
Tandis qu’en France un nombre croissant de maires décident d’interdire la consommation de viandes bovines dans les écoles, les farines animales sont au cœur des polémiques. Le 7 novembre, le Président de la République demande l’interdiction immédiate de celles-ci. Un peu plus de confusion est créée par la FNSEA qui va encore plus loin en recommandant l’abatage de toutes les bêtes nées avant 1996, soit 6% du cheptel français. Le Canard Enchaîné du 8 novembre révèle que la France a importé massivement les farines interdites en Grande-Bretagne ainsi que les abats suspects, et ce, jusqu’à l’embargo de mars 1996. Pas de doute pour les experts: le mal est déjà fait et les mesures actuelles ne servent pas à grand-chose.
Malgré les tests pratiqués en France, un étiquetage le plus sévère d’Europe, malgré l’interdiction le 13 novembre de la "côte à l’os", rien ne semble freiner la psychose des consommateurs. Le 15 novembre, le Premier ministre annonce sept mesures:

  1. suspension complète de l’utilisation des farines animales: huit cent soixante-dix mille tonnes de farines et de graisses devront être stockées et détruites.
  2. poursuite des mesures de retrait des tissus à risque comme la côte à l’os.
  3. renforcement des contrôles avec la création de 475 postes de vétérinaires, médecins-inspecteurs, ingénieurs et techniciens sanitaires.
  4. extension du dépistage de l’ESB par les tests biologiques à l’ensemble du territoire
  5. étude de la proposition de la FNSEA d’abattre tous les bovins nés avant 1996.
  6. renforcement des mesures de précaution pour l’homme avec une expertise sur les produits sanguins
  7. renforcement de la recherche sur le prion avec un budget de 210 millions de francs contre 70 actuellement.

Tandis que l’ensemble des pays européens prenait des mesures contre l’importation de la viande française, l’Allemagne découvrait son premier cas officiel de vache folle le 24 novembre. Dans les jours suivants, c’est au tour de l’Espagne de se déclarer victime de l’épidémie. Désormais, la pratique du test et l’interdiction des farines animales sont en discussion dans tous les pays européens et la crise de la filière bovine devient internationale.

*MARTHE MARANDOLA COUSIN

 

 

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