- SCIENCE ACTUALITES - NOVEMBRE 1999

  En procédant, à la demande du gouvernement français, à une expertise scientifique indépendante, l'Afssa juge risquée une levée trop précoce de l'embargo sur les importations de boeuf britannique. La Communauté européenne est saisie du dossier.

La "vache folle" tourneboule l'Europe

"La crise de la vache folle tourneboule l'Europe depuis que la France, suivant l'avis de ses experts nationaux, a décidé le vendredi 1er octobre de revenir unilatéralement sur la levée partielle de l'embargo sur le boeuf britannique", annonce Le Figaro dans son édition du 6 octobre. "Depuis quelques jours, M. Nick Brown, le ministre de l'Agriculture britannique, prohibe aliments et vins français à sa table. C'est une manière très personnelle, reconnaît-il, de "punir" la France pour son refus d'importer du roast-beef anglais". Alors que la Communauté européenne a décidé de lever l'embargo "sans même consulter officiellement son comité scientifique directeur européen", note encore Le Figaro. Quand au Monde, il souligne que Martin Hirsch, directeur général de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a "pris soin de mettre ici en place un deuxième niveau d'indépendance en demandant un avis motivé au groupe, présidé par le docteur Dominique Dormont, des trente meilleurs experts français des maladies à prions". Le rapport réalisé par ce comité français est à l'origine d'une affaire qui a conduit Bruxelles à sommer "Paris, mardi soir, de lui fournir dès vendredi les arguments qui fondent sa soudaine décision. Ou plutôt sa rébellion, illégale au regard du droit communautaire", écrit Corinne Bensimon dans Libération du 7 octobre. Elle ajoute que l'Afssa, dans son rapport, "évoque les dernières évolutions des connaissances scientifiques à l'égard de [ces maladies], notamment celles postérieures aux derniers avis rendus par les instances scientifiques de la commission européenne". Il s'est, de fait, écoulé un an et demi entre l'avis européen et l'avis français.


Un test inemployé

Jeanne Brugère-Picou, un des experts de l'Afssa, explique à Corinne Bensimon que "l'épidémie ne baisse pas aussi vite qu'on a pu le prévoir. Il y a encore près de 300 cas par mois en Grande-Bretagne en 1999". "Il est probable qu'elle [l'ESB] se propage par d'autres moyens que ceux qui ont déjà été identifiés, à savoir les farines animales et le lien maternel", lit-on dans l'Express. Par ailleurs, le 11 octobre Les Echos rappellent que "les experts français font valoir qu'il existe un test français de dépistage de la maladie et qu'il a été reconnu en juillet comme le plus fiable par la Communauté européenne". D'après Libération des 9 et 10 octobre, ce test, "mis au point par un laboratoire du CEA", en autorisant la détection de doses infimes de prions dans les cerveaux des bovins atteints, permettrait à lui seul de "connaître enfin l'ampleur de l'épidémie bovine en Grande-Bretagne, voire en France". Quoi qu'il en soit, en refusant de lever l'embargo sur le boeuf britannique, le gouvernement français "n'a pas seulement déclenché l'ire de Londres et le courroux de Bruxelles. Il a aussi mis en lumière les incohérences européennes qui prévalent encore dans l'analyse des risques sanitaires inhérents à cette nouvelle maladie animale transmissible à l'homme", précise Jean-Yves Nau dans Le Monde du 7 octobre. Selon Les Echos, "le gouvernement français cherche en tout cas à persuader Bruxelles qu'il n'a pas agi par protectionnisme, mais uniquement pour des raisons de santé publique".


L'exception française

"Cette décision est [...] le résultat logique issu du nouveau dispositif de sécurité sanitaire créé en France par la loi du 1er juillet 1998 et qui, pour la première fois, organise une articulation cohérente entre l'expertise scientifique et la décision politique", renchérit Le Monde. En faisant appel à l'Afssa, dont le fonctionnement, selon le Dr Jean-Michel Bader dans Le Figaro, "est sans exemple en Europe", le gouvernement français a validé "l'exception française".
Pour Le Monde, celle-ci "résulte ainsi de l'importance accordée par les autorités gouvernementales -et ce depuis 1996- à une expertise indépendante, à la consécration de cette indépendance par la loi ainsi qu'à l'actualisation de l'analyse bénéfice-risque au vu des dernières données scientifiques disponibles". La tension est en partie retombée après que le gouvernement de Lionel Jospin eut transmis aux autorités de Bruxelles le rapport scientifique établi à sa demande par l'Afssa. En effet, Jean-Michel Bader signale que "la France a invité la Communauté européenne à réunir [...] son comité d'experts" et que "l'Allemagne s'est jointe à la France pour faire la même demande". La France a donc "gagné un répit de quelques jours pour convaincre les experts que sa politique de "précaution" est scientifiquement justifiée", d'après Les Echos. Verdict lors de la prochaine réunion du comité scientifique directeur de l'Union européenne, prévue le 28 octobre.

* MARIE GUILLAUME



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