- SCIENCE ACTUALITES - JUILLET-AOÛT 1997 -

Caboche

Avec 2,7g/cm3, le record de densité est pulvérisé par l'os nasal du mâle de baleine à bec de Blainville, Mesoplodon densirostris. Pourquoi ce cétacé a-t-il la tête aussi dure ? Si c'était pour s'en servir comme arme dans les combats virils, ce serait chercher à se casser le nez car, aussi dense soit-il, cet os contenant 35 % de calcium n'en est pas moins très fragile. Pour les zoologistes de l'université d'York, l'os jouerait le rôle d'antenne focalisant les signaux sonar. Nez lourd peut cacher fine oreille !

*Journal of zoology, vol.241

Sydney 2000

Le calamar peut nager à 11 km/h. Pourtant, il est le descendant d'un mollusque aujourd'hui disparu. Ses proches cousins sont les escargots et les limaces. Quel est donc le secret de l'enfant prodige de cette famille ? Tout est dans ses canaux sodium, pores faits de protéines qui traversent les membranes des cellules nerveuses. Ils s'ouvrent chez lui dix fois plus vite que chez la limace de mer et s'activent deux cents fois à la seconde lorsque ces cellules sont stimulées. Du coup, l'information galope du cerveau au muscle, le calamar file tel l'éclair et les prédateurs restent plantés dans les starting-blocks.

*Journal of neurophysiology, vol.77, p.2373

Amour universel

Les émotions sont-elles les mêmes dans tous les pays ou bien sont-elles des produits culturels? L'anthropologue américain Kim Romney, de l'université de Californie a essayé de trancher le débat pour deux langues très différentes : le japonais et l'américain. Les résultats sont en faveur du modèle universel: l'amour est le même de New York (love) à Tokyo (itoshii). Mais la honte (shame/ hazukashii) est plus désagréable aux Etats-Unis. Le french lover a encore de beaux jours!

*PNAS, vol. 94, p. 5489


Les bourses ou la vie...

... il faut choisir. Les femelles battent les mâles en longévité. Mais, selon le généticien britannique David Gems, de l'University College London, ce sont les mâles qui sont programmés pour vivre le plus longtemps. S'ils meurent précocement, c'est à cause de la fatigue accumulée dans la défense incessante de leur territoire et la compétition acharnée pour l'accès au sexe. Pour preuve, le ver nématode Caenorhabditis elegans mâle vit environ dix jours et sa femelle seize. En menant une vie d'ermite, le même ver mâle survit vingt jours. Et génétiquement prédisposé à l'oisiveté (!), il devient trentenaire (en jours). Serait-ce pour compenser la perte vitale due aux lourdes tâches subies par les mâles que l'évolution les a dotés d'un plus en durée de vie ? La règle n'épargne pas Homo sapiens sapiens. Preuves : un eunuque vit 13,5 ans de plus qu'un mâle intact et il y a plus de nonagénaires hommes que femmes.

*New Scientist, n°2083


   * PAR REMY BRUCKERT

ANTIQUE SHOOT

DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science Actualités

L'écrivain grec Plutarque avait raison, le géologue Jelle de Boer de la Wesleyan University à Middletown dans le Connecticut le confirme: c'est bien dans les vapeurs terrestres issues de deux failles découvertes juste sous le temple de Delphes que la Pythie puisait l'inspiration divine. Sous la surface, il a trouvé une couche calcaire riche en hydrocarbures connus pour laisser échapper des gaz toxiques tels que l'éthylène ou le méthane, propres à vous faire tourner de l'oeil dans des visions prophétiques, par nature fumeuses et... faillibles.

*New Scientist, n°2080

Paléo-goutte

En examinant des os de Tyrannosaurus rex, le roi de la dynastie déchue des tyrans sauriens, l'Américain Bruce Rothschild de l'Arthristis Center of Northeast Ohio à Youngstown y a vu goutte, pour la première fois, chez un dinosaure. L'abus d'alcool et l'empoisonnement au plomb sont des causes connues de cette maladie fréquente chez les nobles du XVIIIe siècle. Mais croquer à belles dents (33 cm de long pour celles de T. rex) trop de chair fraîche bien rouge, riche en purines, provoque également la goutte qui se manisfeste par des lésions osseuses douloureuses. A train de vie royal, même ironie du saurien!

*Nature, n°6631

Fast food

L'oiseau migrateur est contraint de faire des pauses casse-croûte. Problème: l'atterrissage et le nourrissage en pays inconnu exposent aux prédateurs locaux. Des éthologues suédois ont étudié la stratégie des migrateurs face au danger en comparant les comportements de fauvettes à tête noire capturées et soumises, les unes au passage d'un épervier empaillé, les autres au vol d'une bouteille en plastique et les dernières laissées en paix. Les premières, exposées au prédateur, refont le plein de carburant deux fois plus vite que les autres mais décollent avant d'avoir rempli leur réservoir. Objectif: minimiser en temps le risque au sol et, à la fois, maximiser en énergie la réussite du voyage. Même stressés, les migrateurs ne perdent pas le nord.

*New Scientist, n°2083

Désordre nouveau

Mesurer le degré de désordre dans des résultats d'expérience : le problème n'est pas simple surtout si l'on n'a aucun modèle sous la main pour le phénomène étudié, ce qui est souvent le cas. Le mathématicien Steven Pincus propose une solution : le calcul de ApEn, l'entropie approchée, qui apprécie le degré de prédictibilité des observations. Appliqué à l'évolution des taux de deux hormones masculines, Pincus vient de montrer que la ménopause existe aussi chez l'homme : ces taux deviendraient plus irréguliers et désynchronisés avec l'âge.

*PNAS, vol.93, p.14100



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