- SCIENCE ACTUALITES - Juillet-Août 1997 -

TECHNOLOGIE

Embouteillage sur les ondes

 Les utilisateurs d'ondes que nous sommes risquent bientôt de ne plus pouvoir communiquer. Le Comité national français de radioélectricité scientifique (CNFRS) tente d'apporter des solutions. Trop tard?


 

Au temps de la TSF, dans le désert de Gobi, un Mongol, casque sur la tête, écoute les signaux transmis par les ondes.

PHOTO: © L'illustration/SYGMA

* PAR LAURENT ORLUC

Que ce soit par téléphone, par Internet, par radio ou par télévision, aujourd'hui nous pouvons communiquer. Mais imaginez-vous dans quelques années... incapables d'envoyer une quelconque information ou de recevoir correctement vos émissions préférées! Imaginez le réseau de communication mondial dans un état de saturation tel que des images comme celles de Jupiter envoyées récemment par Galileo ne puissent plus nous parvenir, que l'étude de l'espace depuis la Terre soit devenue impossible... Imaginez les radars anti-collisions devenus inutilisables et, scénario catastrophe, une météorite venant percuter la Terre sans que nous n'ayons pu déclencher les systèmes d'alerte... Tout cela parce que l'Homme n'aurait pas su gérer convenablement le spectre électromagnétique et que celui-ci serait embouteillé, surchargé par un nombre trop important d'utilisateurs!


Quarante services actifs et deux passifs

Car s'il est un domaine dans lequel les problèmes de parasites et de cohabitation entre divers services existent, c'est bien celui des ondes électromagnétiques. Pour Eric Gérard, directeur de recherche au CNRS, intervenant lors du Comité national français de radioélectricité scientifique à Paris en mai dernier, "si rien n'est fait dans les années qui viennent, la recherche spatiale, tout comme l'exploration de la Terre par satellite, qui utilisent toutes deux le spectre de manière passive, risquent tout simplement de péricliter".

Une véritable pollution

On dénombre actuellement près de quarante services actifs, c'est-à-dire "émetteurs" d'ondes, contre deux passifs (ceux précités). Que se soit la télévision, la radio, les fours à micro-ondes, les radars anti-intrusion, les radars de police ou de paiement à distance, en passant par les télécommandes de toutes sortes, les satellites de diffusion directe ou les rayonnements des accélérateurs nucléaires, tous émettent!

Sans compter le réseau téléphonique sans fil encore amené à se développer... Cette extension de l'utilisation du spectre se fait dans toutes les bandes de fréquences, jusqu'à 400 GHz, au point que le bastion jadis intouchable des bandes affectées au ministère de la Défense est aujourd'hui assiégé de toutes parts par les industriels et que, même l'OTAN doit négocier le partage de ses ressources en fréquences.

Faire payer le hertz

On le devine donc, avec le nombre sans cesse croissant d'émetteurs d'ondes, radio notamment, et compte tenu des ressources limitées en hertz, on se dirige tout droit vers une impasse. Selon Eric Gérard, "pour les services passifs, il y a bien ce qu'il convient d'appeler une véritable pollution: non seulement dans la bande de fréquence partagée par les différents services il y a une réelle gêne, mais des émetteurs puissants de bandes voisines bavent dans la bande de radio-astronomie, par exemple". Et d'ajouter: "Aujourd'hui, le domaine hertzien se remplit si vite qu'il y a de moins en moins de place pour de nouveaux arrivants. Le hertz devient une denrée si rare qu'on envisage maintenant de le faire payer!" Alors, si l'on veut éviter que le scénario catastrophe évoqué plus haut ne se profile réellement à l'horizon du XXIe siècle... si l'on veut continuer à communiquer à distance ­et ce, de plus en plus­ ... si l'on veut pouvoir encore observer l'espace, de mieux en mieux et de plus en plus loin, alors, que devons-nous faire?

Compromis administratif ou solution technique

L'Union internationale des télécommunications (UIT) et l'Agence nationale des fréquences (ANF) devront trouver des compromis de type administratif ou technique (réutilisation spatiale des fréquences). En sachant qu'une régulation réelle du réseau sera très difficile en raison de l'énormité des enjeux économiques.

Après avoir été un outil d'échange d'informations, le réseau mondial de communication risque donc de devenir une véritable cacophonie.


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