- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1997 -

Pôle position

Les recordmen de plongée en apnée (3 mn à 131 m) sont battus, et de loin, par les manchots. Ces derniers pulvérisent tous les records de plongée en profondeur (plus de 300 m) et en temps (plus de 9 mn). Leur truc: réduire le métabolisme des tissus et donc leur production de chaleur par un refroidissement de certaines parties de leur corps comme l'abdomen où la température chute de 38°C à 11°C pendant la plongée. Etant à une température de 4° à 5°C, les poissons ingurgités restent au frigo!

*Nature, vol.388, p.64-67

Lésion aisée

On le savait déjà : les accidents vasculaires cérébraux provoquent des lésions aux conséquences dramatiques. Le neurologue Theodor Landis et la psychologue Marianne Regard, de l'University Hospital de Zurich, viennent d'en décrire une nouvelle et terrible forme. Sur les 723 cas suivis dans leur service, 36 ayant en commun une lésion située dans le lobe frontal de leur hémisphère droit ont présenté le même symptôme invalidant: ils sont obsédés par le désir de nourriture fine et autres douceurs de palais...

*Neurology, vol. 48, p. 1185

Remake

A l'université de Toronto, au Canada, des chimistes ont refait le monde. Du moins, celui des magiques et mathématiques volutes que déroulent les coquillages. Au fond des mers, ceux-ci cimentent du carbonate de calcium avec des polymères organiques. Dans leur plage-éprouvette, les chercheurs ont remplacé les ingrédients par du tétraéthylsilicate avec, pour liant, du chlorure de cetyltriméthylammonium. Un petit peu d'acide hydrochlorique pour la catalyse de la réaction et miracle: de microscopiques néo-nautiles synthétiques sont nés spontanément avec arêtes ondulées et canaux sinueux, logarithmiques et archimédiennes spirales, comme au naturel, Dieu seul le savait...

*Advanced Materials, vol.9


Jurassique sang

Les "terribles reptiles" vont-ils renaître de leurs fossiles? Mary Schweitzer, de l'université américaine du Montana, s'y emploie activement. Elle n'a pas encore réussi à extraire de l'ADN des vieux os de Tyrannosaurus rex mais déjà plusieurs composés biochimiques dont l'hémoglobine, la protéine qui fixe l'oxygène transporté par les globules rouges du sang. Elle en apporte la preuve par la réponse immunitaire de rats auxquels elle a injecté la molécule isolée: ils ont développé des anticorps spécifiques se liant à leur propre hémoglobine. La date d'ouverture du parc n'a toujours pas été précisée !

*PNAS, vol. 94, p. 6291


3523 m

C'est la taille record de la carotte extraite en janvier dernier à 3500 m d'altitude, à Vostok, en Antarctique, par une température moyenne de -55°C. C'est la plus vieille glace (- 600 000 ans) jamais retirée du sol où l'épaisseur maximale de glace est de 3740 m. Les climatologues vont la cuisiner selon une recette qui révélera au mieux sa teneur en CO2 et CH4, les gaz à effet de serre, témoins du climat qui l'a vu pousser. Et, ce n'est pas tout: sous les 200 mètres de glace restants, les chercheurs ont trouvé un lac grand comme le lac Léman à une profondeur de 600 mètres où pourraient bien habiter des formes de vie primitives très intéressantes.

*Communiqué de l'IFRTP du 25-27 juin 97

   * PAR REMY BRUCKERT

MEDOR, REX ET LES AUTRES...

DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science Actualités

Depuis combien de temps les chiens sont-ils dans la vitrine de la biologie? A en croire les archéologues et les résultats de leurs fouilles, la plus vieille amitié entre homme et chien date de 14 000 ans. Carlos Vilá, biologiste à l'université de Californie à Los Angeles, a reconstitué l'arbre généalogique de notre vieux compagnon en comparant les séquences d'ADN mitochondrial de 140 chiens de 67 races, 162 loups, 5 coyotes et 12 chacals. Selon lui, ces deux dernières espèces n'ont rien en commun avec les chiens. Et, surprise, entre chiens et loups, la divergence serait apparue il y a environ 135 000 ans. L'analyse des mutations met en évidence quatre lignées différentes et seulement deux épisodes de domestication. Preuve que Médor 1er ne devait pas avoir le croc tendre. Le chien mis à part, un seul mammifère possède les mêmes diversités et larges distributions génétiques: l'homme.

*Science, vol. 276, p. 1687

Première trille

Selon Walter Boles, de l'Australian Museum à Sydney, c'est au pays des kangourous qu'aurait retenti la prime aria modulée par une syrinx d'oiseau chanteur. Preuve : quelques os minuscules retrouvés à Tingamurra, près de Brisbane, dans le Sud du Queensland. Datant de 50 millions d'années, ils sont deux fois plus vieux que ceux retrouvés en Europe. Et, ils possèdent les propriétés caractéristiques des os de ces oiseaux évolués qui comptent dans leur rang les Passeriformes et, parmi eux, les maîtres de chant dont certains défient encore de nos jours les règles d'écriture musicale inventées par l'homme.

*Emu, vol. 97, p. 43

Coup d'oeil

Laszlo Bito de la Colombia University vient de montrer que la concentration de mélanine, responsable de la couleur de l'iris, peut changer avec l'âge. Ainsi 16,6% des 187 paires de jumeaux du Kentucky suivis depuis 1957 possèdent aujourd'hui un nouveau regard. Chez les vrais jumeaux, les yeux virent plus souvent de la même façon que chez les faux, tendant à prouver que le phénomène a une base génétique.

*Archives of Ophthalmology, vol. 115, p.659

Désordre nouveau

Mesurer le degré de désordre dans des résultats d'expérience : le problème n'est pas simple surtout si l'on n'a aucun modèle sous la main pour le phénomène étudié, ce qui est souvent le cas. Le mathématicien Steven Pincus propose une solution : le calcul de ApEn, l'entropie approchée, qui apprécie le degré de prédictibilité des observations. Appliqué à l'évolution des taux de deux hormones masculines, Pincus vient de montrer que la ménopause existe aussi chez l'homme : ces taux deviendraient plus irréguliers et désynchronisés avec l'âge.

*PNAS, vol.93, p.14100



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