- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1997 -

En attendant Kyoto

 La communauté internationale doit-elle s'engager à réduire ses émissions de gaz à effet de serre? Lors du dernier Sommet de la Terre, aucune décision n'a été prise sur ce sujet. Le dossier sera de nouveau discuté à la fin de l'année à Kyoto (Japon).



La planète est malade.
Si le rythme de destruction des forêts tropicales s'est ralenti, les zones de désertification augmentent sous la pression des activités humaines
©Nasa / Ciel & Espace

A quelques mois de la prochaine rencontre internationale sur le climat, le vaisseau Terre navigue en eaux troubles. Lors du deuxième Sommet de la Terre, tenu fin juin à New-York, les Etats ont fait part de leur &laqno; profonde inquiétude » face à la dégradation de l'environnement de la planète. Aucune solution n'a cependant été adoptée pour essayer de changer de cap. Au premier rang des discussions : le dossier du réchauffement climatique. Il y a cinq ans, la communauté internationale s'était engagée à ramener, d'ici à l'an 2000, ses émissions de gaz à effet de serre aux niveaux de 1990. Or, dans la plupart des pays, ces rejets n'ont jamais cessé d'augmenter.

Les Etats-Unis à l'index

Face à la menace d'une dérégulation climatique (élévation des températures, fonte des glaciers, multiplication des phénomènes de sécheresses ou d'inondations), de nombreux scientifiques estiment qu'il faut maintenant imposer une réduction autoritaire des gaz à effet de serre. Les politiques, eux, sont divisés. Juste avant le Sommet de la Terre, les négociations ont échoué avec le refus des Etats-Unis de s'engager sur une réduction chiffrée des émissions de gaz carbonique. Le prochain rendez-vous des chefs d'Etat et de gouvernement est maintenant prévu pour le mois de décembre au Japon. Cette rencontre pourra-t-elle déboucher sur autre chose que des discours de bonnes intentions? "Il est difficile de se prononcer de façon péremptoire", estime Christophe Ewald, expert au ministère français de l'Environnement. "A New-York, les Etats-Unis se sont retrouvés en position d'accusé. Il est probable qu'ils essaient de se sortir de cette situation en poussant à un accord". De son côté, Christian Brodhag, président de la Commission française du développement durable, se veut rassurant : "On attendait effectivement des annonces du côté américain pour débloquer la situation. Cependant, le dossier climat n'était pas officiellement à l'ordre du jour et les négociations continuent".

Un "permis à polluer"

Pour l'heure, les oppositions sur ce dossier restent très profondes. Actuellement, seuls l'Europe et les petits pays insulaires sont favorables à une réduction chiffrée des émissions de gaz à effet de serre (qui serait, pour l'Europe, de 15% d'ici à 2010 par rapport aux niveaux de1990). De leur côté, l'Australie, le Canada, les Etats-Unis et le Japon sont favorables à une approche "souple". Les Etats-Unis plaident ainsi pour l'institution de "permis à polluer" (quotas d'émissions par pays) négociables sur le marché international en fonction des résultats obtenus par chaque Etat. Les pays pétroliers et les nouveaux pays industrialisés refusent, pour leur part, toute réduction des émissions. Idem pour les pays les plus pauvres qui font valoir leur droit au développement économique et pointent la responsabilité des pays industrialisés, plus gros pollueurs de la planète. "Si des objectifs contraignants sont adoptés, estime Christophe Ewald, il est probable qu'ils ne concernent que les pays développés".

Or, aujourd'hui, c'est dans les pays en voie de développement que les plus fortes hausses de rejets polluants sont enregistrées. Entre 1990 et 1996, la région Asie-Pacifique (dont la Chine et l'Inde) a vu ses émissions de CO2 augmenter de 37% contre 8% aux Etats-Unis et 0,8% en Europe. La lutte contre le réchauffement climatique passe aussi par une politique d'aide au développement plus respectueuse de l'environnement.

* PATRICIA CLEMENT

Focus

C'est au sommet de Rio en 1992 que s'était forgé le concept de "développement durable". Celui-ci prend en compte le respect de l'environnement et l'équilibre du développement social et économique. Il suppose de nouveaux modes de production qui "répondent aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs". Le "développement durable" apparaissait alors comme la règle du jeu idéale permettant à la fois d'éliminer la pauvreté et d'empêcher le saccage des réserves naturelles de la planète. Une utopie?


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