- SCIENCE ACTUALITES - NOVEMBRE 1997 -

Antigel

La très commune rainette américaine Rana sylvatica peut survivre à des températures aussi basses que - 6°C. Son truc: élever la concentration de son sang en glucose jusqu'à un facteur de 250. Or, si les mammifères voient simplement doubler cette même concentration, ils risquent le diabète, maladie mortelle. Jon Costanzo (Miami University, Oxford, Ohio) a compris l'astuce: lors de la phase de réchauffement, tout le glucose ajouté est pompé et injecté d'un coup dans la vessie de R. sylvatica, d'où il est rediffusé dans le sang à une allure correcte.

* Nature, vol.389, p.343

Pifomètre

Pourquoi un tiers des 900 espèces de chauves-souris ont-elles cet appendice nasal pas banal composé de trois parties: une arête centrale munie à la base d'un lobe en fer à cheval et deux volets latéraux? Providence pour faciliter le travail des taxinomistes comme Brock Fenton (université d'York, Ontario)? Parmi les 123 espèces de la famille nord-américaine des Phyllostomatidae, Brock en a étudié 32: toutes avec le même type d'appel écholocatif mais toutes ayant un régime alimentaire différent. Il avait bien flairé la vraie fonction de ces narines ailées: c'est en ajustant leur forme que les chauves-souris repèrent leur mets favori pour mieux s'en empiffrer.

* New Scientist, n°2100, p.7


Odeur de sainteté

Le bien-être semble contagieux. Chez les rats, en tout cas, si l'on en croit Greta Ågren (Karolinska Institute, Stockholm). Elle a montré qu'après avoir injecté chez un rat une hormone aux vertus calmantes, l'ocytocine, son compagnon de cage se mettait aussitôt à mieux se sentir. Pourquoi? A cause de l'odeur dégagée par le rat ayant reçu la molécule analgésique. La preuve: si, dans la même expérience, le rat cobaye reçoit des gouttes dans le nez mettant KO son odorat, il continue à avoir chaud aux pattes sur une plaque chauffée à 52°C, température du sable d'une plage. Le même phénomène se produit-il chez le bébé anxieux et en pleurs dans les bras de sa maman?

* Neuroreport, 29 sept. 1997


Pensée unique

Selon Isabel Gauthier (université de Yale), on ne regarde pas d'un meilleur oeil le visage de son voisin qu'une bouteille de vin, une voiture, une chaise ou tout autre objet. Il n'y aurait donc pas, selon elle et contrairement à ce que beaucoup pensent actuellement, de structure cérébrale spécifique pour la reconnaissance des visages. C'est la même zone du cerveau qui s'allume chez les sujets au cours des expériences qu'elle a menées grâce à l'imagerie fonctionnelle à résonance magnétique, mais à une condition: ils devaient scruter l'objet en question avec la même attention et précision que, généralement, on s'applique à mettre en oeuvre, souvent inconsciemment du fait de l'enjeu social, pour regarder un visage humain.

* New Scientist, n°2100, p.14

   * PAR REMY BRUCKERT

IMMACULÉE CONCEPTION

DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science Actualités

Qui possède cette stupéfiante sexualité insufflant le doute dans l'esprit des herpétologistes et semant la discorde au sein de leurs connaissances? Selon Chiszar et Gordon Schuett (université d'État d'Arizona, à Phoenix): cinq espèces de serpents, dont les femelles, pourraient pondre des petits sans la moindre gouttelette séminale. Et ces bébés sans papa, c'est vérifié, ne sont pas des clones de leurs mamans. La fertilisation serait due à une cellule haploïde, d'ordinaire rejetée, formée en même temps que l'oeuf. S'agit-il d'une adaptation féministe géniale permettant à des femelles isolées d'avoir des "serpentins"? Ou simplement est-ce leur système de reproduction qui déraille de temps en temps? Mystère...

* Herpetological Natural History, vol.5, p.1

Sauvons diana

En Côte d'Ivoire, dans le parc national de Taï, les braconniers sont les pires prédateurs du singe Cercopithecus diana. Leur tactique: imiter les cris de l'aigle couronné ou celui du duiker, une antilope, deux espèces chargées de donner l'alarme à l'approche de sinistres sires. Lors d'une telle alarme, les C. diana  réagissent en se rassemblant à découvert. Et les braconniers de les attraper. Près des villes et dans les zones très braconnées, C. diana  a appris à distinguer la vraie de la fausse alarme mais pas s'il vit au fin fond des forêts, selon Redouan Bshary du Max Planck Institute. D'où son idée de lui donner des cours pour le protéger

* New Scientist, n°2099, p.14

Cuisses extra

Cul de jatte ou à cinq pattes ou plus, voilà comment deviennent de plus en plus fréquemment les grenouilles en Amérique du Nord. La faute à qui? Selon John Bantle de l'université d'Oklahoma, c'est l'action des rayons ultraviolets solaires sur le méthoprène, un pesticide utilisé contre les moustiques, qui provoquerait sa dégradation en produits toxiques et mutagènes. Mais, selon Stanley Sessions (Hartwick College d'Oneonta, État de New York), les malformations seraient dues à un parasite des têtards. De toute façon pas de quoi se réjouir, car si cuisses extra il y a, elles ne sont pas super et tiennent plutôt de la cuisse de mouche.

* New Scientist, n°2099, p.18

Gauchisme

La nature est-elle de gauche et la chimie de droite? Pourquoi les molécules du vivant utilisent-elles seulement des acides aminés lévogyres alors que la chimie normalement en produit des dextrogyres? Pour Michael Engel (université d'Oklahoma), l'origine du penchant à gauche de la nature est extraterrestre. Elle serait due à des météorites comme celui trouvé en Australie comptant un grand nombre de molécules de gauche. Il le démontre aujourd'hui: ses mesures de l'isotope 15 de l'azote prouvent que les molécules de ce météorite sont bien venues d'ailleurs. Reste à savoir pourquoi ET préfère la vie gauchère

* Nature, vol.389, p.265


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