
|
Antigel
La très commune rainette américaine
Rana sylvatica peut survivre à des températures aussi
basses que - 6°C. Son truc: élever la concentration de son sang
en glucose jusqu'à un facteur de 250. Or, si les mammifères
voient simplement doubler cette même concentration, ils risquent le
diabète, maladie mortelle. Jon Costanzo (Miami University, Oxford,
Ohio) a compris l'astuce: lors de la phase de réchauffement, tout
le glucose ajouté est pompé et injecté d'un coup dans
la vessie de R. sylvatica, d'où il est rediffusé dans
le sang à une allure correcte.
* Nature, vol.389, p.343
Pifomètre
Pourquoi un tiers des 900 espèces de chauves-souris
ont-elles cet appendice nasal pas banal composé de trois parties:
une arête centrale munie à la base d'un lobe en fer à
cheval et deux volets latéraux? Providence pour faciliter le travail
des taxinomistes comme Brock Fenton (université d'York, Ontario)?
Parmi les 123 espèces de la famille nord-américaine des Phyllostomatidae,
Brock en a étudié 32: toutes avec le même type d'appel
écholocatif mais toutes ayant un régime alimentaire différent.
Il avait bien flairé la vraie fonction de ces narines ailées:
c'est en ajustant leur forme que les chauves-souris repèrent leur
mets favori pour mieux s'en empiffrer.
* New Scientist, n°2100, p.7
Odeur de sainteté
Le bien-être semble contagieux. Chez les rats,
en tout cas, si l'on en croit Greta Ågren (Karolinska Institute, Stockholm).
Elle a montré qu'après avoir injecté chez un rat une
hormone aux vertus calmantes, l'ocytocine, son compagnon de cage se mettait
aussitôt à mieux se sentir. Pourquoi? A cause de l'odeur dégagée
par le rat ayant reçu la molécule analgésique. La preuve:
si, dans la même expérience, le rat cobaye reçoit des
gouttes dans le nez mettant KO son odorat, il continue à avoir chaud
aux pattes sur une plaque chauffée à 52°C, température
du sable d'une plage. Le même phénomène se produit-il
chez le bébé anxieux et en pleurs dans les bras de sa maman?
* Neuroreport, 29 sept. 1997
Pensée unique
Selon Isabel Gauthier (université
de Yale), on ne regarde pas d'un meilleur oeil le visage de son voisin qu'une
bouteille de vin, une voiture, une chaise ou tout autre objet. Il n'y aurait
donc pas, selon elle et contrairement à ce que beaucoup pensent actuellement,
de structure cérébrale spécifique pour la reconnaissance
des visages. C'est la même zone du cerveau qui s'allume chez les sujets
au cours des expériences qu'elle a menées grâce à
l'imagerie fonctionnelle à résonance magnétique, mais
à une condition: ils devaient scruter l'objet en question avec la
même attention et précision que, généralement,
on s'applique à mettre en oeuvre, souvent inconsciemment du fait
de l'enjeu social, pour regarder un visage humain.
* New Scientist, n°2100, p.14 |
IMMACULÉE CONCEPTION

DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science
Actualités
Qui possède cette stupéfiante
sexualité insufflant le doute dans l'esprit des herpétologistes
et semant la discorde au sein de leurs connaissances? Selon Chiszar et Gordon
Schuett (université d'État d'Arizona, à Phoenix): cinq
espèces de serpents, dont les femelles, pourraient pondre des petits
sans la moindre gouttelette séminale. Et ces bébés
sans papa, c'est vérifié, ne sont pas des clones de leurs
mamans. La fertilisation serait due à une cellule haploïde,
d'ordinaire rejetée, formée en même temps que l'oeuf.
S'agit-il d'une adaptation féministe géniale permettant à
des femelles isolées d'avoir des "serpentins"? Ou simplement
est-ce leur système de reproduction qui déraille de temps
en temps? Mystère...
* Herpetological Natural History, vol.5, p.1 |
Sauvons diana
En Côte d'Ivoire, dans le parc national
de Taï, les braconniers sont les pires prédateurs du singe Cercopithecus
diana. Leur tactique: imiter les cris de l'aigle couronné ou
celui du duiker, une antilope, deux espèces chargées de donner
l'alarme à l'approche de sinistres sires. Lors d'une telle alarme,
les C. diana réagissent en se rassemblant à découvert.
Et les braconniers de les attraper. Près des villes et dans les zones
très braconnées, C. diana a appris à distinguer
la vraie de la fausse alarme mais pas s'il vit au fin fond des forêts,
selon Redouan Bshary du Max Planck Institute. D'où son idée
de lui donner des cours pour le protéger
* New Scientist, n°2099, p.14
Cuisses extra
Cul de jatte ou à cinq pattes ou plus,
voilà comment deviennent de plus en plus fréquemment les grenouilles
en Amérique du Nord. La faute à qui? Selon John Bantle de
l'université d'Oklahoma, c'est l'action des rayons ultraviolets solaires
sur le méthoprène, un pesticide utilisé contre les
moustiques, qui provoquerait sa dégradation en produits toxiques
et mutagènes. Mais, selon Stanley Sessions (Hartwick College d'Oneonta,
État de New York), les malformations seraient dues à un parasite
des têtards. De toute façon pas de quoi se réjouir,
car si cuisses extra il y a, elles ne sont pas super et tiennent plutôt
de la cuisse de mouche.
* New Scientist, n°2099, p.18
Gauchisme
La nature est-elle de gauche
et la chimie de droite? Pourquoi les molécules du vivant utilisent-elles
seulement des acides aminés lévogyres alors que la chimie
normalement en produit des dextrogyres? Pour Michael Engel (université
d'Oklahoma), l'origine du penchant à gauche de la nature est extraterrestre.
Elle serait due à des météorites comme celui trouvé
en Australie comptant un grand nombre de molécules de gauche. Il
le démontre aujourd'hui: ses mesures de l'isotope 15 de l'azote prouvent
que les molécules de ce météorite sont bien venues
d'ailleurs. Reste à savoir pourquoi ET préfère la vie
gauchère
* Nature, vol.389, p.265 |