-SCIENCE ACTUALITES - NOVEMBRE 1997 -

Ariane 5: succès, oui mais...

 La réussite du lancement d'Ariane 5 permet à l'Europe de franchir une nouvelle étape dans la course à la suprématie spatiale. Mais ce premier succès n'est qu'un épisode d'une longue et difficile bataille commerciale.



PHOTO: © CNES

Bravo Ariane 5! Jusqu'à la dernière seconde du programme de vol, les responsables techniques comme les tutelles politiques des 12 pays européens associés au projet, ont retenu leur souffle. C'est que l'enjeu était de taille.Ariane 5 n'est pas une simple Ariane 4 réaménagée.Il s'agit bien d'une nouvelle génération de lanceur dont les multiples innovations techniques permettent à l'agence spatiale européenne de faire face à l'explosion probable du marché des satellites. D'une part des projets comme Iridium (Motorola), Globalstar (Alcatel) ouTeledesic (Microsoft) prévoient des constellations de dizaines de petits satellites de télécommunication. D'autre part, le poids des gros satellites de télécommunication ne cesse de croître pour répondre à toujours plus d'utilisations simultanées.

Face à cette multiplicité des demandes, chaque constructeur de lanceurs pratique une surenchère commerciale destinée à rafler un marché estimé à une vingtaine de milliards de dollars pour la prochaine décennie. Dans un tel contexte de guerre industrielle, l'élément psychologique n'est pas à négliger et l'échec du premier lancement d'Ariane 5, le 4 juin 1996, avaitréjouit ses rivaux. En outre, les 36 secondes de vol réalisées avant l'accident -une défaillance informatique due à une erreurde conception d'un logiciel- n'avait pas permis de juger convenablement du comportement du lanceur. Ainsi, les deux propulseurs d'appoint ou laséparation des différents étages n'avaient pu êtrevraiment testés.

Lanceur multifonctions

Après le succès de ce deuxième vol de qualification,les Européens peuvent désormais envisager plus sereinementla poursuite de leur ambitieux programme, le vol 502 étant une despremières étapes d'un projet à long terme.

Ariane 5 est capable de mettre simultanément en orbite 6800 kgde charge alors qu'Ariane 4 en lance aujourd'hui 4670 kg. Cette capacité permet aux ingénieurs de l'ESA et du de concevoir des variantes d'Ariane 5 adaptées à des fonctions diversifiées: une souplesse qui permettra sans doute de suivre unmarché des satellites plutôt flou et qui s'oriente dans desdirections contradictoires, au gré des progrès technologiques et des rivalités entre groupes industriels. Trois configurationsde la partie haute de la fusée permettent d'ores et déjà d'envisager trois types de missions différentes. Premier cas de figure,le lanceur peut emmener un satellite de 6800 kg ou deux satellites de 5900 kg pour des orbites géostationnaires (c'est-à-dire à 36000 km en position fixe par rapport à la Terre, comme c'est lecas des satellites de communication). Cette même configuration permet également le lancement d'une charge utile de 10000 kg sur une orbite hélio-synchrone (celle des satellites d'observation de la Terre,en position fixe par rapport au soleil). La seconde possibilité permet de lancer un "bouquet" de petits satellites dédiésà certains types de relais de communication pour les téléphones ou Internet par exemple. Enfin, la troisième configuration devrait permettre d'emmener un véhicule spatial habité ou un élément de la future station spatiale internationale Alpha.

Satellite mal positionné

Un futur bien rempli, donc, à condition que tout se déroule parfaitement... Car bien des incertitudes demeurent et en premier lieu surla fusée elle-même. Le tir du 30 octobre 1997 est réussicertes mais pas parfaitement. Il a en effet manqué 200 m/seconde à l'étage principal pour installer correctement le satelliteMaqSat-H sur son orbite. Celui-ci a été positionnéà 27000 km au lieu des 36000 prévus. Conséquence: ilaurait fallu utiliser le moteur du satellite pour corriger cette erreur, raccourcissant la vie de celui-ci d'environ deux années. Heureusement MaqSat-H n'était pas un "vrai" satellite: ses cinq mètres de hauteur et ses 2300 kg simulaient un grand satellite de télécommunications. Ses trente quatre capteurs ont mesurés les accélérations, vibrations, bruits et chocs auxquels il a été soumis. Il comporte également une charge utile pour le moins originale: Teamsat composé de cinq expériences proposées et livrées dans un temps record par des universités européennes.

Dans cinq ou six mois, les imperfections d'Ariane 5 ne pourront plus être tolérées. Le vol 503 se devra d'être parfait: ce sera le dernier tir de qualification avant le réel démarrage industriel par le lanceur européen et il a toutes les chances, cette fois, d'emporter un vrai satellite commercial.

* MARTHE COUSIN



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