Le Nobel d'économie pour des théoriciens de la finance
Robert Merton et Myron Scholes, deux économistes américains, ont reçu le prix Nobel 1997 pour leurs travaux sur les instruments financiers dérivés. Leur oeuvre a littéralement révolutionné le monde de la finance. |
"Ca me laisse sans voix, surpris et honoré", c'est ainsi que le co-prix Nobel d'économie Robert Merton a commenté la bonne nouvelle sur une chaîne de télévision de Boston. Et pourtant Robert Merton, 53 ans, fait partie de ces économistes reconnus, professeur de la très prestigieuse université de Harvard (Boston). Également récompensé, son collègue Myron Scholes, 56 ans, est l'une des références en matière de finance. En collaboration avec Robert Merton, Myron Scholes, professeur de l'université de Stanford (Californie) a mis au point, en 1973, un système d'évaluation des produits financiers. Une formule très utilisée dans les milieux boursiers qui porte le nom de deux de ses auteurs: Black et Scholes. Fischer Black, autre économiste américain de renom du Massachusetts Institute of Technology (MIT), mort en 1995, est d'ailleurs lui aussi associé à ce prix Nobel à titre posthume.
Choisir un niveau de risque"En fait, explique Jean-François Maillet, professeur de finance à l'université de Paris I, la formule de Black et Scholes a totalement révolutionné la finance. Ce sont les premiers à avoir mis au point une méthode d'évaluation rapide des produits financiers, notamment des options d'achat et de vente. Cette méthode a tout de suite été utilisée sur les places boursières américaines en 1973, précise Jean-François Maillet, et seulement en 1987 sur la Bourse de Paris du fait de son retard en matière de création de produits financiers." Les options sont en fait des droits d'acheter ou de vendre des actifs à des conditions initialement convenues. On les appelle produits dérivés car ils dérivent de produits faisant l'objet de cotation au comptant (action, monnaie, matières premières, par exemple). L'Académie royale des sciences de Suède qui a décerné ce Nobel note d'ailleurs que les travaux de Merton, Scholes et Black ont encouragé "une croissance rapide du marché des instruments financiers pendant ces dix dernières années". Car ils ont permis aux agents économiques de choisir un niveau de risque. Une étude du Fonds monétaire international (FMI) révèle d'ailleurs qu'en 1996, plus d'un milliard de contrats à terme ou d'options ont été conclus sur les marchés boursiers. La faillite de la BaringsMais cette méthode connaît aussi des limites. "Black et Scholes n'ont pas pris en compte le risque de catastrophe", précise Jean-François Maillet. La chute en 1996 de la Barings, l'une des plus grandes banques londoniennes illustre bien ce risque. Nike Leeson, l'un de ses jeunes traders, jouait des sommes folles sur la variation de l'indice Nikkei (indice de cotation des plus grosses entreprises japonaises). Une opération qui s'est avérée fatale après le tremblement de terre de Kobe au Japon qui a fortement fait varier le Nikkei. * CÉCILE BACQUEY |