L'Indonésie en flammesL'utilisation du feu pour défricher les terrains est un rituel de longue date en Indonésie. Mais, cette année, les incendies ont échappé au contrôle des hommes et souligné les problèmes de surexploitation forestière du pays. |
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Les feux qui ont ravagé en septembre et octobre l'île de Bornéo et des parties de Sumatra et de Java, en Indonésie, ont touché près d'un million d'hectares, recouvrant les pays riverains d'un nuage de fumée extrêmement toxique. Les conséquences de ce désastre écologique seront difficiles à évaluer. La facture humaine est lourde avec de nombreuses morts d'hommes et des dizaines de milliers de personnes dans les hôpitaux. Les répercussions à long terme sur la santé, notamment celle des enfants, sont imprévisibles. L'impact économique a été diffus mais grave. De nombreux aéroports de la région ont fermé, des milliers de vols ont été annulés en Asie, deux cargos au moins sont entrés en collision dans le détroit de Malacca par manque de visibilité. Les touristes ont fui ces pays, les récoltes de café souffriront du manque d'ensoleillement, l'état d'urgence a obligé les usines de Bornéo à suspendre leurs activités. Paradoxalement, "l'industrie du bois la principale accusée dans l'affaire connaîtra une bonne année", ont tenu à rassurer les officiels malais et indonésiens. La Malaisie dont les deux tiers des forêts pluviales sont situées à Bornéo emploie 240 000 personnes dans le bois et tire 7% de ses exportations de cette industrie. L'Indonésie, dont le plan bois prévoit l'abattage sélectif des arbres sur 66 millions d'hectares, selon des sources américaines, est un des premiers producteurs de bois contreplaqué et de pâte à papier. Elle exporte de nombreuses essences rares. Conscient de l'importance de ce secteur d'activité, le gouvernement le protège par toute une série d'aides et laisse les grands exploitants, proches du pouvoir, faire pratiquement ce qu'ils veulent. Une responsabilité humaineAvec le recul, c'est probablement de ce laxisme qu'est né le désastre écologique actuel. Pour exploiter le bois, il faut normalement une licence dont les conditions d'obtention sont strictes. Et la loi punit de lourdes amendes en dollars et de plusieurs années de prison l'exploitation illégale. Mais elle est très peu appliquée. Un journaliste du quotidien thaïlandais The Nation affirmait récemment que le président Suharto lui-même désirait transformer un million d'hectares de marais à Bornéo en plantations de café. Les feux sont alors un outil pratique. Cent soixante-seize avertissements ont été lancés aux exploitants soupçonnés d'avoir mis le feu entre septembre et octobre. "Près de 250 exploitations à Kalimantan et à Sumatra ont été repérées par satellite comme abritant des foyers", a indiqué le ministre de l'Agriculture, Mr. Syarifuddin. Faute de réelle volonté politique, aucune sanction concrète n'a été prise. Mohamad "Bob" Hasan, un des hommes les plus riches d'Indonésie et président de la société des Forêts a publiquement accusé les petits paysans d'être responsables des feux. En fait, deux groupes mettent tous les ans le feu à leurs exploitations pour économiser le travail de défrichage: les petits exploitants agricoles dont le tort principal est d'épuiser la terre au lieu de l'entretenir avec des engrais et les compagnies forestières. Une fois le bois précieux abattu, celles-ci ont intérêt à dégager le terrain à moindre frais pour replanter du bois rentable comme les palmiers à huile, le bois pour la pâte à papier, le caoutchouc ou encore le contreplaqué. Les terrains incendiés le sont parfois pour la seconde ou troisième fois, après avoir été déjà exploités. Le seul moyen d'éteindre les foyers les plus vivaces, notamment dans la tourbe, serait de provoquer des pluies. La montée des nappes souterraines humidifierait les sols. L'Indonésie a essayé de crever les nuages avec des C-130 et des Air-tractor australiens AT-802 spécialisés dans cette tâche. Sans succès. A l'avenir, la solution ne peut être qu'une gestion plus stricte des activités de déforestation et de défrichage. Un pas coûteux à court terme que l'Indonésie, par ailleurs touchée par une crise économique imprévue, ne semble pas prête à franchir. * EMMANUELLE BOULESTREAU |
FocusL'année 1997 est exceptionnelle. Trois phénomènes se sont conjugués pour expliquer l'ampleur exceptionnelle des feux: la sécheresse, aggravée par le phénomène climatique El Niño et un retard de deux à trois mois de la saison des pluies, l'accumulation de mètres de tourbe dans les zones boisées dans lesquelles naissent des feux spontanés souterrains quasiment impossible à éteindre (certains feux durent depuis 1974) et l'usage plus important cette année de l'incendie comme moyen de défricher des terrains. |