Départ pour Saturne
Après Cassini-Huygens, plus aucun vaisseau spatial automatique ne devrait décoller, d'ici la fin du siècle, à destination des planètes géantes du Système solaire. Raison de plus pour savourer ce nouveau saut dans des mondes inconnus. |
La dernière des grandes sondes spatiales du XXe siècle est en route vers son objectif. Après un faux départ le 13 octobre en raison de vents violents à haute altitude au-dessus de Cap Kennedy, Cassini-Huygens a finalement pu s'élancer le 15 avant le lever du jour. La fusée Titan IV-C dernier modèle a propulsé la sonde sur sa trajectoire qui devrait la conduire, dans sept ans, à se satelliser autour de Saturne. Pour arriver jusque-là, ce lourd vaisseau automatique de 5820 kg va d'abord partir "en sens inverse" puisqu'il passera à proximité de Vénus en avril 1998. Grâce à la force gravitationnelle de cette planète, Cassini-Huygens augmentera sa vitesse. Mais ce ne sera pas suffisant pour s'élancer vers le Système solaire externe où se trouve Saturne. Un autre passage près de Vénus en juin 1999 puis près de la Terre trois mois plus tard seront encore nécessaires. Alors commencera le véritable voyage de 1,25 milliard de km. La sonde devrait se mettre en orbite autour de la planète aux anneaux en juin 2004. Dès cette première rotation, elle larguera le module Huygens, un petit engin de 340 kg entièrement construit par l'Esa, dans l'atmosphère de Titan, le plus mystérieux des satellites de Saturne. Huygens devrait analyser l'atmosphère impénétrable de ce monde sur lequel les conditions se rapprochent, en plus froid, de celles qui régnaient sur Terre avant l'apparition de la vie. Huygens sur Titan...En permanence couverte de nuages orange, Titan a toujours masqué sa surface aux astronomes. Le module s'enfoncera dans ces nuages, mesurera leur température, la pression atmosphérique, les vents et même leur conductivité, car il n'est pas exclu que des orages éclatent. A cet effet, un capteur acoustique pourrait permettre d'entendre pour la première fois le tonnerre sur une autre planète que la Terre. Au terme de ce plongeon de deux ou trois heures dans l'inconnu, le module Huygens se posera sur le sol de ce globe plus gros que Mercure. Les scientifiques s'attendent aussi bien à une arrivée sur une surface visqueuse composée d'un goudron de molécules organiques qu'à un amerrissage sur un océan de méthane liquide. Le module a donc été conçu pour flotter. Pendant les 30 minutes qui suivront l'arrivée au sol, Huygens transmettra ses données à la sonde Cassini restée en orbite autour de Saturne. ...Cassini "saturnisée"La mission de Huygens sera alors terminée mais celle de la sonde principale ne fera que commencer. En tout, elle accomplira soixante orbites autour de Saturne. Elle dressera une cartographie détaillée de Titan à travers ses nuages. En 1995, à l'occasion du passage de la Terre dans le plan des anneaux, les astronomes avaient découvert que d'étranges arcs de matières se formaient et se disloquaient en bordure des anneaux. Il pourrait s'agir de blocs qui se rapprocheraient les uns des autres pour former des satellites mais qui seraient systématiquement séparés par les forces de marée de Saturne. Cassini parviendra peut-être à observer cet étrange ballet tout comme elle devrait scruter la formation des "spokes", ces taches sombres observées par les sondes Voyager à la surface des anneaux. Probablement s'agit-il de poussières arrachées aux anneaux par des lignes de champ magnétique qui projettent leurs ombres dessus. Enfin, l'étude des particules qui constituent les anneaux permettra d'en savoir plus sur les conditions qui régnaient il y a 4,5 milliards d'années, au moment où les planètes se sont constituées. Si la dernière grande mission planétaire du XXe siècle tient ses promesses, la moisson scientifique sera tout simplement extraordinaire. * PHILIPPE HENAREJOS |
FocusLa mission Cassini-Huygens est une coproduction américaine (Nasa) et européenne (Esa). Violemment contestée à cause de ses batteries chargées de 35 kg de plutonium, elle est la plus ambitieuse depuis le début de l'envoi de sondes robotisées vers les autres planètes du système solaire. Si les sondes Voyager et Pioneer emportaient avec elles un message, le module Huygens déposera sur Titan un cédérom contenant les signatures et messages d'un million de Terriens. |