L'ICSI en questionA l'heure où le dernier bilan FIVNAT met en évidence l'augmentation en flèche du nombre des micro-injections de spermatozoïdes en France, une étude réalisée par des chercheurs néerlandais démontre que cette technique n'est pas sans danger. |
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En voulant corriger un état de "mal-être" celui créé par le désir et l'impossibilité d'avoir un enfant l'AMP ne génère-t-elle pas parfois, en permettant de donner naissance à une vie qui n'aurait pas eu lieu sans son intervention, un nouvel état de "mal-être"? Cette question posée par le chercheur Inserm et généticien Axel Kahn dans son dernier ouvrage revêt un caractère d'actualité brûlante pour une des techniques d'AMP en pleine expansion: l'ICSI (Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes). Cette technique consiste à introduire un spermatozoïde (cellule sexuelle mâle) directement à l'intérieur d'un ovule (cellule sexuelle femelle) alors que la fécondation in vitro (FIV) se contentait de favoriser leur rencontre en éprouvette. Elle offre aussi la paternité à des hommes encore considérés stériles, il y a peu. Or, au moment même où, en France, l'ICSI connaît cet engouement (cf. "Repères"), une équipe de chercheurs néerlandais de l'Erasmus University de Rotterdam publie une étude démontrant que cette technique semble loin d'être sans risque. Sur les 80 hommes infertiles venus demander le bénéfice de la technique ICSI dans leur service, 26% étaient porteurs d'anomalies chromosomiques liées à leur infertilité: 7 translocations (cassure et recollement bizarre du chromosome sexuel Y), 3 microdélétions de ce même chromosome, 8 mutations du gène de la mucoviscidose. Dans un quart des cas, le risque est donc grand de donner naissance à des garçons eux-mêmes victimes d'infertilité ou, si la future mère est également porteuse de la mutation du gène de la mucoviscidose, atteints de cette maladie. Aussi, avant de recourir à l'ICSI, les chercheurs préconisent un dépistage de ces anomalies génétiques chez les futurs pères infertiles au moyen d'un caryotype de façon à limiter les risques encourus par les enfants. Anomalies transmisesLe Dr J. Parinaud, professeur de biologie de la reproduction à Toulouse, a analysé les données du fichier FIVNAT concernant les ICSI pratiquées de 1994 à 1996 : "Le taux d'anomalies génétiques chez les 1473 enfants suivis nés par ICSI (3,8%) est très proche du taux observé dans 1935 grossesses spontanées (2,9%). Le problème soulevé est donc statistique. L'ICSI n'est de toute façon pas responsable des anomalies génétiques. Elle permet seulement de les transmettre". Avant de pratiquer une ICSI, le Dr Parinaud est tout à fait d'accord pour effectuer le caryotype des hommes infertiles. Mais les microdélétions chromosomiques ne sont pas détectables par ce moyen. En fait, la génétique liée à l'infertilité est-elle un domaine suffisamment exploré pour savoir quels risques sont vraiment encourus par les enfants nés des techniques d'AMP? "Le premier enfant né grâce à l'ICSI est né à Bruxelles en 1993 un peu par hasard si l'on en croit les auteurs de cette naissance, remarque le Dr Parinaud, de ce fait, les choses ont un peu marché à l'envers". Machisme effrayantBernard Jégou, chercheur Inserm de l'unité 435 qui étudie la reproduction chez le mâle, est bien de cet avis: "C'est la culture de la technologie et non pas celle de la pratique de la biologie qui guide le plus souvent les praticiens d'AMP. Leur raisonnement est simple: toutes les grandes avancées en biologie ont suscité des angoisses et finalement tout s'est toujours bien passé, alors continuons! Dans la plupart des cas, on ne demande pas l'avis aux femmes à qui l'on fait subir des traitements hormonaux superovulatoires, des actes chirurgicaux qui mènent à un grand nombre de fausses couches. Cet aventurisme est d'un machisme effrayant même s'il est involontaire. Je dis oui à l'évolution des techniques mais faisons-les précéder d'expériences pour déblayer le terrain des risques qu'elles peuvent entraîner. Comme pour le médicament, développons d'abord des modèles animaux. Après tout, nous ne sommes pas avec l'AMP dans une situation où il s'agit de sauver une vie humaine". * REMY BRUCKERT |
FocusOn distingue deux types d'infertilité*: l'infertilité naturelle, dite définitive (incapacité à concevoir), et l'hypofertilité (difficulté à concevoir). Dans les pays développés, on estime à 5% la population atteinte d'infertilité définitive et à 10% celle touchée par l'hypofertilité. En France, c'est donc environ 50 000 à 60 000 couples qui sont concernés, ce qui fait de l'infertilité un véritable problème de santé publique. * Dossier AMP, dans "Dialogue-Recherche clinique, santé", Lettre des comités d'interface INSERM, n°8, p. 1-9, sept.-oct.-nov. 1997. |
NOTES: 1- Bilan FIVNAT 1996 , Contraception, fertilité, sexualité, vol.25, n°7-8, p.499-502, 1997. - Cliquez ici pour revenir à l'article - 2 - AMP : Assistance médicale à la procréation.- Cliquez ici pour revenir à l'article - 3 - La médecine du xxie siècle, Axel Kahn, Bayard Presse, 1997.- Cliquez ici pour revenir à l'article - 4 - P. A. In't Veld & al., Genetic counselling before intracytoplasmic sperm injection, The Lancet, vol. 350, 516-518, August 16, 1997.- Cliquez ici pour revenir à l'article - | |