- SCIENCE ACTUALITES - NOVEMBRE 1997 -

Le sucre gagne du terrain

 Le diabète prend une allure épidémique, conséquence de notre mode de vie moderne. Une étude récente révèle que "le nombre de diabétiques dans le monde aura doublé d'ici 2010!"




Les nouvelles habitudes alimentaires des pays du Moyen-Orient, d'Afrique ou d'Asie expliquent en partie l'augmentation du nombre des diabétiques dans le monde.
PHOTO: © Visual Departur/Explorer

C'est un nouveau cri d'alarme que lance la communauté scientifique. Lors du congrès international sur le diabète, qui s'est déroulé récemment à Helsinki (Finlande), les travaux d'une équipe finno-australienne ont confirmé la forte progression de cette maladie. La méthode de dépistage utilisée a permis de déceler dans le sang les signes précoces du diabète dix ans avant son apparition. En extrapolant les résultats actuels, les experts estiment qu'en moins de quinze ans la population des diabétiques sur la planète risque de passer d'environ cent millions à deux cent vingt millions. Cette masse de personnes vont voir leur taux de sucre (glucose) dépasser la barre fatidique des 1,40 g/litre de sang.

DNID ou "diabète gras"

"C'est le diabète non-insulino dépendant (DNID), ou "diabète gras" qui va le plus progresser", remarque Aline Charles, chercheur à l'unité d'épidémiologie 21 de l'Inserm, à Paris. La Chine, l'Inde et l'Afrique seraient les nouveaux terrains de prédilection de ce fléau. Pour Paul Zimmet, de l'Institut australien de diabétologie, présent au congrès, "un parallèle peut être dressé entre le nombre de cas et le développement économique de ces régions. Il est alarmant de constater que le diabète est devenu de plus en plus commun chez les aborigènes d'Australie, dans les îles de l'océan Pacifique et en Asie, où un tiers des personnes ayant rejeté leur alimentation traditionnelle sont désormais touchées par la maladie".

L'obésité, un facteur déclenchant

Une alimentation plus riche en calories, associée à un mode de vie de plus en plus sédentaire et le vieillissement de la population expliquent en partie ces prévisions. L'obésité, autre pathologie en progression, favorise également le déclenchement du diabète. L'accumulation des graisses dans les membranes des cellules de l'organisme empêche l'insuline, hormone sécrétée par le pancréas, d'agir sur les sucres. C'est ce qui se produit dans le DNID. Plus d'un million de personnes en France seraient concernées par ce diabète (dit de type 2) qui se manifeste vers 50 ans.

Alimentation équilibrée et activité physique

"L'incidence du DNID à caractère héréditaire ne dépasserait pas les 3%", affirme Aline Charles. Un constat plutôt encougeant, puisqu'il est prouvé que si les kilos en trop sont perdus et si l'hygiène de vie s'améliore, l'action de l'insuline redevient normale. "C'est vrai qu'avec une alimentation équilibrée et une activité physique importante, on ferait mentir ces prévisions. Mais il est très difficile de faire changer les habitudes des gens. Même lorsqu'on leur explique que leur santé, voire leur vie, est en jeu, à cause des risques d'accidents cardio-vasculaires qui sont très importants", constate Patrick Vexiau, diabétologue à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, qui voudrait au moins prévenir les dégâts du diabète grâce à un traitement très précoce. Ce qui suppose des méthodes de dépistage efficaces dès l'apparition de la moindre anomalie. Et c'est là où le bât blesse. "On s'est rendu compte que certains patients ne se révèlent porteurs d'un taux supérieur à la normale qu'avec ce qu'on appelle le test hyperglycémique. Mais comme celui-ci est très peu pratiqué, cette population n'est pas détectée à l'heure actuelle et donc, pas suivie", explique Patrick Vexiau. Pour combler cette lacune, l'Organisation mondial de la santé (OMS) préconise de baisser le critère de normalité glycémique à 1,26 g/litre de sang. Si cette nouvelle mesure était adoptée, il faudrait s'attendre à une hausse du nombre de nouveaux diabétiques. Le coût de prise en charge thérapeutique risquerait alors de suivre la même courbe exponentielle.

* ELIANE GARZON

Focus

Il existe deux types de diabètes: l'insulino-dépendant (DID ou type 1) d'origine génétique, et le non-insulino dépendant (DNID ou type 2), qui est concerné par cette étude. Le DID ou type 1 est beaucoup moins répandu que le type 2. Il provoque la destruction de la sécrétion d'insuline par le pancréas, sans qu'aucun facteur extérieur n'intervienne.

Le diabète peut se manifester par des urines abondantes, une soif intense par déshydratation ou des lésions cutanées. Il est décelé par l'analyse du taux de sucre dans le sang (glycémie) et par la présence de sucre dans les urines (glycosurie).


< Sommaire des kiosques | général Début de l'article | A la une           

© CSI - Science Actualités - Reproduction des photos interdite