- SCIENCE ACTUALITES - FEVRIER 1998 -

 

Vers la voiture zéro déchet

Après les métaux, les constructeurs automobiles s'attaquent au recyclage
du plastique. Les nouvelles normes européennes l'exigent.
Mais la tâche est loin d'être simple.
 

Gains de poids, économie d'essence:
la part du plastique augmente dans les voitures
mais sa récupération est plus complexe
que celle du métal.
PHOTO: © Bruno Veysset / REA

Supprimer les 400000 tonnes de résidus d'automobiles qui sont entreposés chaque année dans les décharges françaises (2,4 millions de tonnes sur l'Europe): c'est l'objectif imposé par l'Union européenne qui prévoit la fermeture de la plupart des décharges *.
"Il faut savoir que la voiture est déjà l'un des objets les mieux recyclés, avec un taux de 75% de sa masse valorisée", explique Roland Rugliano, délégué environnement au Syndicat des producteurs de matière plastique.Ceci dit, cette performance est atteinte essentiellement grâce à la maîtrise du recyclage du métal. Pour faire grimper ce taux jusqu'aux 95% exigés, les constructeurs doivent désormais s'attaquer aux plastiques.

Ces matériaux s'imposent de plus en plus dans les voitures et ils représentent aujourd'hui en moyenne 100 kg par véhicule (dont 20 kg de grosses pièces et 80 kg de petites pièces). Une tendance toujours croissante, à l'instar des futures Smart qui auront une carrosserie en 100% plastique recyclable. Il faut savoir que le plastique est un matériau tout aussi recyclable que le métal ou le verre. Mais, dans les voitures, il est soit amalgamé à d'autres produits chimiques ou à d'autres matériaux, soit mélangé à d'autres plastiques, soit manufacturé sous forme de petites pièces inaccessibles ou trop complexes à enlever pour être facilement démontées. La dernière-née de Renault, destinée à succéder à la Clio, est une première dans son genre. Dès le départ, cette voiture a été conçue avec l'objectif d'optimiser son recyclage. Près de 90% de sa matière devrait être valorisée. Le constructeur a tout d'abord supprimé le chlore que l'on trouvait traditionnellement dans les mousses, les matériaux insonorisants, les gaines et câblages électriques. L'ABS, un plastique difficile à recycler a été éliminé. Le nombre de plastiques différents utilisés dans le tableau de bord est passé de huit à deux. Enfin, les pièces sont également pensées pour optimiser le démontage. En effet, le recyclage est avant tout une affaire d'économie: "On recycle grosso modo tout ce qui peut s'enlever dans les cinq premières minutes. Après ce n'est pas rentable", constate Roland Rugliano.

Réutilisation infinie

Reste que la valorisation des plastiques peut laisser parfois à désirer. Dans de nombreux cas, ils finissent en remblais pour les routes ou en combustible pour les cimenteries. L'image de la voiture que l'on transforme en bouteilles de plastique, utilisée par certains constructeurs pour leur publicité, est encore loin de la réalité. L'objectif idéal serait de réutiliser indéfiniment ces matières dans des applications automobiles. "Ce seuil est utopique, explique Alain Jean, responsable environnement chez Elf Atochem. Cependant on parvient déjà expérimentalement à recycler jusqu'à sept fois certains plastiques, ce qui reviendrait à une durée d'utilisation de plus de 100 ans dans l'automobile. Dans la réalité industrielle, le mieux que l'on puisse faire actuellement reste limité à trois cycles et le plus souvent la matière ne retourne pas dans les mêmes pièces. Ainsi, un pare-choc finira en passage de roues ou en pièces de protection cachées. L'exception reste les boucliers de la Mégane qui sont réduits en granulés puis refondus en boucliers."

Un plastique multifonctions

Ce qui limite à l'heure actuelle le nombre de cycles, c'est qu'à chaque fois le matériau est davantage contaminé et perd donc de ses propriétés. Après l'organisation des filières de recyclage du plastique, il faudra miser sur la recherche en chimie pour espérer gagner des pourcentages de matières valorisées. La voie la plus probable serait d'obtenir un résidu de broyage dont la composition soit suffisamment inoffensive pour en faire un combustible commercialisable. Cependant d'autres recherches, menées notamment au Centre européen du plastique, tentent de trouver le moyen de marier les plastiques entre eux. Enfin, une dernière voie serait de trouver un plastique multifonctions. Mais, sur ce point, Alain Jean reste très sceptique: "Chaque type de plastique est utilisé parce qu'il répond a des qualités différentes qui le rendent idéal dans des applications précises. Passer à un plastique unique reviendrait donc inévitablement à faire un compromis pénalisant Cela dit la chimie du plastique ne semble avoir aucune limite."  Alors, rien n'empêche d'espérer.

* EMMANUEL JULIEN

     


* Les modèles mis sur le marché en 2002 devront être "valorisables" à 90% et 95% en 2015.

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Pour en savoir plus sur le plastique, voir aussi dans la rubrique
"Repères": Le plastique en France.



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