- SCIENCE ACTUALITES - AVRIL 1998 -

Mathusalem

Gavée d’antioxydants tels que l’N-acétylcystéine, la mouche à fruit vit 26% de plus que celle se contentant d’une pitance ordinaire. A en croire Christine Brack, de l’université de Bâle, cette vitalité ne serait pas due seulement à la qualité de bonne ménagère des antioxydants qui débarrassent l’organisme de ses toxiques. Ces molécules stimuleraient aussi la fabrication des ARN messagers, les intermédiaires entre gènes et protéines. Reste à savoir si ce régime pourrait nous convenir ou s’il suffirait de... gober les "bonnes" mouches!
*Cellular and Molecular Life Sciences, vol.53, p.960

Drague

John Nason, de l’université d’Iowa aux Etats-Unis, a joué au détective (très) privé en recherchant, grâce à des marqueurs génétiques, la paternité des figuiers de la région de Barro Colorado Island, au Panama, et de leurs enfants naturels. Résultat: un seul et même figuier peut avoir des relations sexuelles avec 11 à 54 partenaires répartis sur une aire allant de 106 à 632 km2 . Enfin, ne nous y trompons point: ce sont les petites guêpes entremetteuses spécialistes de ces orgies tropicales qui ratissent large et sont les vraies fi... euh!... fugueuses!
*Nature, vol.391, p.685

Sexe à la carte

A climat chaud, sexualité torride! Logique comme... un modèle mathématique tel que celui bâti par John Peck de l’université du Sussex à Brighton, pour mieux comprendre pourquoi certaines espèces adoptent une reproduction asexuée dans les pays froids de l’hémisphère Nord et, au contraire, sexuée dans les pays chauds du Sud. Explications. Au chaud, les populations prospèrent, d’où la nécessité d’émigrer. Mais, ce faisant, ces échappés du Sud se retrouvent inadaptés au froid du Nord. Pas question donc pour ceux du Nord de flirter avec ces zombies sudistes et rien de plus efficace pour éviter leurs tares génétiques que la reproduction asexuée. Inversement, au Nord, les populations sont moins productives et ce n’est pas les quelques émigrés nordistes qui s’aventurent au Sud qui peuvent représenter une menace pour le patrimoine génétique de ceux du Sud qui, dès lors, jouent à fond la carte de la reproduction sexuée. CculFD.
*Nature, vol.391, p.889


800 millions

C’est le nombre de personnes mortes d’un seul coup pour cause d’ajustement des statistiques publiées par les Nations unies, il y a six ans, qui donnaient l’estimation de la population mondiale en l’an 2100. A cette date, attendez-vous donc dès maintenant à respirer parmi seulement 10,4 milliards de vos semblables.

Valise

Theunis Piersma, de l’université de Groningen aux Pays-Bas, et Robert Gill, du US Geological Survey à Anchorage en Alaska, ont découvert que non seulement Limosa lapponica , la barge rousse, migre sans bagage mais qu’en plus elle se débarrasse de 25% du poids de ses tripes avant le départ. Il est vrai que c’est pour augmenter ses réserves de graisse jusqu’à 55% de son poids. Cet oiseau migrateur ne manque pourtant pas d’estomac pour effectuer non stop, deux fois l’an, les 11 000 km qui séparent l’Alaska de la Nouvelle-Zélande!
*The Auk, vol.115, p.196

   * PAR REMY BRUCKERT

CHATOUILLES


DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science Actualités

On savait que le rire pouvait dilater la rate, tordre les côtes, taper le cul par terre et déployer la gorge mais on n’en connaissait pas pour autant son origine anatomique. Ne la cherchez plus sous vos bras ou sous la plante des pieds, Itzhak Fried, de l’université de Californie à Los Angeles, l’a trouvée. Il s’agit de l’aire motrice supplémentaire située dans le lobe frontal du cerveau. C’est en utilisant classiquement des stimulations électriques pour découvrir, chez une de ses patientes, le foyer de son épilepsie avant de l’opérer que le neurologue a posé l’électrode sur cette zone risible. Et, plus intense était la stimulation, plus fou était le rire de la patiente. Heureusement, Itzhak a su prendre au sérieux les réactions de la malade et s’arrêter à temps: la pauvre aurait pu en mourir... de rire.
*Nature, vol.391, p.650


Anges noirs

Les enluminures se sont éteintes dans le splendide livre de psaumes réalisé en Irak au XIIIe siècle qui, depuis 1825, fait la fierté de la bibliothèque nationale de Londres. Quel mauvais génie a bien pu donner au visage jadis pâle des angelots voletant dans les illustrations la couleur de peau de Balthazar? Grâce au miracle de la microscopie Raman, Robin Clarks et Peter Gibbs, du département de chimie de l’University College London, ont réussi à identifier le responsable du coup de baguette alchimique. Selon eux, ce seraient l’hydrogène sulfuré H2S de la pollution londonienne ainsi que le gaz d’éclairage de la bibliothèque utilisé à l’époque victorienne qui auraient transformé le pigment utilisé pour donner la couleur chair de l’Occident, le carbonate ou "blanc" de plomb PbCO3 en un sombre sulfure de plomb.
*Analytical Chemistry, vol.70, p.99A

Dinosaureduc

Une simple dent de dinosaure à bec de canard, ou hadrosaure, vieille de 67 millions d’années et la face du monde de la paléontologie pourrait bien en être changée! Sergio Marenssi, du Argentine Antarctic Institute de Buenos Aires, l’a arrachée à l’île Vega au large de la péninsule arctique. Comment était-elle arrivée là? Les hadrosaures étaient communs en Asie et en Amérique du Nord mais ne volaient pas. Y aurait-il eu jadis un passage terrestre possible resté inconnu jusqu’à ce jour? La chasse aux pilotis fossiles du pont évanoui est ouverte...
*New Scientist, n°2121, p.21


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