Les origines du sidaOù, quand et comment le sida est-il apparu? Bien qu'à ce jour aucune réponse ne puisse être apportée avec certitude, un scénario gagne cependant la faveur de la communauté scientifique. |
L'émergence d'une nouvelle maladie pose inévitablement la question de son origine. En particulier, lorsque celle-ci, comme le sida, connaît une véritable explosion épidémique: selon Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la Santé, 16 000 personnes seraient contaminées chaque jour dans le monde. Connaître l'origine de la maladie pourrait peut être aider à comprendre le phénomène épidémique. Aujourd'hui, grâce aux travaux d'une équipe dirigée par le docteur David Ho (Aaron Diamond Center, université Rockefeller, New York), on en sait un peu plus sur la date d'apparition du sida chez l'homme. Bien que les premiers cas de cette maladie aient été enregistrés au début des années 80, ces chercheurs montrent qu'en fait le VIH1, l'un des deux types de virus d'immunodéficience humaine responsable du sida, était déjà présent en 1959 chez un homme vivant au Congo belge, à Léopoldville (actuelle Kinshasa, en République démocratique du Congo). De plus, ils situent dans les années 40 la première contamination humaine par l'ancêtre de la plupart des VIH1 actuels. Une datation purement spéculative, basée sur des calculs mathématiques et "donc à prendre avec une extrême prudence", nous confie le professeur Françoise Barré-Sinoussi, chef de l'unité de biologie des rétrovirus* à l'Institut Pasteur. Quoiqu'il en soit, ces travaux, en situant dans l'ex-Zaïre le plus ancien cas connu d'infection à VIH, confirment l'hypothèse que le sida serait apparu pour la première fois en Afrique centrale. Du singe à l'hommeMais comment cette maladie a-t-elle été transmise à l'homme? D'après Françoise Barré-Sinoussi, "l'hypothèse la plus probable est que l'homme a été contaminé par des singes d'Afrique, peut-être à la suite de morsures". Une hypothèse que partage d'ailleurs la majorité des virologistes, arguments scientifiques à l'appui. En effet, les chercheurs ont noté que plusieurs espèces de singes d'Afrique étaient infectées par des virus apparentés aux VIH. Ainsi, les virus du singe mangabey présentent, d'après l'analyse de leur patrimoine génétique, une forte homologie (jusqu'à 90%) avec les virus humains de type VIH2. De plus, la zone d'épidémie du VIH2 est sensiblement identique à celle habitée par le singe mangabey (forêts tropicales et marécages d'Afrique de l'Ouest). Il est donc logique de penser que l'infection à VIH2 puisse être la conséquence d'une transmission inter-espèces entre ce singe et l'homme. Pour le VIH1, la situation est moins évidente. L'hypothèse qui prévaut actuellement est que la contamination a eu lieu à partir du chimpanzé. En effet, les virus retrouvés chez cette espèce sont ceux qui présentent le plus d'homologies avec les virus humains de type VIH1. Mais, malheureusement, ces données ne reposent, comme nous le précise François Simon, praticien hospitalier dans le laboratoire de virologie de l'hôpital Bichat-Claude Bernard, que sur l'analyse de trois chimpanzés séropositifs... "On s'interroge donc encore sur le lien entre les virus du chimpanzé et les VIH1. Il est possible qu'il manque un maillon entre le chimpanzé et l'homme", souligne Françoise Barré-Sinoussi. Pour François Simon, "ces passages inter-espèces doivent exister depuis des millénaires". Mais, seule la conjonction de plusieurs facteurs aura, en Afrique, permis aux virus du sida de diffuser dans l'espèce humaine: urbanisation, développement de la prostitution, campagnes de vaccination (avec probablement l'utilisation multiple de seringues souillées). Les mouvements de population et l'ouverture au tourisme feront le reste, favorisant la dissémination des virus à l'ensemble de la planète. * ISABELLE BOUSQUET-MANIGUET |
FocusIl existe chez l'homme deux types de virus responsables du sida: VIH1 et VIH2. Ils appartiennent tous deux à la famille des rétrovirus* et à la sous-famille des lentivirus. Ils sont donc apparentés mais génétiquement distincts. Ils présentent par ailleurs une très grande variabilité génétique. Ainsi, chaque type de virus a lui-même de multiples représentants; pour le VIH1, ils sont répartis en deux groupes: le groupe M (majoritaire), qui correspond aux virus les plus répandus dans le monde et qui compte actuellement dix sous-types (de A à J), et le groupe O (outlier), qui correspond à des virus identifiés essentiellement au Cameroun. |
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