- SCIENCE ACTUALITES - AVRIL 1998 -

 

Constellations de satellites

De véritables armadas spatiales colonisent le ciel pour briguer les marchés du multimédia et de la téléphonie mobile. Européens et Américains se livrent à une concurrence féroce, prêts à jouer les "grands communicateurs" dans moins d'un an.
 


Vue d'artiste mettant en scène la constellation de satellites mis en uvre par le projet Iridium. A terme, 66 satellites seront interconnectés entre eux.
PHOTO: © Iridium LLC

D'ici 2002, plusieurs centaines de satellites vont coloniser la banlieue terrestre. Ce vaste "bourdonnement" autour de la planète vise à démultiplier toutes les capacités de communications, à la fois pour la téléphonie et pour les transferts de données à haut débit. Depuis 1991, année où fut lancé le premier projet dénommé Iridium, une dizaine de constellations de satellites ont été créées. Toutes avec le même concept: balayer le globe avec des engins suffisamment proches et nombreux pour que les transferts soient possibles de partout et sans délai.

Ainsi ces escadrilles spatiales, placées à 1500 km au-dessus de nos têtes, prirent le doux nom de LEO (pour Low Earth Orbit) par opposition aux satellites géostationnaires (GEO) situés à 36 000 km d'altitude et "arrosant" une zone fixe de la planète. Grâce à la faible distance des LEO, la transmission des signaux est vingt-cinq fois plus rapide qu'avec un satellite géostationnaire et offre une véritable interactivité. De plus, les antennes de réception deviennent compatibles avec du matériel portable. À l'heure de l'explosion d'Internet et des échanges tous azimuts, ces systèmes font l'objet d'une mobilisation colossale. Industriels du spatial et opérateurs en télécommunications s'allient pour des projets gigantesques. Ainsi Bill Gates et Craig McCaw, (multimilliardaire du téléphone cellulaire) ont-ils annoncé une armada de huit cent quarante satellites pour Teledesic. Une mégalomanie, affirment certains à la hauteur des marchés les plus juteux: on estime, qu'en l'an 2000, la téléphonie mobile aura conquis 250 millions de clients et que le multimédia concernera 200 millions d'adeptes.

Deux initiatives bien avancées

Dès la fin de cette année, les constellations destinées à la téléphonie mobile permettront de communiquer avec "n'importe qui" situé à l'autre bout du monde, depuis "n'importe où". Cette performance, que n'offre pas les réseaux cellulaires existants, sera le fruit de deux initiatives concurrentes: Iridium et Globalstar.

Le premier projet, Iridium, dont la toile est déjà bien tissée (avec 2/3 de ses 66 satellites déjà en orbite) est financé par Motorola et Lockheed Martin (coût: 30 milliards de francs). Le second projet, Globalstar, soutenu par Loral Space & Communications et par Qualcomm, comportera 48 satellites pour un coût de 15 milliards de francs. Ce réseau s'appuie sur de nombreux opérateurs de télécommunications dont France Télécom et fonctionnera en complément des infrastructures terrestres existantes. Ces services devraient être accessibles à partir de combinés doubles (dual) associant les transmissions par les réseaux cellulaires et satellitaires. Les tarifs annoncés oscillent entre six et dix-huit francs par minute avec des terminaux à 18 000 francs pour Iridium.

Au-delà de cette première "génération", affluent les engins voués aux multimédias interactifs dont les applications se déclinent avec les services Internet, les téléconférences, la télémédecine, le télé-enseignement, tous les échanges d'images, de sons ou de données

Satellites multi ou mégalo-média?

Sur le créneau, le projet européen Skybridge s'oppose à ses concurrents américains Celestri et Teledesic. Ces trois initiatives déploient trois concepts différents. Soutenu par Alcatel, Skybridge propose soixante-quatre satellites de 800 kg, tous indépendants les uns des autres. Comme les satellites ne sont pas reliés entre eux, les signaux transitent aussi par les infrastructures terrestres. Selon Hervé Sorre, responsable du développement marketing chez Skybridge, "cette solution peu coûteuse (20 milliards de francs), simple et fiable, laisse beaucoup de flexibilité et privilégie les alliances avec les compagnies locales de téléphone. Nous visons 15 à 20 millions d'abonnés qui garderont le choix du service", insiste-t-il.

A contrario, les systèmes américains seront centralisés et géreront directement les contrats. Avec ses deux cent quatre-vingt-huit satellites connectés entre eux par faisceaux laser, Teledesic promu par Bill Gates (Microsoft) et Craig McCaw (coût 60 milliards de francs), devrait permettre aux internautes de "sauter" d'un satellite à l'autre jusqu'à celui "survolant" le correspondant. Enfin, le projet Celestri, mis en oeuvre par Motorola, privilégie la "supervision" par un engin géostationnaire. "En passant par un engin géostationnaire, les échanges entre ces engins tous interconnectés, seront plus rapides", estiment les défenseurs de ce choix. Tous ces moyens devraient offrir des connexions cent fois plus rapides qu'un modem actuel...

* DOROTHEE BENOIT-BROWAEYS



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