Un an après Dolly, Marguerite...Le
premier veau français cloné à partir dune cellule
de muscle est né le 20 février dernier. Près dun
an après la brebis Dolly, Marguerite confirme le vif intérêt
des chercheurs pour le clonage (*). |
Avec la naissance de Marguerite, une équipe de lInra* met fin aux doutes concernant le clonage de la brebis Dolly par une équipe écossaise, lan dernier, et confirme la possibilité de reprogrammer totalement un animal entier à partir dune cellule somatique spécialisée.
PHOTO: © Gérard PAILLARD/INRAQui pourrait se douter, en voyant ce joli veau faire ses premiers pas, quil est issu de cette nouvelle technologie: le clonage. Pas de patte supplémentaire, ni doreille en moins, Marguerite, avec ses 48 kg à la naissance, se porte comme un charme. Jean-Paul Renard, directeur de recherche à lInra* et "papa biologique" de Marguerite, peut avoir le sourire. Ce jeune veau femelle de race limousine est le premier bovin français issu du clonage. Un an après la naissance de Dolly (1), premier mammifère cloné au monde, larrivée de Marguerite confirme lengouement croissant des scientifiques pour cette technique très particulière de reproduction animale. Consignés dans un document déposé à lAcadémie des sciences, les résultats de lInra ont été annoncés en plein milieu du Salon de lagriculture: hasard du calendrier ou opération médiatique? En tout cas, coup de pub et choc culturel garantis! La méthode utilisée par lInra reprend le même principe que celui de léquipe écossaise du Roslin Institute, à lorigine de la brebis Dolly: grâce au clonage, les scientifiques cherchent à reproduire un organisme entier à partir de nimporte quelle cellule spécialisée prélevée sur un animal. En loccurrence, pour Marguerite, ce sont des cellules de type musculaire qui ont été prélevées sur un foetus bovin de 60 jours. Mises en culture, elles se sont multipliées pendant deux à huit semaines. A laide dune micropipette, chacune de ces cellules a été fusionnée par choc électrique avec un ovocyte receveur privé de son noyau. Ces nouveaux embryons ont ensuite été cultivés in vitro durant sept jours jusquà lobtention de blastocystes, stade embryonnaire à partir duquel la transplantation dans une vache porteuse était possible. Le point fort de léquipe française est davoir vérifié, tout au long de lexpérimentation, lorigine exacte de leur cellule de départ. Après les doutes (2) émis par la communauté scientifique concernant la mise en oeuvre du clonage de Dolly, les chercheurs de lInra confirment donc la possibilité quune cellule somatique spécialisée puisse se reprogrammer totalement et redonner un animal entier.
Mieux connaître les caractérisques génétiques
Cependant, dans toutes ces expérimentations, il reste beaucoup de zones dombre. Les chercheurs eux-mêmes avouent ne pas tout comprendre et tout contrôler de ces mécanismes cellulaires. Pour linstant, pas question, pour J.-P. Renard de remplacer les élevages actuels par des cheptels de bovins tous identiques. Pratiquée couramment, linsémination artificielle reste une sélection plus adaptée et beaucoup plus simple. Avec une faible efficacité et un coût élevé, le clonage industriel nest pas encore pour demain. Ces recherches devraient plutôt servir à fournir des "animaux modèles", susceptibles de remplacer les souris de laboratoire, destinés uniquement aux études biomédicales et à la production de produits pharmaceutiques. "Lintérêt de ces recherches, cest dapprendre à mieux connaître le potentiel du patrimoine génétique des cellules", souligne J.-P. Renard. Ainsi, ces travaux devraient également permettre de mieux utiliser les reproducteurs bovins.
Rester dans la course à tout prix
Enjeux scientifiques ou pharmaceutiques, les chercheurs français ont bien conscience de la concurrence mondiale montante. Léquipe de lInra est actuellement la seule à ne travailler quavec des financements publics. Face à lavalanche de clones venus des États-Unis, de Nouvelle-Zélande, dAustralie, du Japon et, bien sûr, de Grande-Bretagne, la recherche française va-t-elle pouvoir rester dans la course? "Un prochain partenariat avec des fonds privés peut être envisagé pour lavenir", confirme J.-P. Renard. Mais une collaboration avec des laboratoires privés ne risque-t-elle pas dentraîner une perte de contrôle sur ce délicat domaine de la recherche? Face à la méfiance du grand public à légard de ces nouveaux procédés biotechnologiques, lInra fait tout pour insuffler un climat de confiance. LUnion nationale des coopératives délevage et dinsémination artificielle suit actuellement les travaux en cours. "Pour nous, ces recherches ne doivent pas inquiéter les éleveurs", a indiqué J.-P. Renard, en rappelant quil était ouvert à toute discussion concernant les problèmes déthique posés par lavènement de ces biotechnologies.
* MAUD BUISINE
*- INRA : Institut national de la recherche agronomique
1- Wilmut I. & al., Nature, vol. 385, p. 810-813
2- Sgaramella V. & Zinder N., Science, vol. 279, p. 635-638.
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