- SCIENCE ACTUALITES - AVRIL 1998 -

 

Un an après Dolly, Marguerite...

Le premier veau français cloné à partir d’une cellule de muscle est né le 20 février dernier. Près d’un an après la brebis Dolly, Marguerite confirme le vif intérêt des chercheurs pour le clonage (*).
 


Avec la naissance de Marguerite, une équipe de l’Inra* met fin aux doutes concernant le clonage de la brebis Dolly par une équipe écossaise, l’an dernier, et confirme la possibilité de reprogrammer totalement un animal entier à partir d’une cellule somatique spécialisée.
PHOTO: © Gérard PAILLARD/INRA

Qui pourrait se douter, en voyant ce joli veau faire ses premiers pas, qu’il est issu de cette nouvelle technologie: le clonage. Pas de patte supplémentaire, ni d’oreille en moins, Marguerite, avec ses 48 kg à la naissance, se porte comme un charme. Jean-Paul Renard, directeur de recherche à l’Inra* et "papa biologique" de Marguerite, peut avoir le sourire. Ce jeune veau femelle de race limousine est le premier bovin français issu du clonage. Un an après la naissance de Dolly (1), premier mammifère cloné au monde, l’arrivée de Marguerite confirme l’engouement croissant des scientifiques pour cette technique très particulière de reproduction animale. Consignés dans un document déposé à l’Académie des sciences, les résultats de l’Inra ont été annoncés en plein milieu du Salon de l’agriculture: hasard du calendrier ou opération médiatique? En tout cas, coup de pub et choc culturel garantis! La méthode utilisée par l’Inra reprend le même principe que celui de l’équipe écossaise du Roslin Institute, à l’origine de la brebis Dolly: grâce au clonage, les scientifiques cherchent à reproduire un organisme entier à partir de n’importe quelle cellule spécialisée prélevée sur un animal. En l’occurrence, pour Marguerite, ce sont des cellules de type musculaire qui ont été prélevées sur un foetus bovin de 60 jours. Mises en culture, elles se sont multipliées pendant deux à huit semaines. A l’aide d’une micropipette, chacune de ces cellules a été fusionnée par choc électrique avec un ovocyte receveur privé de son noyau. Ces nouveaux embryons ont ensuite été cultivés in vitro durant sept jours jusqu’à l’obtention de blastocystes, stade embryonnaire à partir duquel la transplantation dans une vache porteuse était possible. Le point fort de l’équipe française est d’avoir vérifié, tout au long de l’expérimentation, l’origine exacte de leur cellule de départ. Après les doutes (2) émis par la communauté scientifique concernant la mise en oeuvre du clonage de Dolly, les chercheurs de l’Inra confirment donc la possibilité qu’une cellule somatique spécialisée puisse se reprogrammer totalement et redonner un animal entier.

Mieux connaître les caractérisques génétiques

Cependant, dans toutes ces expérimentations, il reste beaucoup de zones d’ombre. Les chercheurs eux-mêmes avouent ne pas tout comprendre et tout contrôler de ces mécanismes cellulaires. Pour l’instant, pas question, pour J.-P. Renard de remplacer les élevages actuels par des cheptels de bovins tous identiques. Pratiquée couramment, l’insémination artificielle reste une sélection plus adaptée et beaucoup plus simple. Avec une faible efficacité et un coût élevé, le clonage industriel n’est pas encore pour demain. Ces recherches devraient plutôt servir à fournir des "animaux modèles", susceptibles de remplacer les souris de laboratoire, destinés uniquement aux études biomédicales et à la production de produits pharmaceutiques. "L’intérêt de ces recherches, c’est d’apprendre à mieux connaître le potentiel du patrimoine génétique des cellules", souligne J.-P. Renard. Ainsi, ces travaux devraient également permettre de mieux utiliser les reproducteurs bovins.

 

Rester dans la course à tout prix

Enjeux scientifiques ou pharmaceutiques, les chercheurs français ont bien conscience de la concurrence mondiale montante. L’équipe de l’Inra est actuellement la seule à ne travailler qu’avec des financements publics. Face à l’avalanche de clones venus des États-Unis, de Nouvelle-Zélande, d’Australie, du Japon et, bien sûr, de Grande-Bretagne, la recherche française va-t-elle pouvoir rester dans la course? "Un prochain partenariat avec des fonds privés peut être envisagé pour l’avenir", confirme J.-P. Renard. Mais une collaboration avec des laboratoires privés ne risque-t-elle pas d’entraîner une perte de contrôle sur ce délicat domaine de la recherche? Face à la méfiance du grand public à l’égard de ces nouveaux procédés biotechnologiques, l’Inra fait tout pour insuffler un climat de confiance. L’Union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination artificielle suit actuellement les travaux en cours. "Pour nous, ces recherches ne doivent pas inquiéter les éleveurs", a indiqué J.-P. Renard, en rappelant qu’il était ouvert à toute discussion concernant les problèmes d’éthique posés par l’avènement de ces biotechnologies.


* MAUD BUISINE


     


*- INRA : Institut national de la recherche agronomique
1- Wilmut I. & al., Nature, vol. 385, p. 810-813
2- Sgaramella V. & Zinder N., Science, vol. 279, p. 635-638.
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A lire également:
- dans la rubrique "Repères": Histoire du clonage de Marguerite
- dans la revue de presse de notre numéro de Septembre: Après Dolly, Polly



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