Une très lointaine planète?Planète ou mirage? Il semble bien que le télescope spatial Hubble ait réussi l'impossible exploit: photographier pour la première fois une planète extrasolaire, tournant autour d'une étoile double. |
Les plus optimistes des astronomes annonçaient la date de 2003. Les plus prudents, 2005. Obtenir le premier cliché d'une planète hors du système solaire devait supposer la maîtrise parfaite de la technique de l'interférométrie optique appliquée aux télescopes géants. Mais la Nasa, une fois de plus, a pris tout le monde de vitesse avec son télescope spatial Hubble. Elle vient de publier une image prise par cet instrument, montrant une étoile accompagnée par un astre de faible éclat qui, selon l'astronome américaine Susan Terebey, n'est autre qu'une planète de deux à trois fois la masse de Jupiter. Située dans la constellation du Taureau à 450 années-lumière de la Terre (soit à peu près à 37 millions de millards de km), cette supposée planète baptisée TMR-1C a été découverte par hasard au cours d'un programme d'étude des régions de formation d'étoiles grâce à l'instrument infrarouge (Nicmos) du télescope spatial. Est-ce vraiment une planète...Mais ce coup de chance ne suffit pas à expliquer pourquoi Hubble a réussi ce que personne ne croyait possible avant le siècle prochain. Il apparaît que TMR-1C, 10 000 fois moins brillante que le Soleil, se trouve à 1300 ua* de son étoile, ce qui est excessivement loin (par comparaison, Pluton, la plus reculée des planètes du Système solaire, croise à 40 ua du Soleil). Elle se situe donc suffisamment à l'écart pour ne pas être rendue invisible par l'éclat de l'étoile. Mais comment peut-elle occuper une orbite aussi lointaine alors que les planètes sont censées se former à moins de 40 ua des étoiles? Vraisemblablement parce qu'elle est en train d'échapper à l'étoile à la vitesse de 10 km/s. En fait, l'astre central est double. "Dans un système composé de trois corps, il arrive souvent que l'un d'entre eux soit éjecté au bout d'un laps de temps assez court, explique Tristan Guillot, astronome à l'Observatoire de la Côte d'Azur. Cela a très bien pu être le cas de TMR-1C". Une queue gazeuse reliant l'astre suspect à l'étoile semble étayer ce mécanisme d'éjection au cours duquel la planète aurait perdu un peu de son atmosphère. Par conséquent, si TMR-1C est bien une planète, elle n'a déjà plus grand chose en commun avec Jupiter ou même la Terre puisqu'elle s'enfonce inexorablement dans l'espace, loin de la chaleur de toute étoile. Mais s'agit-il bien d'une planète? Etant donné le très jeune âge de son étoile d'origine (200 000 ans), a-t-elle eu le temps de se former? Les modèles de formation planétaire par accrétion** de disques de poussières et de gaz ne l'interdisent pas. Il reste que les observations du télescope spatial Hubble ne donnent pas toutes les informations qui permettraient de lever les doutes sur la nature de l'astre. Tout d'abord, compte tenu de sa luminosité et de sa distance supposée, sa température de surface s'élève à plus d'un millier de degrés. "C'est énorme par rapport à Jupiter qui n'atteint que -110°C. Mais c'est tout à fait concevable pour une planète de ce type, très jeune, qui est naturellement beaucoup plus chaude", constate Pierre Drossart, de l'Observatoire de Paris-Meudon. ...ou une étoile de faible masse?"Il se peut également qu'il s'agisse en fait d'une étoile de faible masse qui aurait été "déshabillée" de son enveloppe par le mécanisme d'éjection du système", avance Stéphane Udry, de l'Observatoire de Genève, membre de l'équipe de Michel Mayor qui a détecté indirectement la première planète extrasolaire en 1995 autour de 51 Pegasi. La traînée de gaz observée pourrait alors être une partie de cette enveloppe. Enfin, il manque à établir si TMR-1C n'est réellement qu'à 1300 ua de l'étoile. Même si les astronomes de la Nasa affirment qu'il n'existe que 2% de chance pour que l'astre soit une simple étoile située plusieurs années-lumière en arrière plan, cette hypothèse ne peut être totalement écartée. Pour cela, il faut déterminer son mouvement propre et le comparer à sa supposée étoile d'origine. Cette vérification fondamentale prendra encore au minimum plusieurs mois On saura alors si TMR-1C est bien la première planète à avoir été photographiée hors du Système solaire. *PHILIPPE HENAREJOS |
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