- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1998 -

Gégène

Kenneth Libbrecht, du California Institute of Technology à Pasadena, vient d'inventer le "glaccélérateur". Simple: pour produire de la glace à tout va, il suffit de la baigner dans un champ électrique. En conditions normales, la glace croît environ de 3 microns/s. Mais, à partir de 1000 V, un champ électrique la pousse à grandir à une vitesse située entre 20 et 70 microns/s dès qu'il arrive, selon Kenneth, à vaincre les effets de tension de surface aux extrémités du cristal. Il espère arriver au même résultat avec d'autres molécules que l'eau mais ne dit rien, hélas, sur ce qui se passe si l'on ajoute vanille, fraise ou chocolat

*Physical Review Letters, vol.81, p.176

Grand écran

Dommage! Le conseil arrivera un peu tard mais servira pour les prochaines vacances à faire de vous un dur à cuire. La recette est de Stanley Miller et James Cleaves de l'université de San Diego, en Californie: enduisez-vous d'une mixture d'ammoniaque, de méthane et d'eau; faites passer le courant. Vous obtiendrez entre autres, des tholines, polymères dont une épaisseur de seulement 2 mm arrête 99% des radiations UV. C'est grâce à eux que, selon ces chercheurs, les premiers acides nucléiques ont survécu à une époque où la couche d'ozone n'existait pas et ont pu mener les premières bactéries à devenir des hommes.

*Proceedings of the National Academy of Sciences, vol.95, p.7260


Fléchettes d'amour

Comme tout escargot, Helix aspersa est partagé entre le vélivole Hermès et la vaporeuse Aphrodite. Mais quand il s'agit de faire des "escargotons", pas de pétard, il faut assurer. Or, parmi les disciples de Cupidon, ce mollusque est probablement des plus appliqués. Lors de ses ébats langoureux qui peuvent durer des heures, il envoie des fléchettes calcaires dans la peau de sa partenaire. Selon Joris Koene et Ronald Chase de l'université McGill, à Montréal au Canada, le mucus enrobant ces pointes passionnelles contient une phéromone agissant dans le sens de l'amour très classique. Elle permet d'ouvrir en grand chez la femelle le canal copulatoire et de mettre hors service un organe capable de digérer le sperme stocké. En tirant ses coups, Helix prend donc l'avantage sur les restes spermatiques de ses prédécesseurs. Moralité: rien ne sert de croupir, il faut jouir à temps!

*Journal of Experimental Biology, à paraître

   * PAR REMY BRUCKERT

PEPINIERES

Avec John Harada, de l'université de San Francisco, les laitues pourraient bientôt ne plus seulement monter à graines mais aussi à... laitues! Les tissus aberrants qui se développent parfois au niveau des feuilles chez certaines plantes ont mis John sur la voie du gène LEC1, un gène clé du développement embryonnaire qui ne s'exprime normalement que dans la graine. Fort de sa découverte, il a manipulé le génome du cresson Arabidopsis thaliana de telle sorte que LEC1 puisse s'exprimer dans toutes ses cellules. Résultat: avec racines et plantule, des bébés cressons sont alors nés au niveau des feuilles. Les choux vont-ils sortir de la comptine pour devenir de réelles et fécondes maternités?

*Cell,vol.93, p.1195


Truc anti-truite

Un bon chasseur doit savoir chasser sans laisser sa senteur chatouiller les naseaux de son désir. Autrement dit, contre le vent. La règle est également valable en milieu aquatique. Dans l'eau, un prédateur doit rester en aval de sa proie. Peu importe, la crevette Gammarus pulex sait de toute façon se tirer d'affaires même si des dents voraces l'attendent, plus bas, au tournant. En utilisant des micro-gouttes de lait pour visualiser les mouvements de l'eau, Jonas Dahl de l'université de Lund, en Suède, vient de montrer que notre crevette savait générer un flux de 7 mm à contre-courant. Juste de quoi se mettre l'eau au nez et, si elle est parfumée à la truite, ne pas la lui mettre à la bouche!

*Proceedings of the Royal Society Series B, vol.265, p.1339

Occas'

De toutes les vieilles savates provenant d'une grotte du Missouri dont Mike O'Brien, anthropologue à l'université du Missouri, en Columbia, a établi la datation, ce ne sont pas des mocassins en cuir mais de simples sandales, tissées avec les feuilles d'une plante ressemblant au yucca, toujours en parfait état de marche, qui ont décroché le pompon: 8300 ans. Elles sont fabriquées selon une technique ressemblant fort à celle utilisée par les Mexicains Huarachi qui vendent toujours leur production sur le marché. Notre industrie de Charente va-t-elle en prendre un coup?

*Science, vol.281, p.72

Symphonie

Qui n'a pas connu les "glou-glou" inopportuns, voire le brouhaha intarissable des "croâ-croâââ" surgissant du tréfonds de son ventre et toujours aux moments les plus incongrus? Selon Jan Huizinga de la McMaster University, à Hamilton en Ontario, les responsables en sont les cellules intestinales de Cajal. Grâce à de microscopiques électrodes, il a pu mesurer chez la souris que ces cellules généraient des courants à la fréquence de 12 cycles/mn en phase avec la cadence de 10 à 15 contractions/mn des cellules musculaires qui agitent leur tube digestif et servent à faire descendre la nourriture. Reste toutefois à trouver le chef d'orchestre du concert "batracoïde"...

*Nature Medicine, vol.4, p. 767


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