- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1998

  Hasards du climat ou conséquences du terrible El Niño, la météo estivale fait des dégâts sur presque toute la planète. Des sécheresses ou des inondations d'autant plus meurtrières qu'elles sont encore quasi impossibles à prévoir.

Climat: l'été meurtrier

Un raz de marée en Papouasie-Nouvelle- Guinée, des incendies au sud de l'Europe, des inondations en Chine: aucune des régions du globe ne semble avoir été épargnée par les caprices du climat. Et le bilan des victimes des conditions météorologiques exceptionnelles ne cesse de s'alourdir. Le Parisien du 24 juillet cite comme exemple les Etats-Unis et le Texas, "où depuis deux semaines le mercure ne descend pas au-dessous de 38° et qui reste l'Etat le plus touché". Le Figaro consacre une pleine page à la canicule qui sévit également en Floride et qui est attribuée au phénomène El Niño: "Il ne s'agit pas d'une fiction apocalyptique, d'un film catastrophe destiné à lancer la saison cinématographique d'été, comme c'est la coutume aux Etats-Unis, en ce week-end de l'Independance Day. Mais d'une douloureuse réalité qui a transformé le nord-est de la Floride en zone de guerre où les pompiers se battent contre le feu rue après rue." Le quotidien rend compte aussi des incendies qui ravagent l'Italie, la Turquie, la Grèce et menaçent les faubourgs d'Athènes.

Le jour le plus chaud

Même à Paris en août, la chaleur a "fait peur" écrit Libération et a provoqué des pics de pollution dans plusieurs grandes villes de l'Hexagone. "C'est le 10 août le plus chaud de l'histoire de Paris" confiaient deux prévisionnistes de Météo-France à Tonino Serafini pour Libération. Inutile de compter sur la climatisation pour lutter contre ces grosses chaleurs. En effet, Fabrice Moulin explique que "le réseau national de santé publique, qui mène l'enquête sur les causes possibles de l'épidémie de légionnellose, soupçonne des systèmes de climatisation vétustes installés sur les toits de certains immeubles. Sans aller jusqu'à tuer, la climatisation peut être responsable de la fièvre du lundi, peut-être causée par l'apparition de moisissures dans certains systèmes d'humidification".

Un raz de marée de 10 m de haut

Un raz de marée de 10 m de haut Bien plus grave que ces pics de chaleur, le raz de marée qui a dévasté la Papouasie-Nouvelle-Guinée le 17 juillet, a fait plus d'un millier de victimes. "On ne cherche plus à compter les morts, ce sont les survivants qui nous intéressent, déclarait l'un des volontaires travaillant dans la zone dévastée. Il a estimé que des centaines d'habitants de la région ont fui dans les hauteurs et n'osent pas revenir de peur d'un second raz de marée", explique Le Monde. Le premier a suivi un tremblement de terre d'une amplitude 7 sur l'échelle de Richter. "En trois vagues successives, un gigantesque mur d'eau de 10 m de haut et de près de 40 km de long s'est abattu sur la côte. Deux villages, Arop et Warapu, construits sur une langue de sable et abritant près de deux mille habitants chacun, ont été complètement anéantis. A la place des villages, il n'y a plus que du sable lisse", décrit Florence de Changy dans les colonnes du Monde. Un désastre qui succède à la terrible sécheresse qui transforme la "terre des hauts plateaux en poussière", selon la correspondant de Libération et dont El Niño est jugé responsable.

 

Les inondations les plus graves du siècle

Les inondations en Chine et les crues du Yang-Tsé, l'une des plus graves du siècle, ont également fait bien des titres dans tous les journaux de la presse française. L'Humanité rappelle les faits: "Depuis que des pluies torrentielles se sont abattues sur le centre et l'est du pays depuis près de huit semaines, le bilan officiel des victimes atteint 2 000 personnes et la catastrophe en affecterait 240 millions." Les digues, qui normalement contiennent le Yang-Tsé, ont été submergées en de nombreux endroits, et dans ces régions, le fleuve n'est plus contenu que par des digues secondaires. Aussi, titre Le Monde, "la population assiste dans l'angoisse au débordement du système anti-inondation". Un système de prévision et d'annonce des crues a été installé en Chine, comme l'explique un ingénieur au bureau d'étude d'hydrologie LHF de Grenoble à l'Humanité, "ainsi, on peut estimer le niveau d'eau à certains endroits bien déterminés, quelques jours à l'avance dans le cas du Yang-tsé. Mais on ne peut faire de prévisions que dans le cas où un événement cyclonique intervient".Or, les pluies torrentielles à l'origine des inondations ne sont pas le fait d'un cyclone et ne sont pas prévisibles. Cette fois-ci, même El Niño a été mis hors de cause. Libération a interrogé un chercheur au centre météorologique de Toulouse: "El Niño a duré plus d'un an et plus longtemps que prévu, mais maintenant le phénomène est terminé, le retour à la normale a commencé. [...] On ne retrouve pas, en Chine, d'anomalies ou de phénomènes régulièrement associés à El Niño."


* J. L


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