- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1998

  Une infirmière de Mantes-la-Jolie reconnaît avoir aidé une trentaine de patients à mourir. Mise en examen, elle est toutefois laissée en liberté. Le milieu infirmier manifeste sa solidarité et le débat sur l'euthanasie est relancé.

L'euthanasie, un problème de société à résoudre d'urgence

"Il a été démontré qu'elle n'agissait ni pour l'argent, ni pour ses intérêts, ni à la demande d'une quelconque association et que l'on ne pouvait pas la comparer à ces infirmières criminelles et sadiques qui défraient quelquefois l'actualité", précise l'Humanité. Qu'est ce qui a donc poussé Christine Malèvre à euthanasier ses malades incurables? La "compassion"? comme l'évoque Libération et Le Parisien. Ou bien sa propre détresse face à la souffrance de ses malades? "Une infirmière seule face à la souffrance", titre Libération dans son édition du 28 juillet. Et maître Fontibus, l'avocat de la jeune femme, de dénoncer les lacunes de l'hôpital de Mantes-la-Jolie. "Elle a été excessivement seule, confie maître Fontibus au Parisien. Les infirmières étaient laissées seules et au premier rang des détresses physiques et morales des patients." Le rôle joué par le corps infirmier dans l'accompagnement des malades est souvent négligé par les médecins, c'est aussi ce que souligne l'avocat dans les colonnes du quotidien Le Monde: "Les infirmières n'avaient pas à poser le problème de la fin de vie ou de la douleur, les médecins ne l'auraient pas permis."
Les comités de soutien à la jeune femme se multiplient. Libération publie une série de témoignages de soignants qui, eux aussi, ont aidé des patients à mourir "à leur demande, à la demande des familles, parfois sur prescription". On peut également y lire des extraits de lettres en forme "de terribles réquisitoires contre les centres hospitaliers et contre les médecins, accusés de fuir la mort, laissant aux seules infirmières le soin d'accompagner le patient avec des prescriptions impuissantes à soulager la souffrance".

Accompagnement médicalisé

L'ensemble de la presse s'interroge ainsi sur les moyens à mettre en oeuvre pour trouver une réponse à la question de l'euthanasie. "Entre acharnement thérapeutique et euthanasie, l'accompagnement médicalisé constitue une réelle alternative", peut-on lire dans Le Figaro. Or, "ils commencent à peine à se développer, écrit Martine Perez, avec une lenteur et une mobilisation faible des pouvoirs publics et des médecins. L'accompagnement des malades en fin de vie ne fait encore l'objet d'aucun investissement conséquent, en terme de formation des soignants et en moyens matériels", et la journaliste ajoute, "le problème ne peut pas être escamoté: le cancer, deuxième cause de mortalité en France génère dans certains cas une agonie longue et douloureuse".

Centre de soins palliatifs

Dans le même sens, le journal La Croix rapporte l'exemple de la maison médicale Jeanne-Garnier à Paris, un centre de soins palliatifs, où "soigner n'est pas guérir". Un centre où les patients restent en moyenne 26 jours, "les 26 derniers jours de leur vie", précise le quotidien, ils trouvent ici "une palette de médicaments qui soulagent efficacement . Or, dès lors qu'ils retrouvent du confort, les malades vont mieux", témoigne une infirmière de la maison.
Face aux demandes d'euthanasie, Le Figaro évoque "les machines à mourir tout seul" et rappelle le principe de ses dispositifs d'aide au suicide: "Une ou plusieurs seringues remplies de produits anesthésiques très puissants, pilotées par une pompe connectée à une horloge et à une commande. Elles permettent aux patients de décider leur mort et disculpent le médecin de l'accusation d'homicide volontaire. Sauf en France où le nouveau code pénal punit aussi sévèrement celui qui fournit les moyens que celui qui pratique l'acte d'euthanasie lui-même."
Entre les partisans du "droit à la mort volontaire", comme les appelle La Croix et ceux des soins palliatifs, le débat continue donc. Mais tous les journaux le rappellent: aucun pays européen n'a encore légalisé l'euthanasie. "Seuls les Pays-Bas [la] tolèrent, dans des conditions très strictes et très précises. Ce pays n'a pas dépénalisé pour autant cette pratique, toujours passible de douze ans de prison", explique La Croix. Pour sa part, comme le rappelle l'Humanité, la France "considère l'euthanasie comme un homicide volontaire [...], elle ne fait pas de distinction entre l'euthanasie active (administration d'un produit mortel) et l'euthanasie passive (limitation ou interruption des soins)". Et comme l'acharnement thérapeutique est également considéré comme une faute par le code de déontologie des médecins, Le Parisien souligne que, "en réanimation, où les nombreux patients inconscients sont maintenus en vie artificiellement, les médecins se retrouvent face à une contradiction fondamentale".

* JULIE LASTERADE


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