- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1998

  Pendant que Jussieu se prépare à être désamianté, deux rapports sont remis aux ministres, l'un sur l'éventuelle toxicité des fibres de substitution à l'amiante, l'autre sur "la gestion du risque et des problèmes de santé publique posés par l'amiante en France".

Amiante, laine de verre, fibres de céramique et les autres...

Les fibres d'amiante ont été reconnues dangereuses pour la santé, mais qu'en est-il des fibres de substitution? Un rapport commandé en 1997 par Martine Aubry, ministre de l'Emploi et de la Solidarité et Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la Santé, à des chercheurs de l'Inserm, vient d'être terminé. Il a tenté d'analyser les risques induits par les fibres minérales artificielles (laines de verre, de roche, fibres de céramique) et les fibres organiques (para-aramide, cellulose). "Des experts perplexes", titre Le Figaro du 10 juillet après la publication de ce rapport.
Du fait de la très longue période de latence des maladies induites par les fibres, leur éventuelle toxicité reste très difficile à reconnaître, même si celle des fibres d'amiante a déjà été établie. Les interprétations ne sont effectivement pas évidentes car, explique le quotidien, "les effectifs sont restreints, le degré d'exposition des travailleurs est faible et le recul dans le temps trop court, (le délai de latence du mésothéliome dû à l'amiante peut être de trente ans). Globalement, pour aucun des types de fibres et aucune localisation de cancer, il n'a été possible de conclure de façon ferme, déplorent les experts." Le journal cite cependant des arguments en faveur de risques accrus de cancer du poumon avec les fibres de laine de roche et de laitier. D'autre part, une étude faite chez le rat a mis en évidence le pouvoir cancérigène des fibres de céramiques, de laine de verre et de roche, "mais la validité de la transposition de ces modèles expérimentaux à l'homme reste à prouver", précise Le Figaro.
Une fois la toxicité de l'amiante établie et celle des autres fibres de substitution étant en cours d'analyse, il restait à trouver des solutions à ce problème de santé publique. Le professeur Claude Got était chargé d'un rapport et d'un bilan sur le sujet. Il y dénonce "les réels dysfonctionnements et un étonnant manque de suivi des systèmes d'indemnisation", raconte Le Figaro. Le Monde souligne "les lacunes du dispositif légal des injustices frappant les victimes de la fibre cancérigène, dont 10% seulement sont indemnisées."

36 propositions

Le constat est sévère, mais Claude Got formule trente-six propositions dont treize pour corriger les défaillances du système d'indemnisation des maladies professionnelles, neuf pour renforcer la sécurité sanitaire dans les habitations et huit pour protéger la santé des travailleurs. Parmi elles, le professeur Got propose de réviser les délais de prescription des droits des victimes, actuellement fixés à deux ans à compter de la date de la première constatation de la maladie, d'accélérer l'instruction des dossiers et d'instaurer une "déclaration obligatoire de l'ensemble des constats de la présence d'amiante dans les immeubles concernés. Certaines mesures proposées seront prises d'ici le début de l'année 1999, ont annoncé les deux ministres commanditaires", rapporte Le Monde.

Une maladie d'origine professionnelle?

De son côté, le président de l'Association nationale de défense des victimes de l'amiante confiait au Monde que "certaines mesures constituent un progrès, mais que l'ensemble des mesures annoncées ne permettra malheureusement pas de mettre un terme définitif au deuxième scandale de l'amiante: celui de l'indemnisation des victimes" et celui de sa reconnaissance comme maladie professionnelle. Le professeur Got rappelle dans les colonnes du même journal que parmi les 700 mésothéliomes qui apparaissent chaque année en France, moins de 100 sont reconnus comme maladies d'origine professionnelle. Alors que "personne ne discute le fait que 90 à 95% de ces cancers sont provoqués par l'amiante".
Pendant ce temps, le désamiantage de Jussieu commence. Chantal Aubry pour La Croix s'est rendue sur place. Les locaux étaient en plein déménagement "sur les paliers de la barre 65-66, bâtiment des chercheurs en mécanique et informatique, des cartons étiquetés s'accumulent près des portes". écrit-elle. Les panneaux de plastique ornés du fatal "danger amiante" commencent à boucher les accès. Six ans de travaux seront nécessaires pour désamianter 230 000 m2 avec un coût oscillant autour de 6 000 francs le mètre carré.
"Mais revendre n'aurait pas été rentable, explique le directeur de l'établissement public. De toute façon, même si on avait fait le choix de démolir, il aurait fallu désamianter quand même. Et trouver 350 000 m2 à Paris, il ne faut pas y penser." Alors en attendant, il a fallu équiper les ouvriers de "scaphandres recevant l'air d'une source autonome, mettre à leur disposition un vaste local de repos, et limiter la durée de chaque séance de travail à deux ou trois heures. C'est en somme grâce à ces scaphandriers d'un nouveau type que Jussieu deviendra un campus moderne".

* J. L


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