- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1998

  Pour contenir le déficit de la Sécurité sociale, la ministre de la Solidarité a présenté ses nouvelles mesures. Elles devraient être discutées avec les professions médicales directement concernées et permettre une économie de 3 milliards de francs.

Des nouvelles mesures pour la Sécu

Pour maîtriser les dépenses de santé, Martine Aubry, ministre de la Solidarité, a choisi la méthode douce." Il vaut mieux convaincre que contraindre. Il vaut mieux négocier que braquer. Il vaut mieux économiser intelligemment que stupidement", écrit l'éditorialiste Laurent Joffrin dans Libération. Martine Aubry préfère donc négocier et discuter avec les professionnels de la santé." L'ensemble de ces mesures seront prises en concertation avec les intéressés", ajoute l'Humanité. Son plan prévoit près de 3 milliards d'économies. Principaux secteurs mis à contribution? L'industrie pharmaceutique et certaines professions médicales, comme les radiologues et les biologistes. Ainsi,"la commission de transparence, chargée d'évaluer l'utilité médicale des produits et le comité économique de médicament, qui a la responsabilité d'en fixer le prix, ont engagé une réévaluation de certaines classes de produits en fonction de leur utilité médicale (veino-toniques, antitussifs, laxatifs, cicatrisants. etc.)", note La Croix.
Une décision qui ne plaît guère au groupe pharmaceutique Pierre Fabre, cinquième laboratoire français du secteur. En effet, un de leur médicament, le Maxepa, qui leur assure un chiffre d'affaires annuel de 150 millions de francs, ne serait alors plus remboursé par la Sécurité sociale. Aussi, José Frèches, directeur général des laboratoires Pierre Fabre, "accuse le monde de l'expertise pharmaceutique d'être étroitement dépendant des multinationales les plus puissantes, celles qui sont les plus éloignées des produits naturels et qui synthétisent des molécules de plus en plus coûteuses, aux effets secondaires de plus en plus fréquents et dangereux", note Le Monde.

Préconiser les génériques

Le plan d'économie préconise également l'utilisation des génériques, ces copies de médicaments dont la formule n'est plus couverte par un brevet, et donc souvent 30% moins chers. "Concrètement, explique Le Parisien, quand vous entrerez dans une pharmacie avec une prescription médicale, le pharmacien pourra vous proposer de changer tel ou tel médicament contre un médicament générique, c'est-à-dire la même molécule mais présentée différemment. Avantage: le médicament générique est moins cher. Mais dans tous les cas, le patient pourra refuser et préférer le produit prescrit par son médecin." Un plan qui, titre La Croix, "taxe les labos et ménage les médecins" mais devrait également éviter les dérapages des dépenses chez les médecins. Ceux-ci, via la principale organisation professionnelle des médecins, la Confédération des syndicats médicaux français, "qui ne représente cependant qu'un peu moins de 10% des praticiens, se montre prête à dialoguer avec le gouvernement. Son président, rapporte Le Monde, Claude Maffioli, qui avait combattu le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale, estime qu'avec Martine Aubry, les portes sont ouvertes".
Les discussions avec les radiologues, risquent-elles d'être plus âpres? Ils ont fait l'objet d'une réduction autoritaire de leurs tarifs puisque la valeur de la lettre-clef qui définit le remboursement de leurs actes a diminué de 13%. Le ministère espère de cette façon obtenir près de 450 millions d'économies. "A court terme, explique le président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR) au Monde, ce serait la mort programmée pour les plus fragiles d'entre nous. Il importe que nous retrouvions au plus vite les chemins de la négociation avec le gouvernement et la nouvelle direction de la Caisse nationale d'assurance maladie." Le cabinet de la ministre de l'Emploi et de la solidarité prévoit donc de rencontrer prochainement la FNMR. Mais, souligne le quotidien "le gouvernement estime que les dépenses induites dans ce secteur ont augmenté de 10,4% sur les cinq premiers mois de 1998 et que les revenus annuels de ces spécialistes se situent, en moyenne, autour de 940 000 francs".

Rendre la CNAM plus performante

Autre mesure prévue par la ministre de la Solidarité: rendre la Caisse nationale d'assurance maladie "plus performante". Elle devra lancer le programme Sesam Vitale pour supprimer peu à peu les feuilles de soins et favoriser leur télétransmission entre les professionnels de santé et les caisses. Mais le gouvernement aura "à faire aboutir, dans les prochaines semaines, deux chantiers difficiles: la mise en place d'un mécanisme de régulation des dépenses des 120 000 médecins libéraux et [...] le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui prévoiera un retour à l'équilibre du régime général en 1999".

* J. L


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