Le boom de la "bio"Le marché des produits biologiques n'est encore
qu'un micro marché. Mais, dopé par les soupçons de
pollutions chimiques qui pèsent sur l'agriculture classique, et avec
l'intérêt que lui portent les grands distributeurs, la "bio"
décolle. |
|
La revanche des parents pauvres? Il y a encore une quinzaine d'années, les agriculteurs biologiques étaient les mal-aimés du paysage agricole français. Dédaignés par les grandes surfaces, ignorés par les pouvoirs publics, ils ne devaient leur subsistance qu'aux marchés locaux, à quelques chaînes de magasins spécialisés et à des relais européens leur permettant d'exporter leur production. Aujourd'hui, le marché du "bio" est des plus courtisés. Si sa part reste très marginale par rapport à la production agricole traditionnelle (0,49% de la surface agricole française en 1996; 0,52% du marché agro-alimentaire), son volume de production explose, avec un taux de croissance annuel des surfaces cultivées supérieur à 25% depuis trois ans. Les perspectives de développement semblent alléchantes. Selon le cabinet d'analyses financières Eurostaff, le marché bio devrait voir son chiffre d'affaires passer de 3,5 milliards de francs en 1996 à 10 milliards en 2000. Une progression dont la production sera, en majeure partie, absorbée par les grandes surfaces. Aujourd'hui, ces dernières distribuent en moyenne 25% du marché bio et devraient en écouler la moitié d'ici trois ans. La multiplication des références ne va pas sans poser de problèmes aux consommateurs non avertis. Comment reconnaît-on un produit bio ? La filière "agréée"En fait, deux systèmes coexistent. La filière "agréée" qui concerne la quasi-totalité des producteurs rassemble les produits qui bénéficient du logo "AB". Pour obtenir ce dernier, les producteurs doivent s'engager auprès d'un des trois organismes indépendants agréés par le ministère de l'Agriculture et observer un cahier des charges qui règlemente strictement le mode de culture (interdiction des produits chimiques...). L'organisme certificateur joue aussi le rôle de contrôleur et assure, au minimum, une visite par an sur les terres de l'agriculteur au cours de laquelle il passe en revue récoltes, entrepôts de stockage et livres de comptes pour rechercher, par exemple, des traces de paiements d'engrais non autorisés. L'agriculteur qui désire passer d'une culture conventionnelle à un mode bio doit patienter deux à trois ans au minimum temps nécessaire à l'élimination des résidus de pesticides sur ses terres avant de pouvoir apposer le logo "AB" sur ses produits. La filière "privée"La seconde filière concerne des agriculteurs qui souscrivent à une marque privée (type Nature et Progrès). Celle-ci, souvent plus exigeante sur le mode de culture, dispose de son propre cahier des charges et dispositif de contrôle. La plupart des producteurs qui en font partie s'engagent également auprès d'un des organismes agréés et peuvent apposer sur leurs produits le label "AB", parallèlement au logo de leur marque. Les exploitants qui bénéficient de la seule reconnaissance d'une marque privée ne sont pas, aux yeux des pouvoirs publics, agriculteurs biologiques. Autre incertitude pour certains consommateurs : la qualité des produits bios. Ceux-ci sont-ils vraiment meilleurs pour la santé que des produits classiques? Au Groupement de recherche en agriculture biologique (Grab), Jean-François Lizot commente les résultats d'études comparatives conduites sur des plants de carottes: "Plusieurs critères ont été examinés: l'hygiène, avec la présence de métaux lourds et de pesticides, la qualité gustative et nutritionnelle. Un des seuls critères qui permet de les différencier nettement est la présence de pesticides, assez importante pour les produits conventionnels, quasi nulle pour les produits labellisés 'AB' ". Une capacité à produire "proprement"Les produits bios ne sont pas exempts d'autres types de polluants (plomb), issus de la pollution atmosphérique. "On en viendra peut-être à réglementer le périmètre de culture bio, estime Patrick Marcotte, animateur du Civam Bio (groupement de producteurs du Languedoc-Roussillon) mais il faudrait d'abord savoir quel doit être l'éloignement par rapport à une source de pollution pour ne pas en subir les nuisances". La principale qualité de l'agriculture biologique, cependant, ne réside peut-être pas dans la composition de ses produits mais dans sa capacité à produire "proprement", sans polluer les sols ou les ressources en eau. Un avantage qui, indirectement, profite à l'ensemble des consommateurs. * PATRICIA PRADEL |