- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1998 -

 

Raz de marée de cartes à puce

Santé, transports, porte-monnaie la carte à puce se perfectionne et, en multipliant ses possibilités, envahit sans cesse de nouveaux secteurs.
Portrait d'un petit prodige de technologie.

 

6 milliards de cartes  à puce seront utilisées dans le monde en 2003. Le leader mondial de la carte à puce est une entreprise française, Gemplus , avec 900 millions d'unités fabriquées en 1997.

 

En septembre, les usagers des transports en commun de la région de Saint-Quentin-en-Yvelines vont pouvoir tester une première nationale. Une carte à puce sans contact "billettique monétique". En clair, une carte faisant office de ticket de transport fonctionnant à distance et utilisable sans avoir à la sortir du sac. Egalement sur cette même carte, une fonction "porte-monnaie électronique" permettra de réaliser de menus achats dans les gares (journaux, boissons, viennoiseries, téléphone, poste). "Le porte-monnaie se chargera depuis un guichet de gare ou un distributeur automatique. Pour payer, il suffira d'insérer sa carte dans un lecteur sans avoir de code à taper", explique Guy Sabatier, du consortium Billetique Monétique Service* à l'origine de ce projet. Une expérience qui traduit bien le degré de technicité atteint par cette petite carte qui, de ce fait, se sent pousser des ailes. Car après les transports et le portefeuille électronique, ce sera le tour du carnet de santé.

Ainsi, depuis mai dernier, la CNAM s'est lancée dans l'aventure de la carte à puce santé Vitale. Les 38 millions d'assurés sociaux nationaux en seront munis d'ici le milieu de l'année 1999. Dans un premier temps, cette carte ne contiendra que les informations figurant sur l'actuelle carte de Sécurité sociale. Dans quelques années, Vitale 2  sera un véritable carnet de santé électronique. Autre secteur visé par la carte à puce, le permis de conduire. En France, si rien n'est prévu à l'heure actuelle, c'est déjà une réalité en Amérique latine. Les policiers peuvent ainsi repérer les automobilistes récidivistes ou ceux en dette d'amendes impayées!

Signature électronique pour tous

La montée du commerce  électronique incite aussi à la création de nouvelles cartes. Dès l'automne, Gemplus, premier fabricant mondial de cartes à puce, lancera un ensemble carte et boîtier permettant de payer ces achats "en ligne" et d'authentifier ses courriers électroniques. Les prémices, en quelque sorte, d'une future fonction encore en gestation dans le monde entier et dont l'implication est vertigineuse: la signature électronique juridiquement reconnue. Il s'agirait de donner à chaque individu une signature unique l'identifiant sans possibilité de falsification dans toutes ses démarches électroniques. Une telle signature pourrait prendre place sur une carte d'identité transformée à l'occasion en carte à puce comme c'est déjà le cas à Singapour.

Le flot de cartes de fidélité n'a pas non plus de raison de se tarir. La généralisation du langage informatique Java, plus simple et plus souple, devrait même le doper. Avec ce langage, il est possible de modifier le contenu logiciel de la carte au fur et à mesure des évolutions. Les associations entre industriels pour réaliser des cartes multifonctions pourront se faire et se défaire sans la moindre difficulté. Le seul obstacle restant l'usage de la surface plastique comme support publicitaire: comment contenter tout le monde lorsque l'on est cinq industriels à se partager la même carte?

La solution  viendra peut-être de cartes personnelles que les particuliers se créeront eux-mêmes en téléchargeant les logiciels sur Internet. Enfin la dernière carte à venir sera peut-être la carte ordinateur incorporant un clavier et un écran. Mais même si sa société effectue des recherches dans ce sens, Christophe Chancel, Pdg de Gemplus, reste prudent. "Ce qui est fondamental dans la carte à puce, c'est sa robustesse, explique-t-il. Elle est quasiment incassable, ne craint ni l'eau ni les chocs. Si l'on rajoutait des fonctions plus élaborées de communication, s'en serait fini de cette qualité".

EMMANUEL JULLIEN


Focus

Contrairement à la carte téléphone qui ne fait que décompter les unités, les cartes à puce actuelles abritent l'équivalent d'un véritable micro-ordinateur avec logiciel: micro- processeur de 32 bits, 16 ko de mémoire de stockage (disque dur) et une mémoire de fonctionnement (RAM). Ce sont encore des programmes de calcul très simples qui gèrent les additions et soustractions ou qui calculent des clés de sécurité. Concernant la fonction sans contact, la carte est munie d'une antenne en spirale coulée dans l'épaisseur du plastique.




* Billetique Monétique Service: Consortium regroupant actuellement la Société Générale, La Poste, les Caisses d'Épargne Écureuil, la SNCF et la RATP.
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