- SCIENCE ACTUALITES - NOVEMBRE 1998 -

Un spécialiste du développement

 

L'économiste indien Armatya Sen s'est attaché à expliquer l'origine des famines et de la pauvreté dans le monde. C'est à cette personnalité originale qu'a été attribué le prix Nobel d'économie 1998.



Armatya Sen
PHOTO: © AFP

C'est la première fois qu'un Indien remporte le prix Nobel d'économie. La nouvelle a fait la une de tous les grands quotidiens de ce pays de plus de 970 millions d'habitants.

Et pourtant, "ce prix Nobel d'économie 98 n'est pas une grande surprise, précise Jean-Claude Berthélemy, directeur du CEPII (le Centre d'Etudes prospectives et d'informations internationales), cela fait au moins dix ans que dans les milieux universitaires, Armatya Sen apparaissait comme un sérieux prétendant. Il est un des rares économistes à avoir une analyse économique très profonde avec des préoccupations bien concrètes".

Cet Indien de 65 ans n'est d'ailleurs pas un économiste comme les autres. C'est aussi un philosophe et un humaniste. Natif de la ville de Santiniketan, dans la région du Bengale, il a pu observer les ravages de la grande famine de 1943 en Inde. Une épreuve qui lui a inspiré par la suite la rédaction d'un ouvrage intitulée Pauvreté et famines. Dans cette étude parue en 1980, Armatya Sen explique que la famine n'est pas nécessairement due à une baisse de la production agricole. "Il peut y avoir famine même si les greniers à blé sont pleins, explique-t-il. C'était d'ailleurs le cas en Inde en 1943." Pour l'économiste indien, la famine trouve son origine dans une mauvaise répartition des revenus. Une situation que les régimes dictatoriaux ont tendance à favoriser.

Armatya Sen a donc beaucoup réfléchi sur le développement. Il n'est pas libéral, au contraire, il préconise l'intervention de l'Etat en particulier dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture et de la santé. Cependant, Armatya Sen n'a jamais participé directement à un gouvernement. Mais, depuis 1990, il participe activement aux travaux du PNUD (Programme des Nations unis pour le développement). Il a d'ailleurs mis au point un indicateur de développement humain que le PNUD utilise pour son rapport annuel. Cet indicateur a ceci d'original qu'il ne tient pas seulement compte des revenus d'une population mais aussi de son système de santé, de son niveau d'éducation, de ses libertés individuelles et de son environnement. Autant d'indicateurs sociaux que des organismes comme le FMI ou la Banque mondiale ont tendance à négliger, voire même à ignorer complètement.

Toujours dans le même esprit, le prix Nobel participe actuellement à un projet de la Banque asiatique de développement (BAD) pour dresser un "index de la privation humaine". Cet index de privation intégrera des données aussi bien économiques que politiques et sociales.

Mise à part sa contribution au PNUD et à la BAD, Armatya Sen se tient volontairement à l'écart des gouvernements ou des organismes internationaux. Sa carrière est avant tout universitaire. Il enseigne actuellement l'économie au Trinity College de Cambridge en Angleterre. Il est également professeur d'économie et de philosophie à la très prestigieuse université d'Harvard aux Etats-Unis.

Dans sa jeunesse, Armatya Sen a bénéficié d'une éducation originale. Il a été l'élève de l'Institut de Santiniketan fondé par le poète Tagore. On raconte même qu'il lui doit son prénom Armatya qui signifie l'immortel en bengali.

Le prix Nobel confère-t-il l'immortalité? C'est sans doute exagéré, mais il y a quelque chose d'historique dans cette récompense. Pourtant, l'histoire s'est montré ironique à l'égard des lauréats du prix Nobel 1997, Robert Merton et Myron Scholes. Récompensés pour leur formule permettant d'évaluer certains produits financiers, ces deux spécialistes de la finance sont aujourd'hui dans une situation très délicate. La LTCM, un fonds d'investissement américain très réputé, qu'ils conseillaient depuis trois ans, est aujourd'hui au bord de la faillite.

* CECILE BACQUEY



1 - PNUD: http://www.unpd.org
2 - NOBELS: http://www.nobelprizes.com

Cliquez ici pour revenir à l'article.


< Sommaire des kiosques | général Début de l'article | A la une           

© CSI - Science Actualités - Reproduction des photos interdite