- SCIENCE ACTUALITES - NOVEMBRE 1998 -

 

Un hic au hit-parade des hôpitaux

Comment évaluer la performance hospitalière? La rédaction du mensuel Sciences & Avenir a tenté d'y répondre en prenant de vitesse les professionnels de la santé. Mais leur enquête simplifie dangereusement ce problème multifactoriel...
 



L'excellent chiffre de ventes de cette enquête semble indiquer une grande demande d'information de la part du public concernant le monde hospitalier.
PHOTO: © DR

Classer les hôpitaux de France sous la forme d'un hit-parade tout comme les derniers tubes de l'été: le mensuel Sciences & Avenir pouvait-il trouver meilleur moyen pour faire sensation? L'année dernière, ce magazine publiait une "liste noire" de 478 hôpitaux à risque. Cette année, il récidive et dévoile les résultats d'une enquête effectuée par service hospitalier et par type d'opération, partant du principe que la chirurgie constitue l'âme de l'hôpital sur laquelle repose l'ensemble de ses missions. Résultat: "Si, sur la majorité des opérations, le risque de mourir est faible, sur certaines, en revanche, ce risque est élevé et, surtout, il peut varier dans des proportions allant de 1 à 20 suivant l'établissement."
Les trois critères utilisés -activité, notoriété, mortalité -ont été calculés à partir d'une base de données lancée en 1983 et validée depuis peu en 1996: le PMSI, Programme médicalisé des systèmes d'informations. "D'abord, les journalistes ont affecté sans justification des coefficients à leurs critères. Mais, surtout, si le critère de mortalité a bien été pondéré par l'âge, il ne l'a pas été en revanche, ce qui est pourtant beaucoup plus important, par l'état de santé général du malade à l'entrée de l'hôpital", remarque Alain Letourmy, chercheur de l'unité Inserm 502, spécialisé dans l'analyse et l'évaluation des systèmes de santé et coorganisateur d'un colloque tenu sur ce thème à Paris, les 5 et 6 octobre. Pour ce chercheur, comme pour Marie-Annie Burette, chef de la mission PMSI à la Direction des hôpitaux du ministère de l'Emploi et de la Solidarité, "faire état de taux de mortalité n'a de sens que si l'on rapproche ces chiffres des caratéristiques des patients traités et si l'on prend en compte également des notions aussi essentielles que la sévérité des lésions ou le contexte de l'intervention (urgence vitale ou intervention programmée)". Or, ces données ne sont que partiellement présentes dans les 8 millions d'informations contenues dans la base PMSI et collectées par les 2 000 directions de l'information médicale sur toute la France.

Seuil d'activité reconnu comme critère

Tout simplement, explique Marie-Annie Burette, parce que "le PMSI n'a pas été conçu pour servir d'instrument d'évaluation de la qualité des soins mais pour servir d'outil d'aide à l'allocation budgétaire des établissements". Autrement dit, l'unité d'information du PMSI n'est pas le malade mais le séjour hospitalier. La fonction du PMSI est avant tout d'ordre économique et non pas épidémiologique.
En établissant leur guide Michelin des hôpitaux et en le diffusant sous la forme d'un scoop, la rédaction de Sciences & Avenir a donc sauté une étape essentielle: la rigueur scientifique qui, selon Marie-Annie Burette, "ne peut être atteinte que par un travail collectif". En outre, Alain Letourmy ajoute: "La mission de l'hôpital ne se résume pas à donner des soins, même si celle-ci est bien entendu essentielle. L'hôpital a aussi une fonction sociale. C'est aussi un lieu de formation et de recherches."
Il y a toutefois un point sur lequel tout le monde s'accorde. Comme l'exprime Philippe Cirre, chef du projet Santal (la "carte Santé") et directeur d'hôpital à Saint-Nazaire, c'est le fait certain que "moins un chirurgien pratique, moins son geste est assuré et plus le risque encouru par le patient est grand". La notion de seuil d'activité minimum présente un intérêt indéniable sur le plan politique pour définir la structure optimale que doit posséder le tissu hospitalier.
C'est en prenant en compte ce critère d'activité que le secrétariat à la Santé vient d'annoncer son intention d'améliorer la sécurité des naissances en fermant les maternités réalisant moins de 300 accouchements par an. Environ 90 maternités devraient être concernées. Plusieurs associations locales ont déjà manifesté leur désaccord avec cette décision. Mais "proximité n'est pas synonyme de sécurité", remarque Philippe Cirre. Certes, l'objectif de réduire de 20% la mortalité infantile d'ici l'an 2000, affiché dans le rapport 1994 du Haut Comité de la santé publique, est déjà atteint. Mais 15% des nouveau-nés à risques ne naissent toujours pas dans des maternités adaptées.
Alain Letourmy est définitivement optimiste: "Avant 1958, l'hôpital était un mouroir. Et il y a seulement dix ans que l'on fait de la santé publique en France."


* RÉMY BRUCKERT

 


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