Polémique autour d'une greffeAprès
les greffes de coeur, de poumons, de rein, de foie, voici qu'une équipe
de chirurgiens vient de réaliser la première greffe de main
avec donneur. La communauté scientifique s'interroge sur la pertinence
d'une telle intervention. |
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La science-fiction façon Frankenstein serait-elle
en train de devenir réalité? Mercredi 23 septembre, à
l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon, une équipe internationale
de huit chirurgiens a greffé la main d'une personne décédée
sur l'avant-bras de Clint Hallam, un Néo-zélandais de 48 ans
amputé en 1989. Annoncée dès le lendemain lors d'une
conférence de presse, cette première suscite de vives réactions
dans les milieux médicaux. Du côté des spécialistes
de la chirurgie de la main en particulier, la désapprobation est
unanime. "Cette intervention n'est pas un exploit, mais une folie!"
accuse Guy Foucher, président de la Fédération
internationale des sociétés de chirurgie de la main. Traitement à vieDe fait, si d'un point de vue technique cette greffe est réalisable
depuis plus d'un quart de siècle, personne n'avait osé tenter
l'aventure en raison du traitement post-opératoire extrêmement
contraignant et risqué. Afin de réduire le risque de rejet,
le patient devra suivre un traitement immunosuppresseur à vie. Un
traitement d'autant plus lourd que si les os, les muscles, les vaisseaux,
les nerfs et les tendons de deux personnes peuvent cohabiter sans trop de
problèmes, il n'en va pas de même pour la peau: véritable
mosaïque antigénique, il n'y a pas de tissu plus immunogène
et sensible au rejet. Aussi, le traitement que devra suivre Clint Hallam
est-il plus puissant que ceux prescrits en cas de greffe cardiaque. Pour
l'occasion, le sérum antilymphocyte de Pasteur Mérieux est
associé à deux nouveaux produits récemment issus de
la recherche américaine (Mycophénolate mofetil) et japonaise
(Tacrolimus). Cette formule donne de bons résultats chez le rat,
mais n'a pas encore été validée chez l'homme. A un prix exorbitantSi les progrès de la recherche ont permis de réduire la
toxicité intrinsèque des médicaments immunosuppresseurs,
reste qu'affaiblir le système immunitaire n'est jamais anodin.
"Comme en cas de sida, les risques d'infections et de cancers sont
considérablement accrus", déclare Guy Foucher. "Sous
traitement, la fréquence des cancers est quinze fois plus élevée
que la normale", précise Michel Merle, président
de la Société française de chirurgie de la main. "Courir
ce risque est acceptable quand il s'agit d'une question de vie ou de mort,
mais relève de l'inconscience lorsqu'il s'agit de remédier
à un problème fonctionnel et non vital." * CLOTILDE LEGER |