- SCIENCE ACTUALITES - JUIN 1999 -

   * PAR REMY BRUCKERT

LE TROISIEME SEXE

Chez les humains, on l'a encore vérifié récemment outre-Manche: il peut en coûter son portefeuille de dissimuler ses penchants sexuels. Chez les oiseaux, bien que la dure loi du dimorphisme sexuel y soit toute puissante, Naomi Langmore de l'université de Cambridge et Andy Bennett de l'université de Bristol, en Grande-Bretagne, ont trouvé l'espèce exception qui confirme la règle et dont le mâle a compris que cache-sexe vaut mieux que "cache-sexualité". Monsieur et Madame Poephila acuticauda Gould 1840 - le diamant à longue queue - portent en effet même robe. Pratique pour le mâle diamant confronté à un mâle dominant ou inconnu: impossible pour ceux- ci de savoir à quel sexe se vouer. Et, en cas de danger harcelant, le galant diamant préfère rester sur ses gardes, robe aidant: "Savez-vous à qui vous parlez? Je ne suis pas celle que vous croyez! etc. etc." Mais, contrairement à ses neutres apparences et au coucou, ce n'est pas en Suisse que ce joyau de pinson donne le change couramment, mais dans le nord de l'Australie.

*Proceedings of the Royal Society Series B, vol.266, p.543

DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science Actualités

Ingénieux du son

Qu'un juteux cafard musarde dans le voisinage de l'habitat sablonneux du scorpion et celui-ci ne tardera pas à se jeter sur ce providentiel steak dare-dare! Pourquoi? Parce que, tout délicat qu'il soit, le bruit des pattes de l'innocente blatte ne sera pas tombé dans l'orteil d'un sourd. Leo Van Hemmen de l'université technique de Münich en Allemagne l'a démontré mathématiquement en modélisant le réseau des huit neurones reliés à ses huit pattes. Super câblé, le bougre! Lorsqu'une patte capte une onde sonore, son neurone acolyte est stimulé et inhibe ceux chargés d'écouter les trois pieds diamétralement opposés. D'où l'amplification de la bonne direction. Philip Brownell de l'université de l'Etat d'Oregon à Cornvalis l'a bien vérifié pour le scorpion Paruroctonus mesaensis. en observant les erreurs produites par des spécimens estropiés aux portugaises en... dommagées.

*New Scientist, n°2180, p.6

Diamant hurlant

Le Commander 007 et Blofeld en resteraient baba: "diamonds are'nt forever", autrement dit, "les diamants ne sont pas éternels". Il suffisait de leur mettre la pression. A l'aide du faisceau laser Nova, le plus puissant du monde, mis au point au cours de recherches nucléaires et militaires, Gilles Collins a changé au Lawrence Livermore National Laboratory, en Californie, le diamant en... un banal métal. Soumis à des millions d'atmosphères, une partie des électrons des atomes de carbone, normalement solidaires de leurs noyaux, sont exorbités et se baladent librement, imitant ainsi leurs confrères métallos et, aussi probablement, ceux de la matière constituant les naines blanches, ces soleils agonisants car en panne de carburant. Bref, on retiendra que, c'est sûr, si pressé, le précieux est ridicule!

*New Scientist, n°2180, p. 7

Vieille branche

Ma belle fougère, reine des forêts, que j'aime ta ramure! Voilà ce qu'aurait pu chanter l'hiver l'austrolopithèque lambda, il y a 370 millions d'années, si notre divin ancêtre avait déjà été né. À cette époque, le très répandu Archaeopteris - à ne pas confondre avec Archaeopteryx, le grand papy des oiseaux- bien que se reproduisant encore par spores comme prêles et fougères, avait déjà tronc costaud et frondes pérennes, toute la charpente de l'arbre moderne. Brigitte Meyer-Berthaud, de l'université de Montpellier, et ses collègues, qui ont touché de ce bois exhumé de sédiments marins au large du sud-est du Maroc, n'ont toutefois pas encore découvert la racine du mal qui l'aura décimé et emporté sans fleurs ni... l'odeur de son descendant sapin.

*Nature, vol.398, p.700

Belle mort

Vanitas vanitatum et omnia vanitas, surtout, lorsqu'on est cafard et que l'on s'est fait piquer sur la tête par la guêpe parasite Ampulex compressa. Frederic Libersat de l'université Ben-Gurion du Néguev, à Beer-Shev'a en Israël, a remarqué que la pauvre blatte devient alors complètement folle... d'elle-même car obsédée par sa toilette. C'est la première fois qu'il est observé qu'un venin induit un changement de comportement plutôt que la mort directement. Mais, incapable de s'échapper, la blatte rendra l'âme de toute façon dans la joie et l'allégresse: "Ah je ris de me voir si belle en ce... mouroir!"

*The Journal of Experimental Biology, vol.202, p.957

Ouaff, ouaff!

On le sait, après avoir longtemps tourné en rond à Vienne, le philosophe Karl Popper en était arrivé à la conclusion qu'une théorie, pour être vraiment scientifique, devait être falsifiable. Pour la médecine, c'est gagné! A en croire Roy Pitkin, éditeur du mensuel Journal of Obstetrics and Gynecology, les erreurs se ramassent à la pelle dans les journaux scientifiques médicaux. Notamment, de nombreux articles contredisent leur résumé. Selon la source, le flot atteint un débit allant de 18 à 68% de coquilles. Un vrai déluge et, apparemment, aucun barrage ne permet d'endiguer l'inondation, y compris dans les meilleures éditions comme par exemple les très réputés JAMA ou The Lancet. Une seule solution: à l'instar du lecteur de Pif le chien, jouer au jeu des erreurs. Saurez-vous les retrouver?

*New Scientist, n°2180, p.14

Milli-organisme

Perle de soufre de Namibie, c'est ainsi que Heide Schulz, de l'institut Max Planck à Brême en Allemagne, a baptisé, sous le nom de code scientifique Thiomargarita namibiensis, l'énorme bactérie, cent fois plus grosse que le plus grand procaryote connu à ce jour, qu'il a découverte et qui peut atteindre trois quarts de millimètre de diamètre. C'est effectivement plus coquet que "grosse patate hottentote à nitrate". Pourtant, la cellule de la nouvelle-née à la science est en grande partie occupée par une vacuole, véritable citerne où est stocké le nitrate, sa source d'énergie qu'elle extrait d'un milieu pauvre en oxygène. Constellée de petits grains de soufre brillants, la bactérie vit alignée avec jusqu'à cinquante de ses comparses sous la forme d'un collier de... décidément, à tous niveaux, la bestiole, perles, arbore.

*Science, vol.284, p.493



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