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| Outre les problèmes de rejets, le principal frein aux greffes d'organes reste encore le manque de donneurs. Pour pallier cette pénurie d'organes, les chercheurs envisagent maintenant de greffer des organes animaux dans le corps humain. Ce qui n'est pas sans poser de nombreux problèmes. |
Enjeux et risques des xénogreffes Les techniques de greffes humaines sont de mieux en mieux maîtrisées: l'année dernière, des chirurgiens lyonnais avaient réussi la prouesse chirurgicale de greffer à un homme amputé d'une main celle d'un autre. Les rejets sont mieux évités mais les organes à greffer encore beaucoup trop rares. "Depuis des années, le nombre de patients en liste d'attente est en constante augmentation, expliquent Bärbel Hüsing, chercheur en biologie en Allemagne et Lucienne Rey, géographe et chercheur en science naturelle, dans La Rercheche du mois de mai. L'an dernier, ils étaient plus de 40 000 Américains et 6 000 Britanniques inscrits sur ces listes. En Suisse, par exemple, le délai moyen d'attente pour un rein peut atteindre plus de deux ans. Pour d'autres organes également, les délais sont tels que tous les malades inscrits pour une transplantation n'y survivent pas." D'où l'idée d'avoir recours aux organes animaux. Les avantages? Un stock illimité d'organes, des opérations qui pourraient être planifiées et non plus exécutées in extremis, mais aussi moins de souffrance psychologique pour les transplantés qui ont à vivre "en sachant qu'ils doivent leur propre survie à la mort d'un autre être humain", écrivent les deux chercheurs. Mais si les greffes d'organes animaux sur des corps humains (xénogreffes) ouvrent de nouvelles perspectives et de nouveaux espoirs à la transplantation d'organes, elles semblent encore loin de pouvoir être mises en oeuvre. Rejet de greffe, incompatibilité des physiologies humaine et animale et risques d'infection: tels sont les trois obstacles majeurs à la réussite des xénogreffes. Le premier pourrait éventuellement être résolu grâce à la création de porcs transgéniques. Mais on connaît encore peu de chose sur la compatibilité anatomique et physiologique des organes porcins et humains. Par exemple "on ignore si des organes animaux peuvent être contrôlés par des hormones humaines", expliquent Bärbel Hüsing et Lucienne Rey. Quant au risque infectieux, pour Fritz Bach, immunologue à la Harvard Medical School interrogé par La Recherche, il est sans doute le plus inquiétant. En effet, selon lui, "la xénotransplantation pourrait favoriser l'infection du receveur par un virus porcin et, dans un deuxième temps, cette infection pourrait se transmettre [...] finalement à la population toute entière. [...] Il y a danger". Une série de dispositions juridiques et de conventions internationales sont en cours pour prendre en compte et limiter les risques d'infection. Mais, selon les experts,"il faudra attendre quinze à vingt ans avant que cette méthode ne soit largement répandue". * JULIE LASTERADE | |
Quelques faits surprenants de l'histoire de la médecineDans le passé, quelques greffes d'organes animaux avaient déjà
été tentées sans qu'elles soient rentrées dans
la pratique. "En juin 1889, le physiologiste Adolphe Brown-Séquard
annonce qu'il s'est injecté sous la peau un extrait aqueux de testicules
broyés de chien et de cobaye. Ses injections lui ont redonné,
prétend-il, des forces physiques et des capacités que l'âge
avait atténué", raconte Jean-Louis Fisher, enseignant
à l'université Paris 8, dans Pour la Science de mai.
C'est le début de la recherche en endocrinologie, de l'organothérapie
"où l'on administre des extraits d'organes animaux pour pallier
une déficience". * JULIE LASTERADE | |