Menace sur les prairiesCertains insectes se nourrissant d'excréments de bétail, les bousiers, sont victimes d'un médicament antiparasitaire administré aux troupeaux, l'ivermectine. Parallèlement, les parasites initialement visés y deviennent résistants. |
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Les chercheurs tirent la sonnette d'alarme. Certains insectes coprophages, les bousiers, sont victimes de l'ivermectine, une molécule utilisée comme antiparasitaire dans les troupeaux d'herbivore. Une fois administrée au bétail, cette molécule, qui vise principalement les arthropodes et les nématodes, est éliminée par voie fécale. Elle se retrouve sous forme inchangée dans les fèces animales dont se nourrissent les bousiers. "Le problème est que l'ivermectine demeure active dans les excréments et intoxique les bousiers", explique Jean-Pierre Lumaret, directeur du laboratoire de zoogéographie de l'université Paul-Valéry de Montpellier. Les effets sont encore minimes, mais la disparition à grande échelle de ces véritables "éboueurs des champs" aurait pour principale conséquence un appauvrissement des sols. Etouffée par les déjections, l'herbe ne pourrait plus pousser. "Le temps de rémanence d'une bouse est notablement augmenté en présence d'ivermectine", précise Michel Alvinerie, chercheur au laboratoire de pharmacologie et de toxicologie de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) à Toulouse. Une bouse qui disparaît normalement en trois à cinq mois demeurerait une ou deux années sur place sans l'action des bousiers. Nos prairies ne sont quand même pas près de se transformer en vastes déserts fécaux. Mais dans le but d'évaluer le véritable impact de l'ivermectine sur l'environnement, l'Inra vient d'établir avec le ministère de l'Environnement un contrat auquel prendront part les spécialistes de toutes les disciplines scientifiques concernées: pharmacologie, entomologie, bactériologie, toxicologie... Emergence de résistancesL'utilisation de l'ivermectine pose un second problème. Considérée à juste titre comme une molécule-miracle, elle est aujourd'hui victime de son succès. Depuis son apparition sur le marché en 1981, certains parasites ont commencé à développer des résistances à cause d'une utilisation abusive. "Les premières manifestations de résistances sont apparues chez la chèvre mais elles risquent de se propager aux bovins. Or ce problème peut encore être contré si les industriels reviennent à des arguments scientifiques plutôt qu'à des préoccupations commerciales", explique Michel Alvinerie. Il faut en effet tenir compte des enjeux financiers énormes que représente l'ivermectine. Elle s'est révélée particulièrement rentable en étant le premier médicament vétérinaire vendu dans le monde en 1996, avec un chiffre d'affaires de 1,5 milliard de dollars. "Les industriels font pression pour inciter les éleveurs à utiliser l'ivermectine plus que de raison, déplore Jean-Pierre Lumaret, car en diminuant les doses injectées au bétail, les effets resteraient bénéfiques et tout le monde y trouverait son compte." Actuellement, les éleveurs n'hésitent pas à soumettre leurs troupeaux à des périodes de purge de plusieurs mois. On se retrouve donc dans une situation comparable à celle de la résistance aux antibiotiques chez l'homme. La solution, diminuer les doses, semble aisée, d'autant plus que d'autres produits existent sur le marché, d'où le commentaire de Jean-Pierre Lumaret: "Il faudrait alterner l'usage des familles de produits pour préserver leurs longévités respectives. Une utilisation trop intense et quasi exclusive les rend d'autant plus vite inefficaces." Avis quelque peu divergent pour Michel Alvinerie qui estime qu'"il est vrai que face à l'émergence de ces résistances, on commence à ressortir de vieilles molécules oubliées, mais aucune d'entre elles n'a un spectre d'action aussi large ni une efficacité aussi grande que l'ivermectine. Les Australiens, confrontés au même problème, ont déjà réagi en appliquant des mesures adaptées. Ils ont développé une intelligente collaboration entre chercheurs et industriels et ont su utiliser l'ivermectine de façon plus pertinente", souligne-t-il. Et il ajoute: "On est en présence d'un médicament extraordinaire par son efficacité. Il faut à tout prix préserver son intérêt et ne pas le gâcher par une utilisation irraisonnée". Le message est lancé, reste à agir avant qu'il ne soit trop tard. *CELINE RAVALLEC |
FocusL'ivermectine ne sert pas uniquement pour traiter les animaux. Elle s'est révélée particulièrement efficace pour soigner l'onchocercose, ou "cécité des rivières", une infection due à une filaire véhiculée par les mouches au bord des cours d'eau. Très développée en Afrique, cette infection rend aveugle les personnes qui en sont atteintes. L'utilisation préventive de l'ivermectine a permis de limiter le développement de l'onchocercose dans des zones fortement touchées par l'infection. |
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