OGM: la science prise de vitesseLa virulence de la polémique sur les OGM a pris les scientifiques de court. Sommés de rendre des expertises, ils tentent de combler leur retard mais leurs débats ont lieu sur la place publique dans un contexte houleux. |
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Les OGM tuent d'inoffensifs
papillons! Tel était en substance le message diffusé par la
revue scientifique Nature *, le 20 mai dernier, qui
a provoqué la suspension de commercialisation par la commission de
Bruxelles d'une plante transgénique insecticide. Pourtant, trois
semaines plus tard, les auteurs de l'article ont repris la parole pour modérer
leurs propos. Il est vrai qu'ils ne s'appuyaient que sur des expériences
de laboratoire où des papillons étaient enfermés avec
des plantes couvertes d'une épaisse couche de pollen de maïs
transgénique résistant à la pyrale, un papillon ravageur.
Cet épisode de la "guerre des transgéniques" montre
l'embarras de la science face au débat qui fait rage. En effet, sous
la pression des autorités et de l'opinion publique, les études
se multiplient. Quand il ne s'agit pas de papillons, c'est un problème
de "super-mauvaises herbes", de contamination des bactéries
de notre système digestif par l'ADN végétal, de nuisance
sur les abeilles, de transmission extra-sexuée des gènes... Comme le nucléaire, il y a quelques années?Ce qui vient compliquer terriblement la tâche des chercheurs, c'est
le rythme effréné imposé par l'industrie. Comme le
souligne Daniel Boy, directeur de recherche à la fondation nationale
des sciences politiques et auteur du Progrès en
procès **, "les plantes transgéniques sont une
techno-science par excellence, c'est-à-dire qu'elles sont directement
applicables à des fins commerciales". En 1994, le poste
"recherche-développement" dans les firmes de biotechnologies
représentait 7 milliards de dollars, soit 91% du chiffre d'affaires
du secteur, l'un des plus forts taux de l'industrie. Les investissements
privés ont donc été si colossaux qu'un énorme
fossé s'est creusé avec la recherche publique. Aujourd'hui,
les laboratoires travaillent donc à combler ce décalage en
répondant aux questions que l'on n'a pas pris le temps de se poser
avant l'introduction des OGM sur le marché. Avec l'inconvénient
que l'habituel débat scientifique se déroule dorénavant
en public, sans le recul nécessaire. En outre les controverses semblent
se focaliser uniquement sur les risques des plantes génétiquement
modifiées. Si bien que l'opinion publique perçoit les OGM
comme bien plus dangereux que les produits agricoles industriels classiques.
Autre effet pervers de cette situation, les scientifiques deviennent la
cible de la fronde anti-OGM. Une culture de colza de l'Inra de Rennes a
ainsi été fauchée par des opposants, tandis qu'une
serre de recherche du Cirad à Montpellier était dévastée
un peu plus tard. *EMMANUEL JULLIEN |
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