Baptême du feu pour Ariane 5La fusée européenne fait ses débuts commerciaux. Elle n'a pas droit à l'erreur. La concurrence mondiale devient féroce et le marché des satellites est en pleine révolution. |
|
Après avoir conquis l'espace, Ariane 5 part
à la conquête du client. La nouvelle fusée européenne,
qui a parfaitement réussi son dernier vol d'essai en octobre 1998,
commence cet été sa carrière commerciale. En ouverture
du programme: le lancement de deux satellites de télécommunications,
l'indonésien Telkom-1 et AsiaStar, de la société WorldSpace.
Ensuite, si tout va bien, trois nouveaux lancements devraient avoir lieu
d'ici la fin de l'année. Ariane 5 devra réaliser un "sans
faute", si elle veut convaincre les propriétaires de satellites
du monde entier de lui confier la mise sur orbite de leurs précieux
bébés. Les Européens, qui ont investi 45 milliards
de francs pour créer la nouvelle fusée (voir
focus), sont confiants. La famille Ariane a derrière elle vingt
ans d'expérience et plus d'une centaine de lancements. Elle a conquis
près de 60% du marché des satellites civils, au nez et à
la barbe des Américains. Mais la petite dernière n'aura pas
la tâche facile car la concurrence s'organise. Les Etats-Unis, qui
avaient laissé le champ libre à Ariane dans les années
80 en misant tout sur la navette spatiale, ont tiré la leçon
de leur erreur. "Ils veulent reprendre la tête de la compétition",
prévient Guy Laslande, du Centre national d'études spatiales
(CNES), l'un des "pères" de la fusée européenne.
Les Américains préparent des générations entièrement
nouvelles de leurs fusées Delta et Atlas qui viendront, dans les
prochaines années, menacer Ariane 5. 12 lancements par anLes Russes, longtemps absents du marché des satellites commerciaux,
ont rompu leur isolement. Ils viennent concurrencer le lanceur européen
avec leur fusée Proton et s'allient volontiers à des partenaires
étrangers. Dernier exemple en date: la construction de Sea Launch,
une ancienne plate-forme pétrolière reconvertie en site de
lancement mobile. Ce projet audacieux associe l'Américain Boeing
et des constructeurs russe et ukrainien. Sea Launch a réussi son
premier lancement en mars dernier et revendique sa part du marché.
Chinois et Japonais sont aussi sur les rangs. La lutte s'annonce d'autant
plus féroce que le marché des satellites a tendance à
stagner, notamment à cause de la crise asiatique. "Ariane
5 arrive dans un environnement plus dur, résume Patrick Rudloff,
directeur du "business development" chez Arianespace, la société
qui exploite la fusée européenne. A nous d'apporter les
bonnes réponses pour rester compétitifs." *MARC BERTOLA |
FocusAprès deux lancements (Ariane 4) réussis en temps et en heure, le début de l'année a été marqué par des retards dans la livraison des satellites, pour cause de panneaux solaires déficients. En conséquence: dès la fin juillet les cadences des opérations devraient s'accélérer brutalement. Au total, d'ici la fin de l'année, trois Ariane 5 et six Ariane 4 devraient emporter onze satellites: un pari risqué... |
© CSI - Science Actualités - Reproduction des photos interdite