Plumes volages
Comme toute espèce, le moineau domestique
a son truc pour attirer ses partenaires, en l'occurence un coquet plumet
foncé sur la poitrine. Pour étudier les modalités d'héritage
de ce trait de séduction, Simon Griffith, de l'université
d'Uppsala (Suède), a eu l'idée de faire élever des
poussins moineaux par des parents adoptifs. Et, oh surprise! Les moineaux
transplantés se sont mis à déployer un plumet ressemblant
plus à celui de leur beau-père adoptif qu'à celui de
leur papa biologique. A n'en pas douter, Jean-Baptiste de Monet, Chevalier
de Lamarck, Charles Darwin et Gregor Mendel doivent se retourner de concert
dans leurs tombes devant cet exemple d'héritage de caractères
acquis sans gènes impliqués. Le néo-darwinisme, théorie
synthétique explicative généralement admise en biologie,
va-t-il y laisser des plumes?
*Nature, vol.400, p.358

Esprit, es-tu là?
Mais où te caches-tu, conscience? Dans
le cerveau. Oui mais, dans lequel de ses lobes ou repli d'écorce?
Yukiyasu Kamitani et Shinsuke Shimojo, du California Institute of Technology,
à Pasadena, pensent que l'application d'un champ magnétique
au cerveau pendant l'exécution de taches visuelles par des sujets
(consciencieux) pourrait bien donner la clé du mystère. En
utilisant cette technique, ils ont déjà réussi à
mesurer combien de temps met une image pour transiter de la rétine
aux aires visuelles cérébrales: 100 millisecondes. Le champ
magnétique perturbe les neurones. S'il est appliqué en un
éclair en même temps que l'image présentée, pas
de problème. Mais si le flash magnétique est délivré
au moment de l'arrivée de l'image dans les zones visuelles, le cobaye
rapporte avoir vu un trou grisâtre en plein milieu de l'image. Maintenant,
pour toucher la conscience, il s'agit certes de troubler les bons neurones.
Mais supposons: en visant en plein dans le mille de la zone de conscience,
le patient devrait déclaré n'avoir vu... que du feu!
*Nature Neuroscience, vol.2, p.767

Oeil de phoque
L'oeil de faucon est célèbre et
a percé les cultures depuis l'Egypte d'Horus jusqu'aux prairies des
chefs indiens... Mais l'oeil de phoque, on n'en a jamais entendu parler.
Et pourtant, David Levenson et Ronald Schusterman, de l'université
de Californie à Santa Cruz, viennent de montrer qu'il peut atteindre
un niveau de sensibilité maximum en moins de six minutes, juste le
temps requis pour passer de la lumière du jour baignant la surface
de l'eau à celle obscure des fonds marins situés entre 300
et 700 mètres de profondeur où il aime à chasser. Six
minutes seulement, là où nos rétines patinent pendant
vingt minutes pour s'adapter aux mêmes changements de conditions lumineuses,
bravo!
*Marine Mammal Science, à paraître

Clone âge
Ceux qui penseraient encore que le clonage est
une folie passagère des biologistes et que leur retour à des
thématiques de recherche moins médiatiques ne devrait pas
tarder, vont être déçus ou/et inquiets. La science du
clonage persiste et les fabriquants de clones, voire -qui sait? -les clones
eux-mêmes, pourront signer des articles dans le nouveau journal Cloning.
L'éditeur en chef n'est autre que le créateur de la brebis
Dolly en personne, Ian Wilmut du Roselin Institute, près d'Edinburg,
en Ecosse.
*http://www.catchword.com/titles/15204553.htm

Folles ventouses
Comment arriver à s'approcher du harem
de partenaires potentielles rassemblées sur les bancs de corail dans
le golfe de Spencer, au sud de l'Australie lorsqu'on est un calamar mal
calibré ou une piètre pieuvre et faire face à la dure
lutte pour le sexe menée par les mâles géants bien lotis?
Simple comme bonjour: il suffit de se travestir! Ces animaux tentaculaires
ont une capacité fascinante à changer d'aspect en un éclair,
à tel point que Mark Norman de la James Cook University à
Townsville et Julian Finn de l'université de Tasmanie à Hobart
ont eu bien du mal à distinguer les mâles des femelles au cours
de leurs observations. Pendant que les mâles dominants ont les bras
tournés et occupés à chasser leurs rivaux, les travestis
reprennent couleurs viriles et, inversement, se refont mines féminines
dès que les bellâtres repointent leurs ventouses. Mais ces
travestis sont-ils des mâles mal bâtis ou simplement des jeunes
estimant que l'amour n'attend pas le nombre des années? Les bas fonds
marins cachent encore bien des surprises...
*Proceedings of the Royal Society B, vol. 266, p. 1347

Fausse note
Il est une croyance répandue que la musique
dite classique serait capable d'améliorer les capacités mathématiques.
Gordon Shaw de l'université de Californie, à Irvine, et Frances
Rauscher de l'université du Wisconsin, à Oshkosh, ont fait
exécuter à des étudiants un test mettant en jeu des
tâches en trois dimensions, celles utilisées dans le raisonnement
mathématique, comme imaginer à quoi peut bien ressembler un
bout de papier si coupé et plié d'une certaine façon...
Puis les étudiants ont repassé le test, certains après
l'écoute d'une sonate de Wolfgang Amadeus. Et Gordon et Frances de
trouver un effet positif chez le groupe soumis aux notes du maître
de Salzbourg. Kenneth Steele de l'Appalachian State University de la Caroline
du Nord, intrigué, a répété l'expérience.
Résultat contraire. Mais Gordon campe sur ses résultats et
garde le même refrain de positivité. Bref, rien n'est réglé
comme du papier...
*Psychological Science, vol.179, p.247 |