- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1999 -

   * PAR REMY BRUCKERT

AMOUR AVEUGLE

L'amour vous fait perdre la tête, c'est bien connu... surtout si vous êtes fourmi d'une espèce appartenant au genre Harpegnathos. Wulfila Gronenberg et Jürgen Liebig, de l'université de Würtzburg en Allemagne, se sont aperçus que le cerveau de ces fourmis subit une sérieuse réduction dès lors qu'elles abandonnent la vie de célibataire. Ce qu'elles n'hésitent point à faire à la mort de leur reine. A cette occasion, les fourmis travailleuses, vaquant habituellement à la quête de l'ordinaire, peuvent en effet devenir pondeuses. Mais alors, la matière grise de leurs lobes optiques se met à fondre comme neige au soleil qu'elles ne voient plus, passant le plus clair de leur vie au nid... en chambre noire de ponte. Donc, plus besoin de leurs aires cérébrales visuelles si précieuses autrefois pour jadis dégoter la pitance. Bref, chez les Harpegnathos, on ne rigole pas, il faut choisir: le sexe ou la soupe. Et ensuite: to see or not to see? On ne pose pas la question.

*Naturwissenschaften, vol.86, p.343

DESSIN: © Jean-Marie Renard / Science Actualités

Plumes volages

Comme toute espèce, le moineau domestique a son truc pour attirer ses partenaires, en l'occurence un coquet plumet foncé sur la poitrine. Pour étudier les modalités d'héritage de ce trait de séduction, Simon Griffith, de l'université d'Uppsala (Suède), a eu l'idée de faire élever des poussins moineaux par des parents adoptifs. Et, oh surprise! Les moineaux transplantés se sont mis à déployer un plumet ressemblant plus à celui de leur beau-père adoptif qu'à celui de leur papa biologique. A n'en pas douter, Jean-Baptiste de Monet, Chevalier de Lamarck, Charles Darwin et Gregor Mendel doivent se retourner de concert dans leurs tombes devant cet exemple d'héritage de caractères acquis sans gènes impliqués. Le néo-darwinisme, théorie synthétique explicative généralement admise en biologie, va-t-il y laisser des plumes?

*Nature, vol.400, p.358

Esprit, es-tu là?

Mais où te caches-tu, conscience? Dans le cerveau. Oui mais, dans lequel de ses lobes ou repli d'écorce? Yukiyasu Kamitani et Shinsuke Shimojo, du California Institute of Technology, à Pasadena, pensent que l'application d'un champ magnétique au cerveau pendant l'exécution de taches visuelles par des sujets (consciencieux) pourrait bien donner la clé du mystère. En utilisant cette technique, ils ont déjà réussi à mesurer combien de temps met une image pour transiter de la rétine aux aires visuelles cérébrales: 100 millisecondes. Le champ magnétique perturbe les neurones. S'il est appliqué en un éclair en même temps que l'image présentée, pas de problème. Mais si le flash magnétique est délivré au moment de l'arrivée de l'image dans les zones visuelles, le cobaye rapporte avoir vu un trou grisâtre en plein milieu de l'image. Maintenant, pour toucher la conscience, il s'agit certes de troubler les bons neurones. Mais supposons: en visant en plein dans le mille de la zone de conscience, le patient devrait déclaré n'avoir vu... que du feu!

*Nature Neuroscience, vol.2, p.767

Oeil de phoque

L'oeil de faucon est célèbre et a percé les cultures depuis l'Egypte d'Horus jusqu'aux prairies des chefs indiens... Mais l'oeil de phoque, on n'en a jamais entendu parler. Et pourtant, David Levenson et Ronald Schusterman, de l'université de Californie à Santa Cruz, viennent de montrer qu'il peut atteindre un niveau de sensibilité maximum en moins de six minutes, juste le temps requis pour passer de la lumière du jour baignant la surface de l'eau à celle obscure des fonds marins situés entre 300 et 700 mètres de profondeur où il aime à chasser. Six minutes seulement, là où nos rétines patinent pendant vingt minutes pour s'adapter aux mêmes changements de conditions lumineuses, bravo!

*Marine Mammal Science, à paraître

Clone âge

Ceux qui penseraient encore que le clonage est une folie passagère des biologistes et que leur retour à des thématiques de recherche moins médiatiques ne devrait pas tarder, vont être déçus ou/et inquiets. La science du clonage persiste et les fabriquants de clones, voire -qui sait? -les clones eux-mêmes, pourront signer des articles dans le nouveau journal Cloning. L'éditeur en chef n'est autre que le créateur de la brebis Dolly en personne, Ian Wilmut du Roselin Institute, près d'Edinburg, en Ecosse.

*http://www.catchword.com/titles/15204553.htm

Folles ventouses

Comment arriver à s'approcher du harem de partenaires potentielles rassemblées sur les bancs de corail dans le golfe de Spencer, au sud de l'Australie lorsqu'on est un calamar mal calibré ou une piètre pieuvre et faire face à la dure lutte pour le sexe menée par les mâles géants bien lotis? Simple comme bonjour: il suffit de se travestir! Ces animaux tentaculaires ont une capacité fascinante à changer d'aspect en un éclair, à tel point que Mark Norman de la James Cook University à Townsville et Julian Finn de l'université de Tasmanie à Hobart ont eu bien du mal à distinguer les mâles des femelles au cours de leurs observations. Pendant que les mâles dominants ont les bras tournés et occupés à chasser leurs rivaux, les travestis reprennent couleurs viriles et, inversement, se refont mines féminines dès que les bellâtres repointent leurs ventouses. Mais ces travestis sont-ils des mâles mal bâtis ou simplement des jeunes estimant que l'amour n'attend pas le nombre des années? Les bas fonds marins cachent encore bien des surprises...

*Proceedings of the Royal Society B, vol. 266, p. 1347

Fausse note

Il est une croyance répandue que la musique dite classique serait capable d'améliorer les capacités mathématiques. Gordon Shaw de l'université de Californie, à Irvine, et Frances Rauscher de l'université du Wisconsin, à Oshkosh, ont fait exécuter à des étudiants un test mettant en jeu des tâches en trois dimensions, celles utilisées dans le raisonnement mathématique, comme imaginer à quoi peut bien ressembler un bout de papier si coupé et plié d'une certaine façon... Puis les étudiants ont repassé le test, certains après l'écoute d'une sonate de Wolfgang Amadeus. Et Gordon et Frances de trouver un effet positif chez le groupe soumis aux notes du maître de Salzbourg. Kenneth Steele de l'Appalachian State University de la Caroline du Nord, intrigué, a répété l'expérience. Résultat contraire. Mais Gordon campe sur ses résultats et garde le même refrain de positivité. Bref, rien n'est réglé comme du papier...

*Psychological Science, vol.179, p.247



Sommaire des kiosques | général | Début de l'article | A la une


© CSI - Science Actualités - Reproduction des photos interdite